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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 21:39
@Monique Parmentier

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.


Elle passa les grèves machinales;


Elle passa les cimes éventrées.


Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge, l’alcool du bourreau.


Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.


D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue. cygne sur la blessure par cette ligne blanche.

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Published by Parmentier Monique - dans Poésie et Littérature
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 10:36
@ Alia vox

J’ai longtemps écouté ce nouveau CD sorti en mai 2017, de Jordi Savall. Eblouie par sa beauté et l’harmonie qui en émane, il m’a fallu du temps pour que les mots qui vous en parleraient le mieux me viennent. Et puis, comme une évidence, les tableaux de Botticelli, se sont imposés à mon esprit. Certains y verront certainement une incongruité. Henricus Isaac leur évoquant plus certainement une musique destinée aux Habsbourg pour lesquels il composa nombre de ses œuvres, mais avant cela, c’est chez Laurent de Médicis, à Florence qu’il débuta sa carrière. Et tout ici, dans les pièces retenues par le maestro Catalan, qui suit le fil de la vie du compositeur franco-flamand, nous évoque les couleurs et les lumières de la Cité qui vu naître en son sein la Renaissance et abrita les plus grands artistes, dont ce peintre si unique dont Henricus Isaac a certainement croisé et admiré les tableaux si délicats.

Jordi Savall nous revient donc au disque avec un tout nouveau programme qu’il consacre à un compositeur relativement méconnu du grand public mais qu’il a déjà rencontré tout au long de sa carrière dans des programmes thématiques comme Lucrèce Borgia, ou Carlos V (Charles Quint).

Henricus Isaac a été redécouvert par un compositeur contemporain, qui n’était alors qu’un jeune étudiant, Anton Webern. Durant les dernières décennies se sont surtout les ensembles de musique médiévale, qui nous en ont donné quelques enregistrements (Capilla Flamenca, Tallis Scholars, l’ensemble Gilles Binchois, …). L’on ne peut qu’être ravi que le maestro catalan, ai décidé de graver un programme qui sous une apparence chronologique, nous raconte et nous fait entendre plus qu’une œuvre musicale, ou une vie de compositeur des princes, un destin et son époque en quête d’harmonie. Jamais l’art n’aura en une époque rassemblé autant de talents autour des souverains qui voyaient dans l’art la plus belle des gloires. De Laurent de Médicis à Maximilien 1er qu’Henricus Isaac a servi, ou de Charles Quint à François Ier, tous ont rassemblé autour d’eux des artistes, des penseurs, des humanistes dont les noms scintillent comme autant d’étoiles au firmament. De Botticelli à Josquin des Près, de Pic de la Mirandole à Politien, de Du Bellay à Pierre de la Rue, - et que d’autres noms il faudrait citer-, musique, poésie, peinture, sculpture, parcourent l’Europe et ses cours fastueuses.

C’est donc bien la luxuriance des polyphonies et la tendresse de ces premières chansons, prémices de la rencontre des textes et de la musique, qui ici se donnent à entendre. Ce compositeur qui passe pour avoir eu un caractère paisible et aimable, connu la gloire de son vivant et au-moins un de ces lied, qui est à la convergence des styles et des époques, Innsbruck, ich muss dich lassen, a traversé les siècles, devenant alors qu’inspiré d’un répertoire populaire, un motet protestant et qui fut adapté par J.S. Bach.

@ Galerie des Offices Florence

Et c’est sur cette pièce que l’on entend dans sa version originale puis dans cette adaptation en motet, avec à chaque fois, le texte correspondant qui devient la clé, de ce charme fascinant qui agit à l’écoute de ce CD. Dans la version originale l’introduction et l’accompagnement au luth, reprise aux violes et voix de dessus, nous donne à vivre un instant de pure poésie, d’une déroutante et fascinante délicatesse. Il nous semble voir virevolter les voiles des muses du Printemps ou la chevelure de Vénus, et miroiter les couleurs si tendres et délicates de cet artiste si merveilleux. Dans la version plus tardive, en motet d’Innsbruck, ich muss dich lassen, qui désormais s’intitule O Welt, ich muss dich lassen, c’est un chant glorieux et flambloyant, qui s’élève, dans lequel les musiciens d’Hesperion XXI et les chanteurs de la Capella Reial de Catalunya resplendissent de couleurs et de nuances.

Jordi Savall, entouré d’un bel effectif tant instrumental que choral, nous livre ici une vision sonore tout à la fois poétique et magnifique de cette Renaissance partagée entre guerres permanentes et quête de la beauté de l’esprit et du corps. Le résultat est tout à la fois fastueux et généreux, grave et sensible. Les couleurs qui émanent des motets et chansons retenus par Jordi Savall donnent à l’ensemble de cet enregistrement un équilibre subtil et captivant.

La prise de son est équilibrée, d’une belle clarté, chaleureuse et limpide.

Le livret somptueusement illustré et documenté, fait partie des plaisirs que nous réserve à chaque fois, toute nouvelle édition d’Alia Vox. De Laurent le Magnifique à son petit-fils, Laurent, duc d’Urbino, dont le magnifique portrait peint par Raphaël illustre cet album, la musique d’Isaac a accompagné une époque et ses princes, en quête d’universalité. Jordi Savall, lui rend ici les couleurs d’une vie au service de la beauté plus que des rois. Redevenant à jamais intemporelle, elle est avant tout une musique des Cœur.

La Capella Reial de Catalunya
Solistes :
Soprano : Maria Ingeborg Dalheim
Mezzo-Soprano : Kristin Mulders
Contre-ténors : Pascal Bertin et David Sagastume
Ténors : Victor Sordo et David Hernández
Baryton : Marco Scavazza
Basse : Christian Imler

Ensemble :
Carmit Natan, soprano ; Maria Chiara Gallo, Mezzo-soprano ; Carlos Monteiro et Andrés Miravete, ténors ; Simón Millán, baryto
n ; Pieter Stas, basse.

Hespèrion XXI, Direction et viole de gambe soprano : Jordi Savall

1 CD Alia Vox. Durée 76’03. Livret : Français/Anglais/Castillan/Catalan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à la Collégiale de Cardona (Catalogne) du 23 décembre au 19 janvier 2017

 

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 16:43
@Monique Parmentier

L’homme et la nature. Dialogues celtiques
Oeuvres traditionnelles irlandaises, de Galice, écossaise et basque

Jordi Savall, dessus de viole, lyra-viol et direction
Carlos Núñez , flûtes et pastoral pipes
Pancho Álvarez, viola caipira & vielle à roue
Xurxo Núñez, percussions, théorbe et guitare
Andrew Lawrence-King, harpe et psaltérion
Frank Mc Guire, Bodhrán

Salle Gaveau, le 19 septembre 2017

Depuis que certains d’entre nous avaient eu la chance de voir et entendre ce programme au Festival Musique & Histoire de Fontfroide en 2016, nous espérions avoir la chance de le retrouver, tant il nous avait émerveillé et restait à jamais inoubliable.

Dans la cour Louis XIV de l’abbaye, par une douce nuit d’été sous les étoiles et un onirique levé de lune, nous avions été transporté loin, très loin, de toute réalité. Nous ramenant au coeur des traditions celtes, honorant la nature par sa poésie, sa musique et ses légendes, ce programme ouvre les horizons d’un monde traversé par une culture qui a essaimé à travers toute l’Europe son univers, rendant fécond le dialogue entre les peuples, abolissant les frontières physiques ou psychologiques.

@Monique Parmentier

C’est donc grâce à la programmation baroque de Philippe Maillard production -que cette communion entre l’homme et la nature, si caractéristique des traditions celtes-, que ses retrouvailles ont été possibles. Nous avons été nombreux à répondre à l’invitation de Jordi Savall, Carlos Núñez et des quatre musiciens qui les entouraient ce soir.

Le concert aurait pu souffrir d’un cadre citadin, mais il n’en a rien été. La salle Gaveau bénéficie d’une acoustique exceptionnelle et le public parisien, c’est quasi instantanément laissé envoûter par des musiciens dont le talent et la générosité ne peuvent que séduire les plus endurcis.

L’architecture du programme est constituée de différentes parties, au titre aussi divers que les mondes celtiques qu’il nous invite à découvrir. Chacune de ces parties est composée de pièces tant traditionnelles que modernes et permet à chaque musicien de nous faire entendre toute la diversité et la richesse de leurs instruments. Passant de pièces mélancoliques au plus dansantes, de l’Irlande à la Galice, de l’Ecosse à la Bretagne, dans la salle où règne une semi – obscurité, la lumière qui émane de la scène et des musiciens, nous ensorcelle. La mélodie si faussement simple de Ponthus et Sidoine que chante la flûte de Carlos Núñez, et la viole de Jordi Savall, possède un tel pouvoir d’envoûtement que l’on a le sentiment de voir s’ouvrir devant nous les frondaisons de la Forêt de Brocéliande. Les musiciens se transforment en enchanteurs, en bardes, nous faisant passant passer, virevolter de musique lente et nostalgique, comme le lamento Caledonia’s Wait for Niel Grow en danse joyeuse et folle comme Sackow’s Jig. Comment ne pas être touché par ces rythmes endiablés ou lent, presque des complaintes qui s’enchaînent, toujours entêtants parce que répétitifs et si mélancoliques ?

@Monique Parmentier

Les regard admiratifs de Carlos Núñez, véritable virtuose de la flûte et de la gaïta galicia (cornemuse galicienne) pour Jordi Savall, porte les nôtres vers le maestro catalan qui nous éblouit par la passion, l’ardeur, l’engagement de son interprétation des pièces pour viole. Mais ces regards sont réciproques et le chant si sensuel de la flûte nous captive. La ductilité de l’interprète, son jeu fluide, fougueux et fervent, nous fait abandonner toute défense, jusqu’à nous emporter dans la danse.

Et que dire des quatre musiciens qui se sont joint à eux. Andrew Lawrence-King à la harpe et au psaltérion fait preuve tout à la fois de hardiesse et de délicatesse tant dans ses accompagnements que dans les pièces solistes qui lui échoient dans les Carolan’s Harp, accompagné au bodhrán par Frank Mc Guire. Tout au long du concert, ces derniers nous ont donné à entendre le chant de la forêt et de la Dame du Lac. Entre un souffle lointain et l’onde qui s’écoule, ils ont été les messagers d’une nature, ne demandant qu’à faire tomber les murs pour mieux renaître.

@Monique Parmentier

Les deux compagnons de Carlos Núñez, son jeune frère Xurxo Núñez aux percussions et Pancho Álvarez à la viola caipira et à la vielle à roue, ont enrichi des couleurs de leurs instruments et de leur passion, ces mélodies des temps ancestraux et légendaires.

Comme à Fontfroide en 2016, trois bis féériques sont venus conclure cette soirée en terre de jeunesse éternelle. Car c’est bien en Avalon ou Tir Na Nog, que les musiciens nous ont emmené, terre de fraternité, de bonheur et d’amour. Le premier bis une musette de Marin Marais, hommage à la cornemuse, instrument celte par excellence, a été interprété par un Jordi Savall fougueux et précis. Elle a introduit cette danse, An dro, durant laquelle Carlos Núñez a fait se lever le public parisien à l’orchestre. Celui-ci n’a pas pu résister aux sortilèges de sa flûte, puis de sa cornemuse. Tout se passant comme si le souffle des esprits de la nature appelés par les musiciens, prenait possession de chacun de nous, en nous entraînant pour achever la soirée en une chaîne, folle « farandole » (référence si peu celtique mais dont j’espère que les puristes me la pardonneront). Comment ne pas être éternellement reconnaissant aux musiciens pour ces instants de bonheur infini.

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques Concerts
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 15:07

Si depuis deux ans, je ne consacre que rarement ma plume à des CD, en partie par manque de temps, je vais ici évoquer un enregistrement, qui dès sa première écoute, m’aura transporté dans un univers onirique, où plus que la mélancolie, le plaisir et la délicate sensualité, auront su me séduire, me donnant envie de vous le recommander. Vous aurez je n’en doute pas, comme moi, du mal à le quitter.

 

Le programme proposé dans ce CD est d’autant plus passionnant que la période musicale qu’il nous propose de découvrir a rarement fait l’objet d’un enregistrement. La jeune claveciniste Caroline Huyhn van Xuan, nous offre un regard sensible et poétique sur des pièces pour clavecin toutes composées à l’issue de la longue période d’austérité du Commonwealth (république). Période durant laquelle la musique avait disparu de la vie publique anglaise, trouvant refuge dans la sphère privée.

 

Pour mieux rattraper le temps perdu, la musique se développe alors bien au-delà de la Chapelle Royale que restitue Charles II. Des théâtres aux tavernes, de salles de concert à des clubs, elle offre à un large public des répertoires variés et accueil des musiciens venant de toute l’Europe attirés par le dynamisme de cette ère nouvelle pour l’Angleterre.

 

Durant la période républicaine, elle a développé des formes plus simples, plus modestes, loin de l’écriture polyphonique de la période élisabéthaine. C’est durant la Restauration que sont publiés des œuvres pour clavecin. Leur popularité se maintiendra tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux recueils seront édités, répondant ainsi au goût d’un public cultivé et ayant reçu une excellente éducation musicale, souhaitant dans son intimité, s’offrir des moments de rêverie ou de convivialité. Certaines pièces ici proposées, dont celle qui donne son nom à cet album, Since in vain, furent plusieurs fois rééditées.

 

Caroline Huyhn van Xuan mêle ici des pièces réputées à de véritables petits joyaux que nous n’avions jamais eu l’occasion d’entendre. Et si certains des compositeurs sont largement connus du public contemporain tels Purcell ou Haendel, d’autres comme Jeremiah Clarke, John Weldon ou William Croft, se révèlent une belle découverte. Il y est d’ailleurs frappant de constater que certaines pièces marquantes de cet album, telles Since in Vain et Allmand, nous sont parvenus sans le nom de leur auteur.

 

L’interprétation de Caroline Huyhn van Xuan est d’une rare délicatesse. Dès la première pièce un Ground d’Anthony Young on est séduit. Chaque pièce entre ses doigts devient une perle baroque unique. L’articulation soignée semble donner à la musique la fluidité de l’eau. Le temps qui s’écoule en écoutant ce CD prend une densité lumineuse et chaleureuse. On est surpris par les couleurs qui émanent de l’instrument, un clavecin Zuckerman d’après Blanchet et Taskin, sous les doigts déliés de l’interprète. L’effet de Luth du Ground de William Richarson, crée un effet de surprise fascinant. Entre envoûtement et sortilèges, la jeune claveciniste maintient notre plaisir par un jeu tout en nuances et en expressivité. Aérien et clair, il donne vie à ses salons où le temps semble hésiter entre s’arrêter pour mieux se savourer et fuir toujours plus vite. L’éphémère y devient éternel. La conclusion Ground on Moon over Bourbon Street, arrangement d’une chanson de Sting, joue sur ce sentiment d’éternité.

 

L’aria Here the Deities approve d’Henry Purcell, chanté par le contre-ténor Paulïn Bungden est un enchantement vocal, un pur délice, nous rappelant combien cet artiste au timbre unique, mélancolique et sensuel est fait pour ce répertoire.

A l’instant de conclure cette chronique, les mots qui nous viennent à l’esprit, sont « charme » et « plaisir ». Alors ne bouder ni l’un ni l’autre, Caroline Huynh Van Xuan est une claveciniste au jeu tout aussi unique et rare que le timbre du contre-ténor Paulin Büngden qui a accepté de redonner vie à ses côtés à une musique dont la beauté transmet une émotion fugace et légère, sensible et raffinée, subtile et tendre. Notons l’excellente prise de son, qui crée un sentiment de proximité avec l’interprète, nous rappelant combien cette musique est celle de l’intimité.

 

Clavecin : Caroline Huynh Van Xuan

Contre-ténor : Paulin Büngden

 

1 CD Muso. Durée 67’53. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé dans la Chapelle de Sainte-Marie à Lyon les 11 et 12 juillet

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 14:58
@ Monique Parmentier

"Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, trop amère, trop anémiante, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes, venues de qui on aime. À la fin, on mourrait de chagrin, littéralement. Et il faut que nous vivions, que nous trouvions les mots, l’élan, la réflexion qui fondent une joie, la joie. Mais c’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours".

Lettre d'Albert Camus à René Char

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Published by Parmentier Monique - dans Poésie et Littérature
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:08
@ Hervé Pouyfourcat

Le 14 juillet au soir, la veille de l’ouverture du festival, avec quelques musiciens, nous nous sommes rendus pour dîner à l’abbaye. Alors que nous prenions le chemin du retour vers Narbonne et que certains continuaient à discuter, il m’a semblé, tandis que nous traversions la Cour Louis XIV de l’abbaye, entendre au loin comme un appel porté par le vent. Une voix douce et sereine, une voix du vent, une voix humaine qui s’est mise à chanter, murmurer, rêver. La viole de Jordi Savall, répétant et méditant, aura été mon premier concert du soir. Il n’aura fallu qu’un cours instant pour briser mes chaînes et partir vers des horizons lointains, ceux qui pendant cinq nuit allaient ravir l’esprit du public fidèle du festival Musique & Histoire pour un Dialogue Interculturel.

 

Cinq invitations au voyage, toutes plus envoûtantes les unes que les autres étaient au programme de l’édition 2017 de ce festival.

 

@ Hervé Pouyfourcat

La première, la seule qui ait pu bénéficier d’un concert à l’extérieur, nous a permis de reprendre les chemins suivis par Ibn Battuta. Alors que dans la première partie, créée en novembre 2014 à Abu Dhabi et donnée ici-même en juillet 2015, nous avions suivi, celui que les arabes appellent « le voyageur du temps », sur les routes menant le Pèlerin qu’il avait vocation à être, vers le Golfe persique, puis appelé par l’étrange étrangeté de l’ailleurs vers l’Anatolie, le Yémen, l’Egypte, le Maroc… cette seconde partie, nous transporte encore plus loin, vers cet Extrême Orient, dont arrivent épices et parfums, mais aussi tout un art de vivre diamétralement opposé à ceux rencontrés par Ibn Battuta lors de la première partie de son périple. Loin de tout exotisme de pacotille, la musique et les textes retenus pour illustrer cette nouvelle fresque, sont à l’image de cet homme, tout à la fois explorateur, observateur, curieux insatiable, en quête d’un horizon toujours plus vaste. Loin d’être totalement ouvert à la culture des autres, Ibn Battuta n’a guère aimé la Chine, trop loin de ses propres racines arabo-musulmanes, il n’en reste pas moins, celui qui bien plus que Marco Polo, nous a laissé un témoignage unique d’un voyage oscillant entre faits réels et onirisme d’une mémoire restituée bien après son retour au Maroc. Moins fantaisiste et plus poétique, son regard sur ces autres mondes, nous invite à explorer notre vision de l’ailleurs et la motivation de ces voyages que nous entreprenons tout au long de notre vie, aux confins parfois de la méditation.

 

Miniature Perse 1327 relatant le voyage d'Ibn Battuta

S’ouvrant sur une pièce instrumentale chinoise « Chun jiang hua yue ye » (« Clair de Lune ») interprétée par deux musiciennes virtuoses, Lingling Yu au Pipa et Xin Liu au Zheng, ce programme va tout au long de la soirée, nous emporter sur des pistes de sable, dont les étoiles sont les guides et les dromadaires des compagnons aux pas lents et surs.

 

On ne peut qu’être subjugué par le son fluide et cristallin des deux instruments chinois et leurs interprètes à la gestuelle élégante qui dessine une calligraphie faite de courbes, de nuances à l’infinie délicatesse. Les pièces retenues par Lingling Yu sont issues de la musique classique traditionnelle chinoise et les deux instruments appartiennent à des coutumes ancestrales. Comme les estampes anciennes, elles ne sont que poésie et subtiles sonorités. Il en émane une sensation d’instants d’harmonie, de paix. L’esprit s’abandonne à ce temps qui coule entre les doigts des musiciennes, s’apaise, oublie, s’oublie. Le Zheng et le Pipa esquissent les jeux de lumière du clair de lune, nous font ressortir d’un trait le chant des ruisseaux et des montagnes (« Gao shan liu shui » (Ruisseau et montagne), percevoir dans ce printemps en éveil, ces notes perlées de la neige qui fond (Printemps et neige). La parfaite maîtrise technique des deux musiciennes et leur sensibilité à fleur de peau est un enchantement. Le raffinement des techniques d’appuis, des glissandi, des vibrati et croisés de cordes au zheng de Xin Liu et l’exceptionnelle sensibilité de Lingling Yu au pipa, créent une atmosphère unique, une nébulosité au moment présent, un « sfumato » musical et de l’âme qui donne sens au voyage.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Mais sur les chemins d’Ibn Battuta, ce sont également tous les autres musiciens dont s’entourent avec tant de justesse le maestro catalan, qui donnent à ce voyage ce ton si fantasmagorique et généreux. Nous retrouvons avec plaisir le récitant Bakary Sangaré, le comédien français d’origine malienne, sociétaire de la Comédie française qui portait avec tant de conviction et de sensibilité le texte des Routes de l’Esclavage. Manuel Forcano et Sergi Grau auteur des textes, lui offrent un récit où s’entremêlent le témoignage d’Ibn Battuta et les faits historiques qui ont marqué le XIVe siècle. Tandis que le programme musical que propose Jordi Savall, nous livre la quintessence de la diversité de ces mondes pour lesquels la Route de la Soie, est une voie de partages et de connaissances.

Furio Zanasi souffrant, Lluís Vilamajó assure à lui seul la partie chantée des pièces européennes. Il cisèle son interprétation avec une ardeur farouche et captivante.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Face à cette Europe encore en plein Moyen-âge, mais où l’Occitanie développe un art de cour raffiné et courtois, les civilisations d’Orient connaissent un âge d’or dont la pluralité musicale est si évocatrice de la luxuriance des modes de vie. Les percussions (tablas) d’Inde de Prabhu Edouard étoffent les percussions européennes, toujours aussi splendides, de Pedro Estevan, de variations rythmiques savantes et subtiles. Avec le sarod (instrument à cordes pincés indien) de Daud Sadozai, musicien Afgan, elles nous portent sur les rives du Gange, en quête de sérénité.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Si l’on retrouve pour évoquer le chemin du retour qui passe par le Mali, Ballaké Sissoko, et Driss el Maloumi, les deux amis de l’ensemble 3MA, dont la noblesse de jeu et d’improvisation, nous émerveillent à chaque fois, c’est avec Waed Bouhassoun, la chanteuse oudiste syrienne, que ce dernier nous offre un moment de pure poésie, dans le duo sur une chanson marocaine, dont la traduction ne figure pas sur le programme : Fiyachia. Leur timbre de velours s’apparie avec volupté.

 

Au ney, Moslem Rahal et au duduk et belul Haïg Sarikouyoudjian, donnent au souffle du désert cette tendre sensualité, si apaisante et irréelle, ce sentiment de survoler les routes, les mers et les montagnes qui sillonnent le trajet improbable et palpitant que suit Ibn Battuta.

 

Le Kanun d’Hakan Güngör et l’oud de Yurdal Tokcan apportent un complément d’âme et de brillance, à ce tapis de soie si fine, vaporeuse et pourtant si somptueuse dont est fait l’orchestre du voyageur du temps.

 

Jordi Savall dirige avec empathie et sagesse ces musiciens que tout devrait séparer et que tout réunit avec harmonie. Il les accompagne à la vièle et au rebec, en dialoguant, écoutant, partageant ces émotions et ces questionnements incessants du voyageur en quête des « secrets » de la vie.

 

@ Alia Vox

Si la Venise millénaire célébrée l’année dernière à Fontfroide ne fût pas une étape du voyageur de l’Islam, elle n’en fut pas moins, un lieu de passage quasi obligatoire pour tous les voyageurs, dont les musiciens. Ville libre, elle est non seulement l’un des centres du monde pour le commerce, mais également pour l’art et la musique. Si l’opéra public y voit le jour, c’est également dans la Cité des Doges que naît l’édition musicale en 1501, avec l’Harmonice musices Odhecaton d’Ottavio Petrucci.

 

Dans le programme du second concert du soir, le maestro catalan, nous offre donc en compagnie d’un consort de violes composé de Philippe Pierlot, Sergi Casademunt, Lorenz Duftschmid, Xavier Puertas, et au théorbe et à la guitare Enrike Solinis et aux percussions Pedro Estevan, un voyage à la découverte des influences vénitiennes sur le répertoire pour viole.

 

Entre musiciens célèbres comme Girolamo Parabosco ou Biagio Marini ou des organistes de Saint Marc, moins connus mais qui nous ont laissé de nombreux Ricercari aux charmes certains et ces européens, anglais comme Dowland ou Gibbons, français anonymes du temps de Louis XIII ou allemand comme Samuel Scheidt, ce tour de l’Europe musicale auquel nous sommes conviés, nous offre le plaisir d’entendre des musiciens, dont bien évidemment Jordi Savall, dans ces répertoires mélancoliques, aux sortilèges surnaturels. Ici tout est partage, attention à l’autre, et le chant des « voix humaines », nous redonne cette écoute du silence si unique et si tendre. Tout ici oscille entre la lumière italienne et la pénombre du nord. Que dire des 7 interprètes de plus, si ce n’est cette intime correspondance des âmes qui émane de l’ensemble. Aucun n’est là pour dépasser l’autre, mais pour dialoguer et nous donner à percevoir, ce monde invisible de la nuit. Dans un bis d’une virtuosité incandescente, Jordi Savall, nous fait un don d’une allégresse juvénile rare.

 

@ Monique Parmentier Rose de la Narbonnaise

Avant que de traiter du concert donné par Euskal Barrokensemble, qui illustra avec tant de passions la troisième nuit de concert, c’est du concert intitulé « Tous les Matins du monde » dont je dirais quelques mots ici. Ce programme recréé à l’occasion des 25 ans de la sortie du film, en septembre 2016 à Gaveau, est en partie celui que l’on peut entendre dans le film adapté du roman de Pascal Quignard par Alain Corneau. Jordi Savall y a remplacé les Leçons de Ténèbres de Couperin par des pièces pour violes de ce dernier et adapté pour instruments les variations sur l’air d’une Jeune fillette qui étaient chantées à l’époque par Montserrat Figueras et Maria Cristian Kiehr. Si à Paris, il avait rajouté des pièces de M. de Machy ou de Jean-Baptiste Forqueray, il a préféré ici une Sonate de Jean-Marie Leclair, permettant à l’ensemble des musiciens d’exprimer plus que tout leur talent, leur amour d’un répertoire d’une grande beauté.

 

C’est à l’occasion de ce film que la carrière musicale déjà bien riche du maestro catalan, a pris une tournure quasi universelle, tant son interprétation à fleur d’émotion de cette musique qui jusqu’alors ne touchait qu’un public averti, est parvenue à toucher ce que d’aucuns appelleraient un public moins amateur des concerts de musique classique et qui depuis est resté fidèle et reconnaissant au maestro pour la redécouverte de tous ces répertoires d’une beauté sans pareille.

 

En ce 18 juillet, c’est avec une distribution étoffée, par rapport à l’automne dernier que Jordi Savall à la basse de viole et à la direction, a proposé ce programme au public extrêmement silencieux et attentif de Fontfroide. On y trouve donc en plus un violon, Manfredo Kraemer, une flûte, Charles Zebley et Rolf Lislevand est remplacé par Enrike Solinis au théorbe, mais l’on retrouve Philippe Pierlot à la basse de viole et Pierre Hantaï au clavecin.

 

Si la distribution est légèrement différente, le même sentiment de plénitude qu’à Paris nous saisit. Cette poésie ardente et diaphane est ici servie par des musiciens dont le talent n’a d’égale que l’humilité. Face à une météo extrêmement pénalisante, les musiciens par leur écoute de l’autre, parviennent à surmonter les difficultés. Ayant depuis longtemps dépasser la technique, ils peuvent se permettre d’improviser, sans jamais trahir, mais bien interpréter. L’on retrouve cette sensation étrange et fascinante de clair-obscur, qui donne à voir et entendre le murmure des ombres. La viole chante, console, leurre. Tout ici n’est que séduction et plaisir, apaisement et contemplation.

 

@ Euskal Barrokensemble

Les deux derniers programmes qu’il me reste à évoquer, sont tout au contraire, fait de feu, de passion, d’amour contrarié pour le premier et d’ode à la vie pour le second.

 

C’est la seconde fois que Jordi Savall, invite à se produire au Festival Musique & Histoire, le jeune ensemble basque de musique ancienne, Euskal Barrokensemble créé et dirigé par le guitariste Enrike Solinís.

 

Si en 2015, il s’était présenté au public de Fontfroide, avec un programme revenant sur les sources de la musique basque, cette année c’est l’essence même de la musique andalouse qu’il a décidé d’explorer. El Amor Brujo de Manuel de Falla qu’il interprète ici sur instruments baroques, s’inspire de légendes et d’anciens airs gitans. Composé en 1915 pour orchestre de chambre et cantaroa, ce ballet-pantomime est un joyau musical. La version proposée ici est réellement enthousiasmante, grâce au talent des musiciens et de la chanteuse qui les accompagne. La musique y est d’une extrême flamboyance. Sa vivacité est aussi insaisissable et ardente que l’évocation du feu dans Danza ritual del fuego.

L’auteur du livret, María de la O Lejárraga résume ainsi l’argument de la version originale de « L’amour sorcier » : « Une gitane amoureuse qui n’est pas payée de retour, fait appel à ses dons de magicienne, à ses maléfices et sa sorcellerie, pour infléchir le cœur de l’ingrat. Elle y réussit après une nuit d’enchantements, de sortilèges, de mystérieuses incantations et de danses plus ou moins rituelles. Au petit matin, quand l’aurore réveille l’amour qui, endormi, était encore dans l’ignorance, les cloches proclament avec exaltation son triomphe ».

 

Sorti au disque, chez Alia Vox, au printemps dernier, la version concert offerte diffère dans sa construction. Plus resserrée, on ne retrouve pas les deux sonates de Domenico Scarlatti et les pièces de Manuel de Falla et Joaquin Rodrigo ont été redistribuées. Cette version concert souligne les tensions, la fureur et la puissance des sortilèges de la Cantaroa et de la musique. On est emporté dans un flot de flammes et de passion, sans aucun relâchement possible.

 

@ Monique Parmentier

Les couleurs de l’orchestre sont incandescentes et virevoltantes, les nuances d’une subtilité démoniaque. Il n’est que d’entendre le dialogue contrebasse (Pablo Martín Caminero)/guitare (Enrike Solinís) tout en infîmes inflexions, flûte (Vicente Parrilla)/sacqueboute (Elies Hernandis) sur le fil du souffle dans l’Andante del amor perdido du Concierto de Aranjuez, pour être émerveillé par le travail des musiciens. La violoniste Miren Zeberio fait tournoyer à la folie feu et feu follet, tandis que les percussions obsédantes de David Chupete et Daniel Garay, sonnent l’inéluctable puissance de cette hypnose musicale.

 

La magnifique cantaroa María José Pérez, dont le timbre est lumineux le phrasé riche en nuances et si flamenco, crée des sortilèges d’une intensité fervente et impétueuse, mais aussi tendre et sensuelle.

 

Le public de Fontfroide ébloui a réservé à l’Euskal Barrokensemble, une véritable ovation. L’on ne peut qu’espérer que ce dernier sera programmé plus régulièrement en France.

 

@ Monique Parmentier

Alors qu’arrive le dernier concert, une vague de nostalgie surgit toujours. L’on sait que le lendemain à l’Hôtel Zénitude, partenaire du festival, qui accueille une grande partie des musiciens, tout redeviendra par trop paisible et que nous ne croiserons plus de musiciens avec parfois des instruments improbables. Ils nous manqueront. Mais pour rompre cette mélancolie de fin de festival, Jordi Savall a choisi de nous présenter un nouveau programme plein de fantaisie et de joie de vivre, en compagnie de l’ensemble mexicain Tembembe Ensamble Continuo, la Capella Reial de Catalunya et des musiciens d’Hespérion XXI.

 

Cette Fiesta Criolla, « cachuas et danses religieuses et profanes » est issue du Codex « Trujillo del Perú », provenant de la Cathédrale de Lima et datant des années 1780-90. Ce n’est donc plus la musique traditionnelle mexicaine, comme dans les précédents programmes consacrés à l’Amérique latine du maestro, que l’on découvre ici, mais l’univers des traditions musicales andines, sous le joug de la colonisation espagnole. Ce codex fait le lien entre les musiques traditionnelles, coloniales et celles appartenant au répertoire ibéro-américain. C’est avant tout un livre contenant beaucoup d’aquarelles et de textes présentant un grand intérêt ethnologique, aussi bien dans sa description de la vie quotidienne des indiens et des colonisateurs, qu’une somme de connaissances sur la diversité de la faune et la flore. Au milieu de tout cela, on trouve également des partitions.

 

@ Bibliothèque de Lima

Dès cette époque, on ne peut que constater combien l’influence des immigrants espagnols se fait sentir sur les traditions locales. Si les flûtes et les percussions (telle la quijada) sont belles et biens celles des traditions précolombiennes, guitare, harpe et violon sont eux des instruments venus d’Europe, que l’on retrouve dans les illustrations du Codex.

 

L’orchestre rassemblé par Jordi Savall prend donc en compte toutes ces spécificités. Toute la soirée, qui nous a semblé si courte, sous les voûtes de l’église abbatiale, n’aura été que joie et rire, insolence et émotion.

 

Toutes les couleurs sont là, franches et parfois si douces. Côté voix Ada Coronel et Maria Juliana Linhares resplendissent de bonheur. Adriana Fernandez, au soprano si lumineux nous enchante et Victor Sordo bénéficie d’un magnifique solo avec Jaya llûnch, Jaya Llôch, une tonada dont le texte est issu de la langue Moche, accompagné par un bourdon obsédant, évoquant la mort du christ. L’élégance du phrasé et la plénitude qui émane du chant, semble suspendre le souffle de la vie, un court instant. En duo ou trio, avec leurs camarades tous superbes de la Capella Reial de Catalunya, ils donnent corps à ces textes, célébrant Noël ou la liberté, parfois très audacieux et impertinents, ne s’attardant jamais longtemps sur les chagrins.

 

@ Bibliothèque de Lima

Et cet arc-en-ciel, fait également vibrer Hespérion XXI, toujours aussi luxuriant. A noter ses couleurs si péruviennes des flûtes, aux sons si étranges et dépaysants, de Pierre Hamon. Elles résonnent comme un appel de l’inconnu, du mystère, qui tôt ou tard pousse l’être humain, à partir au -delà, par-delà l’horizon.

 

Le festival s’est achevé dans la liesse et tandis que chacun reprenait la route, sous les étoiles, en notre for intérieur, rendez-vous était déjà pris, pour retrouver en 2018, cette famille, ces ami(e)s, ces Elisyques que nous laissions derrière nous.

 

XIIe Festival Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel – Célébrations, hommages, Solidarité & voyages insolites – Du 15 au 19 juillet 2017

Hespèrion XXI – La Capella Reial de Catalunya – Le Concert des Nations

Musiciens invités d’Afghanistan, Argentine, Arménie, Brésil, Chine, Espagne, Grèce, Italie, Madagascar, Mali, Maroc, Mexique, Syrie et Turquie

 

Jordi Savall

 

Par Monique Parmentier

 

Un très grand merci à Hervé Pouyfourcat pour ces très belles photos d’Ibn Battuta, de Jordi Savall, Waed Bouhassoun et Driss el Maloumi qu’il m’a autorisée à utiliser. Pour une réutilisation de ces clichés, merci de lui adresser directement vos demandes.

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques Concerts
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 07:49
@ Monique Parmentier

Comme il est parfois étrange de devoir par une chronique revenir, sur les traces du passé pour le relater. Car ici il ne pourra être question de critique, mais d’un récit, celui du chemin suivi par les âmes sœurs, celui de la mémoire. Et le XIIe festival Musique & Histoire pour un Dialogue Interculturel, me donne de plus en plus, année après année, le sentiment de faire partie d’une famille, que je rejoins pour évoquer les routes empruntées durant l’année écoulée. Des routes qui pour chacun sont parfois semées d’embûches, parfois riantes et chaleureuses, mais hélas aussi tragiques et douloureuses.

Cette famille, ces élisyques revenant sur leur terre, se sont donc retrouvés pour célébrer, rendre hommages, unir et réunir et évoquer les voyages insolites (le titre exact de cette 12ième édition étant « Célébrations, hommages, Solidarité et voyages insolites »).

 

@ M Parmentier

Tout au long de l’année, l’actualité est souvent venue nous rappeler, que la musique fait partie du monde et qu’elle ne peut ni ne doit refuser cette part qui lui incombe de faire du musicien un acteur libre de ses « mots », responsable de ses « rencontres ».

 

Si ma mémoire des cinq journées sera cette année plus fragile et moins précise, plus nébuleuse que les années précédentes, c’est parce que suite à une chute sur la tête dans le cloître le premier jour, elle me fait aujourd’hui parfois défaut. Alors comme Puck, dans le Songe d’une nuit d’été, je vous adresse cette prière : « Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement que vous n’avez fait qu’un somme, pendant que ces visions nous apparaissaient… Oui, foi d’honnête Puck, si nous avons la chance imméritée d’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent, nous ferons mieux avant longtemps ». Et si artistes et esprits critiques me pardonnent mes imprécisions, c’est avec un plaisir sincère, que je partage avec vous par ce texte, ces 5 journées et soirées si fantasmagoriques, qu’elles me laisseront à jamais le sentiment d’avoir vécu ailleurs et ici, en un temps lointain et pourtant si présent.

 

Mais avant de commencer ce récit, il m’est impossible de ne pas exprimer par quelques mots toutes mes pensées amicales et respectueuses à Laure d’Andoque, notre hôte à l’abbaye de Fontfroide, ainsi qu’à ses enfants et ses proches. Le premier juillet, nous est parvenu la nouvelle du décès de Nicolas de Chevron Villette, son mari, responsable du Domaine viticole de Fontfroide et du restaurant de l’Abbaye. Jordi Savall, tous les musiciens et les équipes du festival ont tenu à lui rendre hommage aussi bien dans le programme que lors des premiers concerts. Nous ne pouvons que lui renouveler nos sincères condoléances et lui redire à quel point, nous lui sommes tous infiniment reconnaissants de nous accueillir si merveilleusement année après année. Ce lieu unique, si inspirant, contribue à donner une âme toute particulière au festival.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Le conte que nous a relaté Jordi Savall, cette année, passait plus que jamais par ce dialogue qu’il entretient entre les cultures du monde d’hier et d’aujourd’hui pour mieux construire l’avenir. Ainsi son projet en faveur des musiciens réfugiés, Orpheus XXI, Musique pour la vie et la dignité, initié en début d’année, a-t-il tenu au cours des concerts de l’après-midi, une place phare dans la programmation. Trois concerts, qui ont permis à des musiciens déracinés, réfugiés ou immigrés, de venir au contact du public européen de Fontfroide, afin de favoriser l’écoute de la différence et nous faire entendre le travail réalisé ces derniers mois, en partenariat avec la Saline Royale d’Arc-et-Senans. Trois concerts merveilleux, totalement différents et si riches, nous ont permis de découvrir toute la splendeur des répertoires de la Syrie et de toutes ces régions du Proche-Orient, aujourd’hui totalement ravagées par la guerre et la fuite éperdue de ces populations obligées de se déraciner, après avoir tout perdu, alors qu’elles ne demandaient qu’à vivre en paix.

 

Ces concerts, nous ont rappelé combien cette culture musicale de la Syrie est à l’image d’un pays où longtemps se sont côtoyés et enrichis des peuples d’origines diverses. Cette nation au cœur du monde arabe, nous révèle une musique aux calligraphies arabo-irano-turque, mais où s’invitent aussi un métissage de traditions chrétiennes imprégnées de la musique grecque, mais également juive et kurde.

 

Ces trois concerts ont été menés par trois musiciens professionnels qui ont été durant plusieurs mois, les maîtres des musiciens réfugiés sélectionnés pour bénéficier de la formation qui leur permettra à leur tour de devenir des professionnels et des formateurs.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Pour le premier, l’oudiste et chanteuse Waed Bouhassoun était accompagnée de quatre musiciens dont deux jeunes filles, Shaza et Jawa Manla qui ont été obligées de quitter leur pays à 8 et 15 ans. Instants de pure poésie que ce concert, mêlant tout à la fois des chants de réjouissances et des lamentations, célébrant les récoltes et l’amitié. Le concert s’ouvre sur le son cristallin du qanun de Shaza Manla, véritable invitation au voyage, à l’ailleurs, que le murmure du vent et des cigales accompagne.

@Herve Pouyfourcat

Les voix de Waed Bouhassoun et Rusen Filistek dans des mélopées envoûtantes, libèrent les âmes des douleurs des amours perdus. Au bord de l’inconscience, notre esprit s’échappe vers des mondes étranges et fascinants. Et les deux jeunes sœurs, Jawa (à l’oud) et Shaza Manla dialoguent avec le silence et les souvenirs avec une virtuosité à fleur de peau bouleversante. Le chant de récolte, Mirkut qui conclut ce concert, - avec aux percussions Neset Kutas et Rusen Filiztek qui chante également-, exprime ce moment de joie et de reconnaissance collective. Il nous éblouit, tant il semble faire virevolter les notes comme le grain de blé doré au moment du battage. Jordi Savall, à l’invitation de Waed Bouhassoun est venu rejoindre sur scène les musiciens, pour un bis hommage à la fraternité.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Le second concert Orpheus XXI, qui s’est tenu au troisième jour du festival, a été mené avec une énergie vivifiante par l’artiste syrien Ibrahim Keivo. Et de la hardiesse, de la persévérance, il lui en aura fallu pour vaincre les effets d’une météo fantasque et la distance que des langues méconnues peuvent parfois opposer à l’échange. Plus que jamais le répertoire interprété est une offrande à la multiculturalité des racines de la musique syrienne. Et c’est en plusieurs langues, celles des différentes communautés qui peuplent les bords de l’Euphrate, qu’Ibrahim Keivo, tout en s’accompagnant au buzuq, au baghlama ou au saz, nous interprète les poèmes et épopées, dont les textes nous échappent, mais dont la générosité, le lyrisme nous semble d’autant plus évident, qu’il met à son interprétation une fougue et une noblesse qui n’égalent que sa bienveillante présence au cœur même du public. Car luttant contre les éléments, il descend de la scène, tout en s’accompagnant d’un instrument. Il nous interpelle, nous adresse des sourires, nous regarde droit dans les yeux comme l’on regarde un ami, donnant sens à cette rencontre.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Le troisième concert a été mené par Moslem Rahal, un joueur de Ney syrien, qui travaille depuis quelques années déjà avec Jordi Savall. Entouré de cinq musiciens, quatre syriens et un marocain, il nous a offert un programme d’une splendeur envoûtante. Le répertoire proposé nous dévoile, toujours plus, la luxuriance et la splendeur des arabesques de la musique syrienne. Entre musique sacrée et traditionnelle, d’origine arabe, turque ou sépharade, entre percussions, oud, qanun et ces voix qui nous relatent, nous chantent parfois sur le fil de la voix ou avec ardeur, les émotions qu’ont en commun dans toutes les langues, sous toutes les latitudes les êtres humains.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Le ney introduit une atmosphère toute particulière, dès le début du concert. L’on ressent en l’écoutant, le souffle du désert, de la vie, faisant vibrer l’air avec une douceur toute particulière, une poésie mystérieuse et sensuelle.

Le plus frappant durant ces trois concerts, c’est la maîtrise des interprètes. Certes aucun n’est débutant, mais il ne s’agit pas seulement de maîtrise technique des instruments, mais également ce sens de l’improvisation à fleur de doigts qui caractérise ses musiques et qui est rendu possible par cette complicité amicale qui règne entre les musiciens et leurs maîtres.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Deux autres concerts d’après-midi, bien que ne pouvant pas être directement rattachés au projet Orpheus XXI, mais qui n’en sont pas si éloignés par leurs origines et leur histoire, était programmés. L’un d’entre eux, celui de l’ensemble 3MA a pu comme le concert dirigé par Waed Bouhassoun, bénéficié d’une météo offrant une lumière onirique aux musiciens. Cet ensemble qui réunit 3 grands artistes qui travaillent régulièrement avec le maestro Catalan, l’oudiste et chanteur marocain Driss El Maloumi, l’interprète malien de Kora Ballaké Sissoko et le musicien malgache Rajery qui joue du Valiha, est une des très très belles découvertes faites à Fontfroide, lors de la présentation de deux des grands projets d’Hespérion XXI, Ibn Battûta (première partie) et Les Routes de l’Esclavage.

@ Hervé Pouyfourcat

Les trois instruments à cordes pincées emblématiques de leur pays, offrent un son doux, profond, suave et parfois si translucides, que l’on se laisse ensorceler avec bonheur en les écoutant. Les trois musiciens qui sont de véritables virtuoses, chantent certaines pièces en solo, duo ou trio et ils partagent leur complicité amicale, leurs sourires, leurs affects, une sensation de l’âme avec le public. Entre création et émotion, le répertoire proposé est celui d’un travail personnel et commun. Ici tout est couleurs et plaisir et donne à chaque pièce le goût d’éternité que peut avoir l’instant présent, lorsqu’en vous l’offre à vivre dans son unicité quasi surnaturelle. Un instant d’ivresse et de tendre exaltation.

 

@ Hervé Pouyfourcat

L’avant dernier concert, qui comme celui de Moslem Rahal a dû être rapatrié dans le réfectoire en raison de la météo, souffrant de cet enfermement, tant la musique proposée est festive, n’en a pas moins été magnifique et grisant. C’est l’ensemble mexicain « Tembembe Ensamble Continuo » qui nous l’a offert. Une chanteuse et musicienne, Ada Coronel et trois musiciens Ulises Martínez, Leopoldo Novoa et Enrique Barona, nous ont interprété des chants traditionnels mexicains à l’exception d’une chanson colombienne. Ils s’accompagnent en chantant ces musiques traditionnelles d’Amérique Latine d’instruments de la famille des guitares comme la tiple, la guitarra de son tercera, la jarana jarocha ou le mosquito et plus surprenant un instrument à percussions, le quijada de burro, une mâchoire d’âne ou de cheval.

@ Hervé Pouyfourcat

Le répertoire du métissage qui nous est offert ici, offre un rythme endiablé à des histoires dont on perçoit l’humour grâce aux jeux de voix et onomatopées qui colorent le chant. Le Tembembe Ensamble Continuo est parfaitement à l’aise dans ce marivaudage improbable et naïf, qui fait surgir ce sentiment de liberté qui naît de la musique, alors que le répertoire interprété a souvent été créé par des esclaves. Véritable ode à l’improvisation, tout ici est exubérance et foisonnement. Ida Coronel et ses compagnons sont tout à la fois étourdissants et espiègles, nous laissant le sentiment à fin du concert d’avoir vécu au cœur d’un univers où tout n’est que rire, délectation et joie de vivre. Nous les avons retrouvés lors du dernier concert du soir, sur lequel je reviendrai dans un second article.

 

Afin de mieux faire percevoir le contexte, les raisons et les enjeux d’Orpheus XXI deux conférences ont été organisées, l’une avec la participation de SOS Méditerranée, l’autre avec Malika Pondevie, chercheuse sur la Civilisation Arabe Médiévale et sur l’histoire de l’Afrique du Nord Antique.

 

@ Monique Parmentier

La première a retenu contre toute attente un très large public. Organisé avec la collaboration de la Cimade et du Groupe Interreligieux pour la Paix de l’Aude, elle s’est tenue avec la participation de Jordi Savall, Waed Bouhassoun, de Jean-Pierre Lacan de SOS Méditerranée et deux bénévoles de cette organisation. Le débat a été introduit par la lecture de trois témoignages bouleversants des rescapés de ces frêles embarcations qui chaque jour tentent de traverser la Méditerranée. Des enfants, des femmes, des hommes qui ne demandent qu’à vivre en paix affrontent toutes les peurs, les passeurs, la violence des éléments et des hommes, dans l’espoir d’échapper aux bombes ou tout simplement en quête d’une vie meilleure pour leurs enfants. Tous les jours meurt en Méditerranée, cette mer, mère de toutes les civilisations d’Occident, des dizaines, des centaines d’êtres humains. Ces survivants ont donc vu mourir des proches, des amis. Leur désarroi est infini et pourtant aucune haine dans leurs propos. Jean-Pierre Lacan a parfaitement su faire prendre conscience des faits réels au public qui s’est montré très attentif et réactif. Le sensationnalisme de la présentation par les médias généralistes de la tragédie qui se joue n’en apparaît que plus évidente. Ces échanges avec Jordi Savall et le témoignage de Waed Bouhassoun, ont été tout à la fois passionnants et chargés d’émotion.

 

La seconde conférence, celle tenue par Malika Pondevie a malgré son caractère plus didactique, attiré l’intérêt d’un public très attentif. Elle a traité son sujet avec beaucoup de délicatesse et de savoir-faire. Car il est plus que jamais nécessaire de rappeler que la civilisation arabe médiévale a non seulement été fastueuse mais qu’elle a fait don, à l’Occident, par sa fertilité d’un univers sans lequel il n’aurait pas évolué vers plus de complexité. Son travail sur les textes antiques, mais également son art de vivre sont incontestables. Malika Pondevie a dévoilé également les points de rupture qui aujourd’hui encore divisent au lieu de nous réunir.

 

@ Hervé Pouyfourcat

Orpheus XXI est un projet qui par les musiciens réfugiés ou immigrés a pour vocation de faire connaître les musiques et la culture des pays dont sont originaires les musiciens. Si cette année la Syrie occupait une place prépondérante on trouve au côté du maestro des musiciens de toutes origines. Avec l’aide du Groupe interreligieux pour la paix de l’Aude les portes de l’abbaye ont été ouvertes pour les concerts de l’après-midi à de jeunes migrants et des familles défavorisées. Tout un public qui ne vient traditionnellement pas au concert, ni même visiter des lieux patrimoniaux. Leur écoute, leur intérêt est le plus bel hommage qui puisse être rendu au travail des musiciens. Il y avait dans la gravité de leurs regards et dans la joie de leurs applaudissements, ce petit plus qui relève de l’état de grâce et qui en terrasse ou dans le réfectoire font des concerts de l’après-midi à Fontroide, des moments attendus et vécus avec ferveur. Mille e mille volte grazie, un millón de gracias, mille fois merci et que l’on aimerait savoir le dire dans toutes les langues, à Jordi Savall, aux musiciens et à ses équipes, de donner au mot Fraternité tout son sens par et avec la musique.

 

 

XIIe Festival Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel – Célébrations, hommages, Solidarité & voyages insolites – Du 15 au 19 juillet 2017

Hespèrion XXI – La Capella Reial de Catalunya – Le Concert des Nations

Musiciens invités d’Afghanistan, Argentine, Arménie, Brésil, Chine, Espagne, Grèce, Italie, Madagascar, Mali, Maroc, Mexique, Syrie et Turquie

 

Jordi Savall

 

Par Monique Parmentier

 

Un très grand merci à Hervé Pouyfourcat pour ces très belles photos qu’il m’a autorisée à utiliser. Pour une réutilisation de ces clichés, merci de lui adresser directement vos demandes.

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques Concerts
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 08:01

Le Festival s'est terminé, le 20 juillet, après 5 merveilleuses journées. Je reviendrai très prochainement sur mon blog sur tous ces concerts chargés d'émotion que nous ont offerts le maestro Savall et tous les artistes présents.

 

Monique Parmentier 

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Published by Parmentier Monique
10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:42

Clori part les pieds légers vers des cieux plus clements. Ce merveilleux dessin d'Alessandro Allori est celui du costume de Clori, pastorale mise en musique par Emilio de' Cavalieri en 1590. Elle est considérée par les historiens comme le premier Opera. La musique en serait perdu. Pour des raisons de droit, je ne m'autorise à en partager que cette vignette.

Par Monique Parmentier 

CR : Bibliothèque centrale de Florence

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Published by Parmentier Monique
4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 19:50

Dans un mois, les Elisyques reprendront la Route et se retrouveront à l'Abbaye de Fontfroide, pour la XIIe édition du Festival  Musique et Histoire pour un dialogue interculturel. Il se déroulera du 15 au 19 juillet à l'Abbaye de Fontfroide dans l'Aude, à quelques kilomètres de Narbonne.

Et plus que jamais ce dialogue interculturel et le rôle pacificateur de la musique seront mis en valeur, puisque trois des concerts d'après-midi en terrasse et deux conférences seront consacrés au projet Orpheus XXI que nous avait présenté le 1er mars Jordi Savall.

Destiné à permettre à des musiciens réfugiés de pouvoir exercer leur métier malgré le déracinement et faire connaître aux populations des terres d'accueil, leur magnifique et si riche culture, c'est à Arles le 14 juillet puis à Fontfroide qu'ils viendront nous dévoiler les fruits des Master Class organisées en plusieurs sessions à la Saline royale d'Arc-et-Senans.

Le thème du festival est cette année Célébrations, Hommages, Solidarité et Voyages insolites.

Véritable invitation au voyage, à la rêverie, aux rencontres qui enrichissent, mais aussi hommages à toutes celles et ceux qui croient que la diversité ne peut que nous enrichir, l'ensemble des concerts célèbreront le bonheur de se retrouver tous ensemble autour du Maestro catalan. Nous retrouverons sur le premier concert du soir et le dernier des musiciens invités, venant de tous les horizons de la planète : Abhu Dhabi, Afganistan, Argentine, Arménie, Brésil, Chine, Grèce, Madagascar, Mali, Maroc, Mexique, Syrie, Turquie... Nous suivrons les pas d'Ibn Battuta (1304-1377) pour la seconde partie de ce programme, dont la première nous avons enchantée il y a deux ans déjà. Explorateur, voyageur, musulman marocain d'origine berbère, ce "voyageur du temps" a parcouru des milliers de kilomètres, de Tombouctou le plus au sud au bord de la Volga, de Tanger à l'Extrême Orient. Ses mémoires ont été compilées par le poète Ibn Juzayy al-Kalbi, dont le titre peut - être littéralement traduit ainsi "Un cadeau pour ceux qui contemplent les splendeurs des villes et les merveilles des voyages », Nous retrouverons également l'ensemble basque Euskel antiqua, que Jordi Savall avait reçu il y a deux ans qui viendront nous présenter leur nouveau programme, absolument somptueux sur instruments anciens El amor Brujo de Manuel de Falla, sortie au disque récemment.

Enfin, bien sûr les amoureux de la musique ancienne et de la viole, cette voix si particulière, dont le murmure est si envoutant, seront également comblés, puisque Jordi Savall, nous offrira deux concerts, dont un célébrant les 25 ans de Tous les matins du monde.

Et comme il faudra bien se quitter, afin de rompre la tristesse de la séparation c'est avec la Festa Criolla et l'ensemble mexicain Tembembe Ensamble continuo, que le Maestro et Hespérion XXI, concluront cette si belle fête d'un été qui enchantera le public, la garrigue et les cigales.

Par Monique Parmentier

Crédit photo : DR pour photo Jordi Savall. Musée des Corbières à Sigean pour la Coupe ionienne des Elisyques trouvée sur un des sites de ce peuple ayant vécu dans la région de Narbonne entre le VIIe siècle et le IVe siècle avant JC

 

 

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Published by Parmentier Monique - dans Dossiers Musique

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