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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 15:07

Si depuis deux ans, je ne consacre que rarement ma plume à des CD, en partie par manque de temps, je vais ici évoquer un enregistrement, qui dès sa première écoute, m’aura transporté dans un univers onirique, où plus que la mélancolie, le plaisir et la délicate sensualité, auront su me séduire, me donnant envie de vous le recommander. Vous aurez je n’en doute pas, comme moi, du mal à le quitter.

 

Le programme proposé dans ce CD est d’autant plus passionnant que la période musicale qu’il nous propose de découvrir a rarement fait l’objet d’un enregistrement. La jeune claveciniste Caroline Huyhn van Xuan, nous offre un regard sensible et poétique sur des pièces pour clavecin toutes composées à l’issue de la longue période d’austérité du Commonwealth (république). Période durant laquelle la musique avait disparu de la vie publique anglaise, trouvant refuge dans la sphère privée.

 

Pour mieux rattraper le temps perdu, la musique se développe alors bien au-delà de la Chapelle Royale que restitue Charles II. Des théâtres aux tavernes, de salles de concert à des clubs, elle offre à un large public des répertoires variés et accueil des musiciens venant de toute l’Europe attirés par le dynamisme de cette ère nouvelle pour l’Angleterre.

 

Durant la période républicaine, elle a développé des formes plus simples, plus modestes, loin de l’écriture polyphonique de la période élisabéthaine. C’est durant la Restauration que sont publiés des œuvres pour clavecin. Leur popularité se maintiendra tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux recueils seront édités, répondant ainsi au goût d’un public cultivé et ayant reçu une excellente éducation musicale, souhaitant dans son intimité, s’offrir des moments de rêverie ou de convivialité. Certaines pièces ici proposées, dont celle qui donne son nom à cet album, Since in vain, furent plusieurs fois rééditées.

 

Caroline Huyhn van Xuan mêle ici des pièces réputées à de véritables petits joyaux que nous n’avions jamais eu l’occasion d’entendre. Et si certains des compositeurs sont largement connus du public contemporain tels Purcell ou Haendel, d’autres comme Jeremiah Clarke, John Weldon ou William Croft, se révèlent une belle découverte. Il y est d’ailleurs frappant de constater que certaines pièces marquantes de cet album, telles Since in Vain et Allmand, nous sont parvenus sans le nom de leur auteur.

 

L’interprétation de Caroline Huyhn van Xuan est d’une rare délicatesse. Dès la première pièce un Ground d’Anthony Young on est séduit. Chaque pièce entre ses doigts devient une perle baroque unique. L’articulation soignée semble donner à la musique la fluidité de l’eau. Le temps qui s’écoule en écoutant ce CD prend une densité lumineuse et chaleureuse. On est surpris par les couleurs qui émanent de l’instrument, un clavecin Zuckerman d’après Blanchet et Taskin, sous les doigts déliés de l’interprète. L’effet de Luth du Ground de William Richarson, crée un effet de surprise fascinant. Entre envoûtement et sortilèges, la jeune claveciniste maintient notre plaisir par un jeu tout en nuances et en expressivité. Aérien et clair, il donne vie à ses salons où le temps semble hésiter entre s’arrêter pour mieux se savourer et fuir toujours plus vite. L’éphémère y devient éternel. La conclusion Ground on Moon over Bourbon Street, arrangement d’une chanson de Sting, joue sur ce sentiment d’éternité.

 

L’aria Here the Deities approve d’Henry Purcell, chanté par le contre-ténor Paulïn Bungden est un enchantement vocal, un pur délice, nous rappelant combien cet artiste au timbre unique, mélancolique et sensuel est fait pour ce répertoire.

A l’instant de conclure cette chronique, les mots qui nous viennent à l’esprit, sont « charme » et « plaisir ». Alors ne bouder ni l’un ni l’autre, Caroline Huynh Van Xuan est une claveciniste au jeu tout aussi unique et rare que le timbre du contre-ténor Paulin Büngden qui a accepté de redonner vie à ses côtés à une musique dont la beauté transmet une émotion fugace et légère, sensible et raffinée, subtile et tendre. Notons l’excellente prise de son, qui crée un sentiment de proximité avec l’interprète, nous rappelant combien cette musique est celle de l’intimité.

 

Clavecin : Caroline Huynh Van Xuan

Contre-ténor : Paulin Büngden

 

1 CD Muso. Durée 67’53. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé dans la Chapelle de Sainte-Marie à Lyon les 11 et 12 juillet

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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