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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 13:46

Alessandro.jpgAlessandro, George Frideric Haendel

Opéra en trois actes sur livret de Paolo Antonio Rolli, d'après celui d'Ortensio Mauro

Decca

Cet enregistrement est un petit joyau qui scintille sous toutes ses facettes. Ici tout est joie de chanter et de vivre. On se laisse volontiers emporter par la fougue des interprètes que le jeune prodige, devenu un des plus éminents et créatifs contre-ténor du moment, Max Emanuel Cencic a réuni autour de lui.

Enregistré avant Artaserse, l'autre production que le contre-ténor croate a révélé au public cet hiver et qui a connu un grand succès, cet Alessandro de Haendel, n'est arrivé dans les bacs qu'après ce dernier. Certes, l'œuvre du Caro Sassone, n'est peut - être pas totalement aussi passionnante que celle de Leonardo Vinci, mais elle ne manque pas de charmes et de qualités, qu'une distribution sans faille relève avec panache.

Lorsqu'il écrit Alessandro en 1726, Haendel est au fait de sa gloire londonienne. Il dispose des meilleurs chanteurs, formant une troupe flamboyante, qui se produit jusqu'à cinquante soirées par an : la Royal Academy of Music. Parmi ses vedettes le castrat alto Senesino et la soprano italienne Francesca Cuzzoni. Mais comme le public en demande toujours plus, il n'hésite pas à faire venir une autre soprano transalpine, Faustina Bordoni à l'occasion de la création d'Alessandro. Il demande à son librettiste Paolo Antonio Rolli, de réadapter le livret d'origine d'Ortensio Mauro, pour favoriser des joutes vocales entre ses deux vedettes féminines. Joutes qui se poursuivirent bien au-delà de la scène alimentant ainsi le goût du scandale et de la fureur d'un public dont la passion pour l'opéra, le portait à toutes les extravagances possibles.

Autour du personnage d'Alexandre, deux princesses, l'une scythe et l'autre perse se disputent son cœur : Rossane et Lisaura. Allant de victoire en victoire à travers l'Asie Alexandre se trouve mis en difficulté devant la ville d'Oxydraque. Mais grâce à sa vaillance et à la fidélité du Général Clito, le seul qui ose par ailleurs lui tenir tête, il finit par triompher. Au camp des armées, l'attendent les deux princesses rivales qui s'inquiètent pour lui, tandis qu'Alexandre va de l'une à l'autre, leur déclarant une flamme identique avec une insouciance digne de celui qui se prend désormais pour le fils de Jupiter. Le roi de l'Inde Tassile, est quant à lui amoureux de la fière Lisaura, mais il doit la vie à Alexandre à qui il voue une sincère amitié et ne peut donc déclarer à cette princesse sa flamme. Le général Leonato jaloux d'Alexandre n'hésite pas à tenter de le faire tuer, mais ce complot échoue, renforçant l'Empereur dans sa conviction d'être de nature divine. Cela le persuade également, que le seul coupable possible de cette tentative de meurtre, est aussi celui qui lui a toujours dignement tenu tête, le général Clito. Il demande à Cleone, un autre général macédonien de l'arrêter.

Il finit par comprendre qu'il est sincèrement amoureux de Rossane. Il en fait part à Lisaura, lui annonçant qu'il ne souhaite pas s'opposer à l'amour du fidèle roi des Indes Tassile pour cette dernière. Les conspirateurs qui se sont réunis, décident d'affronter Alexandre et son ami fidèle, après avoir rallié Clito. Battus ils demandent leur grâce à Alexandre qui l'a leur accorde bien volontiers. Lisaura accepte enfin l'union avec Tassile, tandis que Rossane et Alexandre s'unissent.

C'est un plateau vocal somptueux que Max Emanuel Cencic et Parnassus Arts Productions ont rassemblé pour défendre cette œuvre, qui n'est pas totalement inconnu et à déjà bénéficié d'autres enregistrements.

L'enthousiasme et sa maîtrise technique de Max Emanuel Cencic, lui permettent d'aborder le rôle de l'empereur macédonien avec une facilité désarmante. Son timbre sensuel, sa virtuosité, sa grande sensibilité créent un personnage bien plus complexe qu'il ne peut paraître de prime abord. Son Alexandre est tout à la fois démesure et générosité, vaillance, tendresse et folie. Il souligne avec acuité les faiblesses d'un souverain absolu, le rendant plus humain, peut-être plus adolescent que ridicule dans sa quête d'une paternité divine. Rien ne lui fait peur, et c'est avec beaucoup d'intelligence qu'il nous offre un Alexandre séduisant au possible.

Quant au duo féminin, j'avouerai une petite préférence pour la jeune soprano russe Julia Lezheneva.

Son timbre lumineux qui irradie, sa dextérité technique qui s'écoule comme une onde vive, que ce soit dans "Alla sua gabia d'oro" ou dans  "Lusinghiero dolce pensiero" où elle se régale de chaque mot et de chaque note, font de chacune de ses interventions des instants vraiment jubilatoires. Elle est une héroïne douce et fragile, constante et résolue, qui ne peut que séduire le plus puissant des rois. Sa technique impeccable et son magnifique phrasé se retrouvent également chez Karina Gauvin. La soprano canadienne à la voix flexible et charnue est une rivale digne et royale. Elle donne à ressentir dans "Che tirannia d'amor", toutes les souffrances d'un amour non partagé et la noblesse déchirante d'une femme blessée qui se refuse aux effets pervers de la jalousie. Les duos entre les deux soprani permettent une fusion des timbres d'une grande séduction.

Le reste de la distribution est tout aussi exceptionnel, avec en particulier le contre-ténor Xavier Xabata, -dans le rôle de Tassile, le roi des Indes-, dont la rondeur et la suavité du timbre font de son "Vibra cortese d'amor" certainement l'un des plus beaux moments de cette version d'Alessandro. In-Sung Sim offre à son Clito, ce général qui au nom de sa fidélité au roi Philippe, lutte contre la folie son fils, une belle autorité, tandis que Juan Sancho, est un traître vaillant à la voix homogène et agile. Enfin dans le petit rôle du serviteur attentif et ambitieux, Cleone, Vasily Khoroshev ne démérite pas bien au contraire. Il fait preuve de mordant dans son air "Saro qual vento che nell'incendio spira".

La direction tout à la fois élégante et dynamique de George Petrou, soigne les couleurs, offrant une palette chatoyante aux chanteurs. L'ensemble Armonia Atenea, sur instruments d'époque, par sa palette et une belle énergie, aussi bien dans les arie que dans les récitatifs accompagnés, révèle tout à la fois la fureur et la poésie élégiaque de la partition de Haendel.

La musique est avant tout un plaisir que l'on partage pour rendre la vie plus belle. C'est bel et bien ici le cas lorsque s'achève Alessandro, une folle envie de le découvrir à la scène nous accompagne. Pas de doute, la passion de Max Emanuel Cencic pour des partitions rares ou oubliés et le soutien sans faille de Parnassus Arts Productions offrent au public un renouvellement du répertoire plein de vitalité.

Par Monique Parmentier 

Distribution : Alessandro Mago, Max Emanuel Cencic ; Rossane, Julia Lezneva ; Lisaura, Karina Gauvin ; Tassile, Xavier Sabata ; Leonato, Juan Sancho ; Clito, In-Sung Sim ; Cleone, Vasily Khoroshev.

3 CD Decca - Durée : CD1, 78'07 ; CD 2, 66'04 ; CD 3, 45'55. Enregistré à Athènes  du 2 au 5 et du 9 au 15 septembre 2011 au Dimitris Mitropoulos Hall, Megaron, The Athens Concert Hall, Athènes. Livret en français, anglais, allemand. Réf : 478 4699. Code Barre : 28947 8499

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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