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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 15:00

visuel-copie-8.jpgArtaserse

Dramma per musica de Leonardo Vinci (1696-1730)

Livret de Pietro Metastasio (1698 - 1782)

 

Après le succès de Faramondo, Max Emmanuel Cencic souhaitait renouveler le plaisir de retrouver ses amis contre-ténors autour d'un opéra injustement oublié, Artaserse de Leonardo Vinci. Il nous en avait parlé lors d'une interview qu'il nous avait accordée il y a plus d'un an. Grâce au soutien de Virgin Classics et à sa ténacité c'est désormais chose faite, au disque comme à la scène (voir ma chronique sur Classique News).

La distribution audacieuse, uniquement masculine, qu'il réunit dans ce projet, se justifie artistiquement par le fait qu'à sa création, dans la Rome papale de la première moitié du XVIIe siècle, aucune femme n'était autorisée à se produire sur scène. Il remplace ici, les castrats qui à l'époque interprétaient l'ensemble des personnages par 5 contre-ténors dont deux tiennent des rôles féminins et un ténor.

On ne peut que louer la ténacité de Max Emmanuel Cencic, tant le résultat, au disque comme à la scène se révèle enthousiasmant.    

Dernier opéra de Leonardo Vinci, il est le fruit d'une collaboration avec le Poeta cesareo, Pietro Mestatasio. Créé à Rome en 1730, il ne connut le succès que lors de sa reprise peu de temps après la mort mystérieuse du compositeur, la première série de représentations ayant été interrompue par le décès du Pape Benoit XIII. Les plus célèbres castrats de l'époque faisaient partie de la distribution dont Caffarreli qui tenait le rôle d'Artaserse.

 

Artaserse, le fils de Xerxès succède à son père sur le trône de Perse suite à l'assassinat de ce dernier par le préfet du palais Artabane. Ce dernier commence par accuser le frère d'Artaserse du meurtre, Darius (que l'on ne verra ni n'entendra), poussant le jeune empereur au fratricide. Mais très vite Darius est innocenté et tandis qu'Artaserse déjà tourmenté par la mort de son père sombre dans la mélancolie, le fils d'Artabane, Arbace est arrêté avec le glaive qui a tué Xerxès et que lui avait confié son père Artabane. Arbace cherche désespérément, sans accuser son père dont il sait la culpabilité à persuader son ami Artarserse et sa jeune amante Mandane, fille et sœur des empereurs de son innocence. Rien n'y fait pas même l'intervention de sa sœur Sémira, elle-même un temps promise au jeune empereur et dont le père Artabane décide de la fiancer à Mégabise, un général félon qui monte les différents protagonistes les uns contre les autres pour obtenir la main de Sémira.

 

Ainsi on le comprend bien, tous les personnages sont déchirés entre leur devoir et leur amour, entre leur goût du pouvoir et la vertu. Cette dernière se retrouve dans la place essentielle que tient l'amitié dans le livret de Metastasio.

 

cencic420c.jpgL'ensemble des interprètes chanteurs et musiciens nous révèlent avec brio les multiples facettes de ce diamant qu'est Artaserse, toute la puissance dramaturgique d'une musique où la virtuosité vocale est un enchantement. La cohésion entre chanteurs et musiciens est exceptionnelle. Le continuo est extrêmement raffiné et l'orchestre développe des couleurs somptueuses et subtiles. La caresse du théorbe et le brillant des cuivres sont à souligner tant à la scène le premier en particulier a su nous ravir comme ici.

La distribution idéale qu'a réunie Max Emmanuel Cencic qui ne s'attribue pas le rôle principal, brille de toute part. Il faut dire que le Concerto Köln dirigé par un Diego Fasolis survolté offre aux chanteurs un écrin somptueux, où nuances et couleurs sont d'une beauté à couper le souffle.
 

Dans cette distribution, on retiendra en tout premier lieu, une superbe découverte en la personne de Franco Fagioli dans le rôle d'Arbace. Ce contre-ténor argentin se révèle véritablement dans ce projet. Dans l'air virtuose de la fin de l'Acte I, il réalise bien plus qu'une simple performance, n'oublions pas que cet air dure plus de 7 minutes, "Vo solcando un mar crudel", il y montre une aisance confondante. Il y est un prince ardent, pris au piège entre son devoir filial et son amitié. Ses aigus rayonnants, ses graves de mezzo, cette technique qui fait tant penser à Cécilia Bartoli dans les vocalises sont purs bonheurs.

 

Dans le rôle-titre d'Artaserse, la voix d'ange mélancolique de Philippe Jarrousky et sa musicalité sont idéale pour le rôle. Quant à Max-Emmanuel Cencic il tout simplement parfait en Mandane. Sa voix d'une sensualité troublante est un vrai bonheur et ses vocalises sont magnifiques d'autorité. Yuriy Mynenko au timbre sopranisant dans le rôle du général félon se révèle réellement inspiré, pervers à souhait. Le timbre enchanteur et lunaire de Valer Barna-Sabadus donne à sa Sémira une image fascinante faite de courage et de fragilité.    

Enfin le ténor Daniel Behle est un remarquable Artabano le père assassin.  Ses graves superbes, son art des nuances et un souffle long lui permet d'être bien plus qu'un méchant tourmenté, un héros qui a a mal tourné, mais que la vertu d'un fils sauvera.

Charles de Brosses à l'époque de sa création écrivait qu'Artaserse était "le plus fameux opéra italien". Sans aller jusque-là, nous dirons qu'il fait partie des œuvres qui méritent réellement d'être découvertes.   

Voici un album à vous recommander pour les fêtes.

 

Par Monique Parmentier

 

Distribution : Artaserse, Philippe Jarrousky. Mandane, Max Emanuel Cencic. Artabano, Daniel Behle. Arbace, Franco Fagioli. Semira, Valer Barna-Sabadus. Megabise, Yuriy Mynenko.

Concerto Köln, direction : Diego Fasolis

 

 

3 CD Virgins Classics - Durée CD1 : 67'22'' - CD2 : 65'46'' - CD3 : 54'36'' - Code Barre : 5 099960 286925 - Enregistré à Deutschland Kammermusisall, Köln - 21 - 38 septembre 2011

 

Crédit photographique pour Max Emmanuel Cencic : DR 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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