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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 13:24

Visuel savallJean-Sébastien Bach

Les quatre ouvertures : Suites pour orchestre, BW 1066-1069

Le Concert des Nations - Jordi Savall

 

Dans le cadre de la collection Héritage, Alia Vox réédite depuis 2007, un certain nombre des enregistrements de référence réalisés par Jordi Savall et les ensembles qui l'ont accompagné tout au long de sa carrière. Ce sont de véritables perles baroques qui ainsi reviennent chez les disquaires. Que ce soit les Arie et Lamenti de Claudio Monteverdi enregistrés par Montserrat Figueras en 1989 et 1992, ressortis il y a quelques mois ou les suites pour orchestre de Bach qui nous sont proposés aujourd'hui, toutes ces rééditions sont de véritables joyaux à découvrir (ou redécouvrir) pour votre plus grand bonheur.

Jordi Savall a souhaité dans sa version des suites de Bach enregistrées en 1990, faire oublier l'image "un peu coincée" du compositeur luthérien qui bien souvent émane de toutes les autres versions de ces quatre suites pour orchestre, BWV 1066-1069. Pour cela il adopte des tempi et des couleurs si séduisants, que l'on se surprend à battre du pied, à avoir envie de danser et de rire en écoutant cet enregistrement. La convivialité du Café Zimmermann où ces suites (qui à l'époque étaient en fait nommées des "ouvertures") furent jouées transparaît. La virtuosité des musiciens d'aujourd'hui est ici conforme à celle des premiers interprètes. Elle ne se cantonne pas à une maîtrise technique, elle se vit avec un réel plaisir.

 

Le livret écrit par Gilles Cantagrel, l'un des grands spécialistes actuels du Cantor, relate avec passion de manière brève et incisive la naissance de ses suites. Si l'on en connaît que quatre, on suppose en raison d'un faisceau d'éléments que d'autres durent exister mais ont été perdues. Gilles Cantagrel souligne que contrairement aux "concertos Brandebourgeois", elles ne constituent pas un ensemble cohérent. Elles furent composées isolément, pour des occasions officielles que l'on ignore entre la fin de son séjour à Coethen et le début de son activité à Leipzig. Ce sont des divertissements, des musiques d'apparat et de réjouissance, qui doivent beaucoup à l'influence de la musique française et tout particulièrement, celle de Lully.

 

La danse y imprime ses rythmes, sa gaieté et dans chacune de ces suites, elle en est le cœur.

 

Jordi Savall nous offre de ses suites pour orchestre unique une version enthousiasmante, d'une splendeur et d'une grande noblesse qui ne peut que nous enchanter. Il est entouré des fins et talentueux musiciens du Concert des Nations et de solistes tous plus magnifiques les uns que les autres. Le violon solo de Fabio Bondi et les trompettes solaires de Guy Ferber, Jean-Pierre Canihac et Graham Nicholson nous éblouissent dans l'ouverture BWV 1068, lui donnant un caractère quasi apollinien qui n'est pas sans nous rappeler le chantre du Roi Soleil dont l'influence est  ici parfaitement assumée. L'interprétation de cette suite nous emporte vers des sommets de virtuosité et la mélancolie de l'Air faite des jeux d'ombres et de lumières est un pur instant d'émotion intimiste.

 

La flûte de Marc Hantaï se joue des difficultés dans l'ouverture BWV 1067. Son plaisir, sa ductilité nous offre des instants d'hédonisme, à la joie de vivre bouleversante. Quant aux joutes des hautbois et du basson solo, Josep Borras, dans les suites BWV 1066 et 1069, leur ludisme et leur fantaisie sont une source de plaisir. Que dire de plus si ce n'est que l'orchestre, composé des meilleurs musiciens du Concert des Nations (dont Pierre Hantaï au clavecin, Pedro Estevan aux percussions sont les plus connus du public) sous la direction sereine et généreuse de Jordi Savall, respire et chante. Ainsi la polyphonie exprime avec bonheur tout ce que la musique de Bach partage et offre : la générosité à l'état pur. Pas de doute, en plus de 30 ans, Jordi Savall a réalisé un travail unique dont la magnificence mérite ces superbes rééditions, soigneuses jusqu'aux plus infimes détails des livrets.

 

Par Monique Parmentier

2 CD 1 Alia Vox Heritage - Durée : CD 1 : 53'54'' CD2 : - Réf : Alia Vox AVSA 9890 A + B

Réédition. Enregistrée en août 1990 à la Grande salle de l'Arsenal à Metz

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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