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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:22

busenello2-copie-1.jpgBusenello, un théâtre de la rhétorique Classique Garnier

 

Tout au long de la Renaissance et du premier baroque, alors que bien souvent l'idée même de "liberté" peut vous conduire au bûcher, les artistes ont défendu avec ardeur, leur liberté créatrice. De Donatello à Poussin, l'art trouve son chemin, au-delà de toutes les contraintes, les métamorphosant en chefs-d'œuvre.

Au ur de la musique, cette audace va permettre la naissance d'un tout nouveau genre : l'opéra. Et c'est à Venise que naît cette liberté nouvelle. Cette cité tolérante favorise les rencontres de tous ceux qui venant de tous les horizons et tous les métiers, doivent imaginer tout ce qui peut contribuer à faire du drame en musique, un art majeur, économiquement viable.

Si l'opéra a besoin de musiciens, il doit aussi inventer des métiers qui lui sont propres pour exister. Ainsi va naître le scénographe (Giacomo Torelli, membre de l'Académie des Incogniti, en fut l'inventeur), mais aussi celui qui par ses mots va permettre au drame de vivre sur scène, de séduire et de passionner le public en quête de nouveauté, le librettiste.

Le premier d'entre eux, même s'il ne l'a jamais revendiqué est un poète, Giovan Francesco Busenello, également membre de l'Académie des Incogniti, dont le nom est aujourd'hui rattaché à l'opéra le plus subversif qui soit : L'Incoronazione di Poppea.

 

Rittrato-Busenello.jpgDans Busenllo, un théâtre de la rhétorique, Jean-François Lattarico, professeur des universités et chercheur, vous invite à découvrir cet homme à la personnalité et à l'œuvre fascinantes. Ce Vénitien de souche, va donner ses lettres de noblesse à un métier qui par la suite va trop souvent retourner dans l'ombre, et perdre avec le temps sa valeur poétique, pour ne plus conserver qu'un rôle de faire-valoir. Issu d'une vieille famille aristocratique, juriste de formation, Giovan Francesco Busenello va toute sa vie affirmer la liberté absolue de l'écrivain. C'est elle, qui va lui permettre de faire la synthèse dans le Dramma per musica, de multiples sources, créant ainsi l'opéra moderne.

Busenello trouve son inspiration tout aussi bien dans le théâtre pastoral florentin, que dans l'opéra tragi-comique romain, et dans le mélange des genres importés d'Espagne, mais également dans la sensible poésie pétrarquiste et dans la poésie érotique de Marino. Il est selon les termes de Jean-François Lattarico un "pessimiste jubilatoire". Busenello est un homme tout à la fois désabusé et hédoniste.

Après une présentation de l'environnement politique et culturel du poète et une esquisse biographique, Jean-François Lattarico se livre à une analyse très fine et savante de l'ensemble du corpus littéraire de Busenello. Ce dernier hérite de la Renaissance une certaine idée de la littérature et de la place de l'écrivain au coeur de la cité. Comme beaucoup d'aristocrates, son art de vivre et d'écrire sont influencés par cette recherche de la beauté et de l'élégance telle que l'a théorisé Castiglione. Mais les temps ont changé et la désillusion a aussi laissé place à une certaine lucidité. Il est l'auteur de poèmes classiques ou érotiques, de deux romans et d'un traité de rhétorique, découvert par Jean-François Lattarico à la Marciana. 

S'il s'inscrit donc dans une certaine continuité, Busenello crée et expérimente de nouveaux modèles, soutenu en cela par l'Académie des Incogniti. Et ses livrets vont en être la quintessence. Jean-François Lattarico leur accorde une place importante dans son étude. Cinq d'entre eux, mis ou non en musique, lui sont sans aucun doute possible attribués. On ne sait en revanche que peu de chose sur sa vision de la musique, mais ce qui est certain c'est que chaque livret est bel et bien un chef-d'oeuvre. Par sa plume, se dévoilent les enjeux de la naissance théâtrale de l'opéra. L'art de la rhétorique, c'est-à-dire, celui du discours, favorise la parole scénique. Le jeu du tribun et de l'acteur n'ont au fond qu'un seul et même objectif séduire pour convaincre.

Je ne peux que vous recommander la lecture de ce passionnant et brillant essai. Si ce livre est de prime abord destiné à un public universitaire, il ne peut que susciter l'intérêt de tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette époque, au moment précis où théâtre et musique se rencontrent enfin, fusionnant en un genre nouveau. 

Busenello nous a légué au même titre que Dante, Pétrarque ou Marino une oeuvre splendide qui mérite d'être redécouverte et comprise. Loin des analyses psychanalytiques totalement hors contexte et hors sujet, le libertin Busenello, comme beaucoup de ses contemporains, a brisé les idéaux de la Renaissance, s'offrant de nouveaux territoires à explorer. L'érudition de Jean-François Lattarico est un plaisir que vous aimerez partager, tout comme l'émotion sensuelle qui émane des textes de Busenello.  Comme Monteverdi, il est à la fois un homme du passé et de l'avenir, offrant à la postérité une œuvre à jamais moderne.

Enfin, l'une des grandes qualités de cet essai et non des moindres est que son auteur est si proche de son sujet, qu'un lien très particulier semble s'être tissé entre eux. Il rend encore plus perceptible au lecteur cette part de mystère liée à cette époque de grande effervescence artistique.

Par Monique Parmentier

Busenello, un théâtre de la rhétorique - Classiques Garnier - ISBN 978 -2-8124-1147-2 - Code Barre : 9 7828 12 411472

 

Droits photographiques : Portrait de Busenello © Château de Buonconsiglio, Trente

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Published by Parmentier Monique - dans Poésie et Littérature

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