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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 10:09

VISUEL.jpgHombres de Maiz : l'âme italienne dans la musique mexicaine

Ensemble Lucidarium

Voici un CD idéal pour les journées d'hiver et dont la beauté et les couleurs resplendissantes enchanteront vos journées si grises et froides.

 

S'il s'agit avant tout d'une proposition artistique, d'une recréation de mondes disparus, Hombres de Maiz, repose sur des travaux de recherche précis qui ont permis de retrouver des sonorités probablement très proche de ces autres mondes disparus à jamais ou qui du moins aurait su plaire aux indiens Yaquis.

Certaines cultures des Amériques résistèrent parfois avec une réelle efficacité aux conquistadors espagnols. Elles furent aidées en cela par les jésuites, qui plutôt que de faire table rase cherchèrent à s'enraciner tout en garantissant à leurs missions une relative liberté. Ce qui ne fut possible qu'en gagnant la confiance des indiens. Ils permirent ainsi à deux civilisations que tout opposait de se rencontrer et de dialoguer. Et c'est la musique qui fut une fois de plus la langue universelle.

L'on sait que par les missionnaires les musiques européennes firent souches sur les territoires conquis et séduisirent les populations locales qui les adoptèrent, les transformant et les enrichissant de leur propre univers sonores. Le mode de transmission orale, propre à ces cultures, oblige toutefois les musiciens d'aujourd'hui à "reconstituer" ces instants uniques de partage et de tolérance, aidés en cela par les témoignages écrit que nous ont laissé les compositeurs jésuites eux-mêmes influencés par les musiques indiennes et les musiques traditionnelles encore vivantes dans les villages.

lucidarium2.1.jpgPar ailleurs des similitudes avec l'histoire d'autres peuples vaincus, du Mondo dei vinti, permet de donner un sens, à ce que nous raconte ici l'ensemble Lucidarium. Ainsi nous assistons à la découverte de la musique populaire italienne du XVIIe par un peuple, les "Yoeme" (le peuple), qui ne fut définitivement brisé que par la Révolution mexicaine, alors qu'il avait su s'opposer à la conquista. Je vous recommande la lecture de l'excellent livret qui accompagne ce CD, il vous donnera forcément envie de partir à la découverte de ces "nouveaux mondes" et des pistes à explorer pour en savoir un peu plus.

Quant aux choix musicaux et à l'instrumatarium retenus, ils sont tout simplement remarquable de sensibilité et de justesse. "Consacré aux musiques dites "mauvaises", aux chants anonymes des peuples d'Amérique latine, ceux qui s'appellent les "hommes de maïs" et aux musiques de leurs alter ego italiens, habitants modestes des campagnes et des villes, et en particulier ceux qui dans la Péninsule adoptèrent le maïs comme base de l'alimentation dès le XVIe siècle", le programme présenté ici se compose en quatre parties : la Bergamasca et ses voyages, les chants des mondes à l'envers ; Matachin, Matzi et autres guerriers et les chants de la Terre. Il nous emmène en un voyage dont l'exotisme n'a rien de pacotille, tant il relève du monde des songes et des légendes, de l'imaginaire fondateur des peuples.

Dès les premières mesures le charme agit... de la bergamasque à la tarentelle, de la poésie sensuelle la plus raffinée des chansons d'amours à la plus grivoise, mélodies et rythmes nous ensorcellent. Les harpes si fluides, les voix de caractères utilisent toutes les facettes de l'envoûtement avec un art consommé. Les trois chanteuses Gloria Moretti, Barbara Ceron Olvera et Marie-Pierre Duceau, nous invitent à à ouvrir les yeux de l'autre côté du miroir. Elles métamorphosent la réalité, aidés en cela par des musiciens engagés et talentueux, nous offrant des instants d'un onirisme tendre. Le mélange savamment dosé d'instruments occidentaux et d'Amérique (harpe veracruzienne, percussions), populaire ou de cours, donnent un sentiment de luxuriance irrésistiblement joyeuse. La cohérence du groupe respire le plaisir de jouer, exorcisant les peurs, les douleurs, la mélancolie. Flûtes, violons, instruments à cordes pincés de l'Ensemble Lucidarium illuminent la musique avec une rare ferveur.

Le prise de son naturelle est un vrai bonheur. Voici donc un CD que je vous recommande plus que chaudement, il fera fondre les cœurs les plus endurcis, les entraînant dans une folle danse, celle de la vie. Cette rencontre de l'Italie et du Mexique est pur bonheur.

Par Monique Parmentier

1 CD K617 - Durée : 64'23'' - Enregistrement réalisé du 9 au 14 avril 2011 à l'auditorium de Pinia (Corse) - REF K617228

 

Crédit photographique pour la photo de l'Ensemble Lucidarium : DR

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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