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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 19:55

JDM001350.JPGCertains peut-être s'étonneront de mon dossier... Jean-Denis Malclès n'a jamais été "classifié" comme un metteur en scène baroque et pour cause puisqu'il quitta le monde de la scène bien avant la Renaissance scénique et musicale de la musique ancienne... il n'en reste pas moins que les décors et costumes qu'il a réalisés pour la scène lyrique de 1952 à la fin des années 1960, sont une invitation onirique au voyage, à la rêverie, au songe. Alors que 2012 a été l'occasion de célébrer le centenaire de sa naissance, j'ai eu envie en cette fin d'année et suite à une conférence à laquelle j'ai assisté le 20 novembre à la Bibliothèque Nationale de France, de l'évoquer ici, tant son univers me semble merveilleux et doux. Son influence sur de nombreux artistes vous semblera peut - être aussi évidente qu'elle m'est apparue.

Je tiens tout d'abord à très vivement remercier Madame Janine Malclès et Monsieur André Boulze qui m'ont autorisé à reproduire ici les photos destinées à illustrer cet article. Je remercie également Cécile Coutin, conservatrice en chef à la BNF, qui m'avait convié à cette conférence me permettant ainsi de découvrir un artiste d'une grande sensibilité et dont les notes m'ont beaucoup aidé à rédiger cet article. A toutes celles et ceux qui aimeraient reproduire les photographies merci de contacter M. Boulze afin de respecter les droits liés à leur reproduction. 

ean_denis_malcles-1024x716.jpg"Jean - Denis Malclès est capable de voyager au pays de mes propres rêves et de me les restituer. Il rend les rêves solides. Il tire de son carton à dessins les plus ravissantes merveilles que vous aviez pu rêver... et chaque fois que le monde peut croire un poète, il évite une énorme bêtise". C'est Jean Anouilh, pour lequel Jean - Denis Malclès a réaliser de nombreux décors qui parlait ainsi de celui qui fut aussi son ami.

Ses origines semble le prédestiner à devenir cet artiste décorateur, peintre et "créateur aux multiples facettes".

Né  à Paris le 15 janvier 1912, Jean-Denis Malclès était d'origine provençale. Petit-fils d'un poète ami de Frédéric Mistral, il vécut toute son enfance dans un milieu artistique. Son père est sculpteur et décorateur. A 15 ans, il entre à l'école Boulle où il obtient un diplôme dans la section sculpture sur bois (ébénisterie, menuiserie, sièges, tapisserie). Il peint pendant ses loisirs et expose une première fois en 1939. Il commence une carrière de décorateur et pendant l'occupation il rencontre Pierre Frey pour lequel il dessine ses premières collections de tissus. Mais c'est en 1941, retrouvant Jean-Louis Vaudoyer qu'il avait rencontré trois ans plus tôt alors qu'il était conservateur au Musée Carnavalet et devenu entre temps administrateur à la Comédie Française, qu'il entre dans le monde du théâtre pour ne plus le quitter. C'est pour Fantasio d'Alfred de Musset qu'il crée ses premiers costumes. Il va apporter à la scène son imaginaire "lumineux et ouaté, peuplé d'arlequins, de poupées de chiffon, de poussière de lune et de robe d'aurore". Ces mots de son amie Renée Auphan, comme ceux de Jean Anouilh, nous montrent à quel point Jean-Denis Malclès savait par sa personnalité toucher au cœur tout ceux qui l'approchait.

Ce touche à tout, élabore des décors et des costumes tout aussi bien donc pour le théâtre, que pour l'opéra, les ballets et le Music-Hall. C'est lui qui entre autre à conçu les costumes d'un quatuor vocal dont le nom est encore aujourd'hui bien connu, les Frères Jacques. Il réalisa également des affiches, dont celle de la Belle et la Bête en 1946.oberon.jpg

Il a travaillé pour ceux dont les noms sont devenus légendaires: Jean Cocteau, George Feydeau, Marcel Aymé, Marcel Achard, la compagnie Renaud - Barault, Jean-Paul Sartre, sans compter Jean Anouilh.

C'est en 1952 qu'il aborde le théâtre lyrique avec Adrienne Lecouvreur à la Scala de Milan. Ses décors pour Obéron de Weber à l'Opéra de Paris, sont tout simplement une merveille. On y perçoit toute la fantasmagorie du songe.

 

Platee.jpgIl aborde son premier opéra baroque en 1956, au festival d'Aix, il s'agit de Platée. Et alors qu'on est encore très loin d'avoir envisagé la renaissance du baroque, on découvre dans ses costumes et dans ses décors, cette grâce presque naïve d'une imagination au service de l'œuvre. Si à l'époque, l'orchestre n'a rien de baroque, il s'agit de l'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, placé sous la direction de Hans Rosbaud, ni les voix d'ailleurs on trouve dans la distribution un Nicolaï Gedda dans le rôle de Thespis et c'est Michel Sénéchal qui tient le rôle de Platée, il n'empêche que les décors et costumes célébre avec magnificence et magie, le bicentenaire de la recréation du chef d' œuvre de Rameau. Et en dehors d'un Orphée de Glück en 1967 à l'Opéra Comique, Jean-Denis Malclès n'abordera plus le répertoire baroque. Cela tient malheureusement à son époque et l'on ne peut que le regretter. Toutefois, que ce soit dans la Flûte Enchantée au Festival d'Aix toujours en 1958 ou dans Ampithryon 38 de Giraudoux on retrouve toujours chez lui, des qualités que l'on aimerait tant retrouver sur scène aujourd'hui.

La modestie du créateur poète qu'il est et qui met au service des auteurs son talent, « s'effaçant » devant les mots et la musique, ou plus exactement nous les révèlant en dépassant la simple écoute, en les métémorphosant avec humilité par une formule magique dont il avait le secret.

 

Oberon2.jpgLors de la conférence Renée Auphan, nous a raconté une anecdote qui en dit long, sur son attention aux comédiens et aux chanteurs, révélant à quel point c'était un véritable plaisir pour les artistes de savoir que celui qui les habillait tiendrait compte de la nécessité pour eux de disposer d'un costume qui leur permette de se mouvoir sans difficulté et de chanter sans se sentir gêné. A sa demande, il modifia un de ses costumes, révélant un véritable savoir-faire et une écoute attentionnée.

Une exposition qui se termine le 15 décembre lui est consacré dans les locaux de la boutique Pierre Frey à Paris et un catalogue préfacé par une autre grand créateur de costumes, Christian Lacroix, est sorti à cette occasion. Alors que Jean-Denis Malclès a connu une gloire certaine durant sa carrière, il est important de ne pas l'oublier. Et s'il est évident qu'on ne doit pas idéaliser des créateurs du passé au dépens de ceux d'aujourd'hui, Jean-Denis Malclès fait partie de ceux qui font que le Spectacle Vivant est intemporel. Il a ouvert la voie à cette idée qu'il est important que lorsqu'on nous poussons la porte d'un théâtre, nous puissions oublier le monde extérieur, pour nous laisser emporter dans les milles et un monde du rêve des auteurs et compositeurs. Loin de nous enfermer dans des fantasmes personnels, il a su libérer l'imagination des spectateurs. 

La plus belle des conclusions est aussi l'hommage d'un homme de théâtre, Jean-Louis Barrault, qui disait de lui « Jean-Denis Malclès est plus qu'un illustrateur; beaucoup plus aussi qu'un peintre : il s'intègre à la pièce, en conçoit le mouvement et l'esprit, en un mot s'oublie lui-même. Il est en premier lieu, un metteur en scène .»...

 

Crédit photographique pour les costumes : © André Boulze © DR/ Pierre Frey pour la photographie de Jean-Denis Malclès

N'hésitez pas à visiter le site internet qui lui est consacré, afin de prolonger cette tendre rêverie


Monique Parmentier

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Published by Parmentier Monique - dans Dossiers Musique

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