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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 17:57

visuel_couperin_jordi-copie-1.jpgAlia Vox Héritage - François Couperin - Pièces de violes 1728 (réédition)

Jordi Savall - Ton Koopman - Arianne Maurette

Ce Cd est en fait une réédition d'un enregistrement réalisé pour le label Astrée en 1975. Celui qui porte le n° 1 de sa collection. A son écoute, on ne peut s'empêcher de penser, qu'il est certains enregistrements, comme celui-ci, qui ont une âme si intense, si fulgurante qu'ils rendent quasi impossible toute autre proposition.

En 1975, Jordi Savall n'a encore jamais joué sur un instrument d'époque, uniquement sur une copie. Et pourtant il dépasse, transcende immédiatement la technique instrumentale, redonne un souffle de vie à un instrument dont la voix s'était tue depuis bien longtemps. Il nous émerveille, en nous révélant la grâce ineffable, qui émane des pièces de violes de François Couperin qui elles aussi avaient été réduites au silence et à la poussière.

Mais doit-on s'étonner de la maturité de cet artiste dès cette époque, quand on sait combien tout au long de sa vie, il a su reconnaître l'importance et la valeur des rencontres qui lui ont permis d'avancer. Et c'est à ces rencontres qu'il dédie cette réédition.

Il évoque dans le superbe livret qui accompagne ce CD avec beaucoup de chaleur, d'amitié, d'amour et d'humanisme, ces êtres exceptionnels qu'il a croisé tout au long de sa vie. Sans eux, ce n'est pas seulement sa carrière et sa vie qui eurent peut-être pris d'autres chemins, mais plus encore tout le mouvement baroque qui n'aurait probablement été qu'un épiphénomène élitiste, comme certains de ses détracteurs à l'époque l'avancèrent.

Après une évocation de celle qui fut sa muse et notre amie à tous, Montserrat Figueras, il rend ici hommage à celle sans qui cet enregistrement n'aurait jamais vu le jour : Geneviève Thibault, Comtesse de Chambure. Cette dernière tint un rôle essentiel auprès de la génération baroque à laquelle appartient Jordi Savall. Cette grande collectionneuse d'instruments anciens, savait être généreuse et loin de vouloir se contenter d'accrocher ses trésors sur des cimaises ou de les enfermer à double tour, elle les prêtait bien volontiers. Et c'est ainsi que  le jeune musicien catalan pu disposer d'une belle basse de viole à sept cordes d'un facteur anonyme de la fin du XVIIe siècle, pour travailler. Et c'est cette basse de viole au "son chaleureux et ample" que nous entendons ici.

C'est par la Comtesse de Chambure qu'il rencontra l'autre personnage essentiel, à cette belle aventure : le fondateur du label Astrée qui devait l'accompagner durant 25 ans, Michel Bernstein. Ces pièces de violes de François Couperin avec celles de Marin Marais, signèrent la naissance de ce label. L'ensemble de ces enregistrements sont devenus des références, malheureusement disparues des linéaires. A tous ceux qui aiment cet instrument si sensible, à fleur d'émotions qu'est la viole, Jordi Savall fait don de cette réédition indispensable, ainsi qu'à tous ceux qui contribuèrent à la "Deffence & Illustration de la Musique Française".

François Couperin a 60 ans lorsqu'il compose ces deux Pièces de violes. Certains ont avancé qu'elles l'ont été en hommage à Marin Marais qui vient de mourir. Mais il n'en est rien. Ses pièces testamentaires, François Couperin, alors totalement retiré de la vie musicale, devait disparaître cinq ans après les avoir composées, ne nous sont parvenues qu'en un seul exemplaire. Celui-ci dormait à la BNF, sous le couvert d'un quasi anonymat, qui réduit la signature de Couperin à des initiales: "M.F.C." Cet unique exemplaire porte la date de publication de 1728. Modeste et discret, Couperin ne connut jamais la gloire, mais une belle carrière, recueillant l'estime de tous.

Sa musique est à son image comme l'écrit si justement Harry Halbreich dans le livret : "il ne quitte qu'exceptionnellement ce domaine de la confidence où l'esprit se borne à être le serviteur efficace du cœur et des sens réconciliés". Il précise également, nous permettant ainsi de mieux cerner encore cette personnalité attachante, mélancolique et douce, à propos de sa fameuse devise  "J'aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend", "qu'elle implique toute une esthétique accordant la primauté à l'expression naturelle, et qui, loin d'exclure la recherche l'exalte au contraire, au service exigeant de cette juste expression".

Je vous invite très chaleureusement à lire ce livret composé de trois textes admirables, l'un de Jordi Savall, l'autre de Michel Bernstein et le dernier de Harry Halbreich. Il nous rappelle par sa qualité tant esthétique que rédactionnelle qu'un CD, ce n'est pas seulement "une galette" sur laquelle on grave de la musique, mais également et surtout un objet précieux et intelligent qui redonne vie à des univers musicaux dans toute leur contextualité.

Outre la viole historique dont dispose ici Jordi Savall, Ton Koopman bénéficie d'un clavecin Gilbert des Ruisseaux, conçu du temps de la jeunesse de François Couperin et Arianne Maurette d'un Barak Norman de 1697 qui lui fût prêté par Jordi Savall.

La complicité entre les trois musiciens ne fait aucun doute et si la basse de viole de Jordi Savall est certes dominante, faisant chanter les ombres et les reflets, il est magnifiquement accompagné par Ton Koopman et Arianne Maurette. La luxuriance instrumentale dans la Passacaille de la Première Suite est envoûtante et fascinante, tant elle semble habitée la danse d'une nostalgie lumineuse.

Ici les voix murmurent leur douloureuse et pourtant si sereine mélancolie. Jordi Savall fait chatoyer toute la gamme expressive de la viole. En un soupir, en une caresse, ils redonnent vie à ces fantômes et souvenirs qui nous entourent. Les Préludes de la Première et Deuxième suite, sont des invitations à la méditation qui suspendent le temps. La Pompe Funèbre de la Seconde Suite, est comme un chant ensorcelant qui nous emporte vers cet autre monde où le cœur s'apaise en toute confiance tandis que la Chemise blanche semble danser tel un papillon virevoltant suivant cet enterrement en une folle ascension.

Entre rigueur et imagination, la fine sensualité de la musique nous enveloppe ici, nous apaisant, en faisant de l'instant fugace, un pur joyaux de virtuosité et d'humanité.

Cet enregistrement ne peut que trouver une place d'honneur dans votre discothèque. Il nous offre un instant de vérité, d'une spiritualité à l'universalité généreuse et bouleversante.

Par Monique Parmentier

 

1 CD Alia Vox - Durée : 43'43'' - Enregistrement réalisé en l'église de Saint Lambert des Bois, Yvelines, en décembre 1975 par les soins du Dr Thomas Gallia, Milan -Réf ALIA VOX AVS 9893 - code barre : 7 619986 398938

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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