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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 20:02

visuel-copie-1.jpgLa Catena D'Adone

Domenico Mazzocchi

Scherzi Musicali - Nicolas Achten

 

Il est rare aujourd'hui, que l'on ose encore faire preuve d'enthousiasme et prendre des risques. Même les jeunes générations semblent attendre frileusement des temps meilleurs. Ce n'est absolument pas le cas de Nicolas Achten, aux multiples talents : baryton, luthiste, harpiste, claveciniste... qui avec son ensemble Scherzi Musicali, ose aller défricher des univers aujourd'hui ensevelis sous la poussière des bibliothèques et proposer ainsi des enregistrements d'oeuvres disparues du répertoire depuis le XVIIe siècle.


Il nous revient donc avec un opéra romain, datant de 1626, la Catena d'Adone.

 

Près de 20 ans après l'Orfeo de Monteverdi, dans la ville papale plus que rétive à toute forme théâtrale, Domenico Mazzocchi, un prêtre au service du Cardinal Ippolito Aldobrandini, s'associe pour le livret à Ottavio Tronsarelli pour répondre à une commande du frère de son mécène : Giovanni Giorgio Aldobrandini.

 

Du compositeur on sait, tout comme pour son frère Virgilio, qu'il vécut une vie confortable travaillant pour les plus grandes familles romaines. Ordonné prêtre à 27 ans, il compose pour de nombreuses occasions liées à des festivités organisées par la famille Aldobrandini, mais également pour d'autres personnalités, des oeuvres tant profanes que sacrées. La Catena d'Adone est certainement son chef d'oeuvre.

 


 

Donnée pour la première fois à Rome le 12 février 1626, elle connut un très grand succès, tout comme le poème du Cavalier Marin dont s'est inspiré le librettiste. Lorsqu'on sait que ce dernier vit son oeuvre mise à l'index par l'église, on ne peut que s'étonner, aujourd'hui du moins, de ce choix. Mais le poète fut un protégé du Cardinal, fin homme de lettres comme la plupart des personnages de haut rang de cette époque. Et si la Catena d'Adone délivre une morale, cette fable pastorale n'en conte pas moins les amours tumultueuses d'Adonis, Apollon, Vénus et Falsirena (une magicienne amoureuse d'Adonis) avec une liberté de ton et une sensualité enivrante de la musique qui en fait tout l'intérêt. A la fois  frivole et érotique l'histoire s'appuie sur une partition de toute beauté. Le recitar cantando y permet une expressivité audacieuse des affeti. La musique vient appuyer les tensions dramatiques du texte, donnant vie et caractère aux personnages. Nicolas Achten dans le magnifique livret qui accompagne cet enregistrement analyse avec beaucoup de finesse la partition, comme d'ailleurs, le contexte de la création de l'oeuvre et l'on ne peut que vous en recommander la lecture. Il a complété la partition pour laquelle manquent les parties instrumentales qui ouvrent les différents actes par des sinfonie de Kasperger.

 

Cette fable, en un prologue et cinq actes nous raconte les amours d'Adonis et Vénus, contrecarrées par l'époux de cette dernière Mars ; ainsi que par la jalousie d'Apollon lui-même amoureux de la déesse de l'Amour et surtout Falsirenna la magicienne qui s'éprend d'Adonis. Elle le fait prisonnier et tente de se faire passer pour Vénus. Mais Adonis n'est pas longtemps dupe et Vénus vient le libérer, enchaînant la magicienne à un rocher.

 

Si la Catena d'Adone avait fait l'objet d'une première résurrection à la scène par René Jacobs au Festival d'Innsbrück en 1999, elle n'avait encore jamais connu d'enregistrement intégral. C'est donc désormais chose faite grâce à l'audace de jeunes musiciens certes parfois montrant quelques failles mais qui pour l'essentiel nous en offrent une très belle version.

 

Pour leur quatrième enregistrement, - dont des pièces sacrées de Giovani Felice Sances à se damner et une Euridice de Caccini à marquer d'une pierre blanche, tous deux chez Ricercar,-  les Scherzi Musicali nous reviennent avec la même fraicheur et le même bonheur de la redécouverte dans leur interprétation. Fidèle à l'esprit de troupe, qui au XVIIe siècle déjà présidait aux représentations d'opéra, Nicolas Achten qui nous avait offert en concert cette Catena d'Adone dans le cadre du Festival de Pontoise en octobre 2010 (voir ma chronique de ce concert sur Anaclase), nous revient avec la même distribution au disque.

 

De cette distribution très homogène, aux voix certes encore un peu vertes mais avec de belles personnalités, ressort tout particulièrement l'Adonis de Reinoud Van Mechelen. Son timbre solaire irradie et sa déclamation sensible souligne la poésie du texte, exprimant avec beaucoup de subtilité, tous les tourments que connait son personnage. Le timbre cuivré de Luciana Mancini convient bien à Falsirena. Elle est toutefois plus à l'aise dans la plainte que dans les passages dramatiques.

 


 

Le somptueux continuo vient enrichir le caractère de chaque personnage et révèle des ors et des pourpres, plus que des clairs obcurs, digne de cette Rome qui aimait l'apparat et le luxe. La direction de Nicolas Achten respire la joie de vivre et de partager, de découvrir et d'expérimenter.

 

Je ne peux que vous recommander ce très beau Cd, car si les voix sont encore un peu jeunes, un peu trop pour en exprimer le dolorisme, ils nous permettent de vivre cette recréation de la Catena d'Adone, avec l'état d'esprit qui dû régner sur sa création. Emotion, sensibilité et enthousiasme sont les maîtres mots qui président ici.

 

2 CD Alpha - Alpha 184 - Durée CD1 : 57'56'' - CD2 : 74'13''

Code barre : 3 760014 191848

 

Pour suivre l'actu des Scherzi Musicali

Pour vous procurer ce CD chez Outhere

 

 

  Une interview de Nicholas Achten :


 

 

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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