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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:00
cencic420c.jpgMax Emanuel Cencic fait partie de ces artistes qui n'hésite pas à prendre des risques, y compris celui de la critique découlant de ses choix artistiques, plutôt que de se contenter d'une carrière facile. Il produit lui-même certains de ces projets. Nous l'avions rencontré l'année dernière pour parler de sa carrière et de ses projets. L'un d'entre eux va voir la jour durant la saison 2012/2013. Artasese de Leonardo Vinci .
Pourquoi chantez-vous ?
Chanter pour moi est une obsession. C'est parfois un métier de fou. Je pourrais travailler dans un bureau, j'ai étudié les affaires internationales et ainsi avoir une vie plus tranquille, mais j'aime chanter et c'est un choix de vie.
 
Pourquoi vous produire vous - même ?
J'ai chanté presque que tout ce qui existe dans le répertoire depuis que j'ai commencé ma carrière.
J'ai dû faire presque 2000 spectacles depuis que je chante, c'est-à-dire depuis 28 ans. Au risque de paraître "prétentieux" peut-être, c'est une expérience je pense qu'aucun autre contre-ténor ne possède. Je dis cela pour vous permettre de mieux cerner tout ce que j'ai fait dans ma vie. Je ne pense à rien d'autres qu'à la musique.... En arrivant à Zagreb par exemple, j'ai eu trois répétitions avec un pianiste et alors que cela faisait 15 ans que je ne les avais pas travaillé, j'ai chanté des lieder de Schubert. J'ai d'ailleurs enregistré deux CD de lui. Il n'y a pas de limites de répertoire pour un contre-ténor. Cette musique est dans mon sang. Donnez moi du Richard Strauss et je le chanterai sans problème, tout comme Ravel ou Poulenc. Mon répertoire est extrêmement large. J'ai même chanté du Verdi ou du Bach... Je n'ai pas de soucis à chanter l'ensemble du répertoire, mais l'on m'a catalogué comme un chanteur baroque. Regardez mon disque Rossini, certains ont considéré que c'était réservé aux voix de femmes, mais je peux le faire. Il n'y a pas très longtemps j'ai demandé sur une scène de télévision si l'on voulait bien faire connaître mon enregistrement de Schubert et l'on a ri. Les gens pensent que je suis fou. Je rêve d'être suivi sur ces autres répertoires.
 
rinaldo-lausanne.jpg
© marc vanappelghem
J'entends encore ce directeur d'opéra me dire " oh j'étais très surpris, dans votre Rinaldo, votre voix était très puissante. Je n'ai jamais pensé qu'un contre-ténor puisse avoir une voix aussi puissante". Ce a quoi j'ai répondu "donnez-moi un Rossini". Malheureusement, la réponse a été négative. J'ai même pourtant chanté dans Médée avec plus de 120 musiciens dans la fosse.
 
Vous voyez je me bats chaque jour avec la programmation et c'est pour cela que j'ai commencé à produire mes opéras moi-même. J'ai commencé avec Faramondo et Farnace et maintenant Artasese avec Philippe Jaroussky. Thésée et Tamelano sont également prévus. C'est très difficile de convaincre les programmateurs de faire quelque chose de nouveau. Ils ont peur de ne pas vendre si le public n'est pas préparé. Ils trouvent tout trop difficile.
En tant qu'artiste je raisonne mes projets. Peut - être ont-ils raison, le contexte économique est difficile, mais pour ma part en tant qu'artiste je trouve tous ces arguments frustrants. Je n'ai pas la liberté de faire tout ce que je veux. Mais j'ai contrairement à d'autres chanteurs désormais cette force de pouvoir proposer mes propres programmes et transmettre en partie certaines de mes idées. J'aime ce répertoire. Mais je suis loin de pouvoir faire tout ce que j'aimerais.
Il y a 30 ans on n'acceptait pas les contre-ténors dans les rôles que je chante aujourd'hui. C'est un combat contre la rigidité d'une certaine perception sociale. Alors que l'on est dans une société que l'on dit ouverte, aujourd'hui encore on est victime de préjugés. Il y a une certaine immobilité autour de nous.    
 
PJaroussky.jpgUne nouvelle production en 2013 avec Philippe Jaroussky, Artaserse. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
C'est un opéra romain et tous les rôles comme dans le San't Alessio de Stephano Landi seront chantés par des hommes. On aura comme pour Farnace, une tournée avec mise en scène et dans certains cas comme au TCE à Paris, on le donnera en version concert. Un CD est prévu et la tournée passera par Nancy, Cologne et Bilbao... Le compositeur Léonardo Vinci est très mal connu. Je suis très fier d'avoir poussé à cette redécouverte.
 
Ce que j'aime par-dessus tout c'est travailler en équipe. Je voudrais en profiter pour tout particulièrement remercier les directeurs d'opéras, Valérie Chevalier, Laurent Spielmann à Nancy, EricVigier à Lausanne et Eric Laufenberg à Cologne... A tous ceux qui m'ont soutenu sur ce projet et m'ont aidé à trouver un metteur en scène. Ce sera un opéra extraordinaire. J'ai essayé d'associer les meilleurs contre-ténors du monde : Francesco Fagioli, Youri Minenko qui a gagné le troisième prix à Cardiff, sopraniste extraordinaire... et un ténor Daniel Pehle.
 
Avec un casting international ne défendez-vous pas l'idée que la musique est un langage commun à tous  ?
Sur mes projets, j'invite des artistes qui ne sont pas forcément très connus dans le monde baroque mais qui sont formidables. Sur Farnace, pour le CD, j'avais invité par exemple Ruxandra Donose qui est plutôt une rossinienne ou Daniel Behle qui est un mozartien. Et bien sûr des personnes comme Ann Hallenberg ou Karina Gauvin ou un jeune chanteur comme Emioliano Gonzalez Toro qui travaille avec Christophe Rousset ou enfin Mary Ellen Nesi avec qui j'ai déjà travaillé sur Faramondo. Mais sur les représentations certains n'étant pas libres je suis amené à travailler avec d'autres. 
Vous savez je parle cinq langues, j'aime venir en France et je m'y sens chez moi. J'aime avoir autour de moi des casts internationaux. Les nationalités ne me m'intéressent pas du tout, j'ai une "haine" envers tous les nationalismes. Je ne les supporte pas. Car si aujourd'hui on est si libre de nous déplacer je ne pourrais comprendre comment l'art ne pourrait pas voyager entre des nations et partager la beauté. Je suis un peu une "mixture" viennoise. La seule chose qui compte dans l'art c'est l'excellence.
 
Interview réalisée par Monique Parmentier
Photos : DR sauf indication contraire  
Pour information : Nous retrouvons Max Emanuel Cencic dans le rôle titre de Il Farnace de Vivaldi à l'Opéra du Rhin (Strasbourg), du 18 au 26 mai avec l'ensemble I Barocchisti dirigé par Diego Fasolis.

L'opera est disponible au disque

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Published by Parmentier Monique - dans Interview

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