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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 08:37

visuelmesseensi.jpgMesse en Si - Jean-Sébastien Bach (1685-1750) - Jordi Savall

Alia Vox

 

Cette version de la Messe en Si fera date. Sa splendeur, sa luminosité, sa générosité, cette vibrante émotion qui l'anime, la porte aux firmaments de la discographie du Maître de Leipzig. 

Beaucoup de chefs n'ont pas hésité à enregistrer plusieurs fois La Messe en Si, l'œuvre quasi ultime, de Bach. Elle reste par son extrême complexité, celle que tous rêvent de dépasser. Le Maestro Catalan aura attendu longtemps pour l'aborder. Lui qui a fait, - avec son épouse trop tôt disparu, Montserrat Figueras, - du dialogue interculturel et inter-générationnel une clé de voûte de son engagement pour la musique, réalise ici bien plus qu'un simple enregistrement, qui de toute manière ne pouvait être qu'une référence sur le plan de la réalisation artistique, tant il nous déjà comblé de merveilles au disque. Le résultat de cette attente, se révèle la plus belle des offrandes. Il nous donne ici la Messe en Si la plus humaine et la plus vrai qui puisse être. Celle qui touche les cœurs pour ne plus être un monument mais un horizon ouvert à tous, une main tendue à l'espérance, au partage, à la vie, à la transcendance des affects, à une spiritualité universelle.

C'est à l'occasion de la VIe édition du festival "Musique et Histoire, pour un dialogue interculturel" de Fontfroide, en 2011, que Jordi Savall a organisé une académie de chant, dont l'aboutissement devait être le concert et l'enregistrement en concert de la Messe en Si.

Cette œuvre testament, au - même titre que l'Offrande musicale et l'Art de la Fugue, de Johann Sebastian Bach, ne pouvait que naturellement s'insérer dans la démarche de ce festival, tant elle est comme l'écrit Jordi Savall "l'une des utopies musicales les plus remarquables, une messe catholique composée par un luthérien, qui ne peut s'inscrire dans aucune des liturgies de ces deux croyances mais demeure l'une des œuvres majeures de tous les temps". 

La gestation de la Messe en Si est l'histoire de toute une vie. Si elle fut représentée pour la première fois en 1749, certaines pièces comme le Kyrie et le Gloria furent composées bien plus tôt, 16 ans auparavant pour ces deux dernières. Alors que d'autres comme le Credo (le symbolum nicenum) furent spécialement composées en 1748 pour être intégrées dans la Messe en Si.

L'interprétation de la Messe en Si est au centre de nombreux débats : chœur gigantesque ou intimisme du un par voix, toutes les possibilités en ont été explorées. Jordi Savall en revient quant à lui, à une proposition au plus proche de la réalité historique de l'œuvre. L'ensemble instrumental est celui requis par Bach : 12 instruments à vent et 13 instruments à archet, ainsi que l'organo di legno qui tient la basse continue tout en assurant la fonction "d'honorer dieu et de recréer l'esprit".  Quant au chœur et solistes, il se fonde sur les traditions de distribution qui avaient cours à l'époque de Bach. Ainsi il conjugue le "chœur favori" que l'on trouvait chez Biber, Schütz ou Rosenmüller (de 4 à 10 voix solistes) au grand chœur (celui de la Chapelle). Plutôt que de faire chanter par ce dernier l'ensemble des partis, il fait appel au premier, jouant ainsi sur la profondeur des affects et de l'espace. Comment ne pas être frappé par cette voix claire et solitaire qui ouvre le Credo, comme une source qui jaillit de terre pour mieux se renforcer alors que dans le Et Resurrexit, Jordi Savall choisit, au contraire de ce qui se fait bien souvent de nos jours, de faire chanter par l'ensemble du pupitre des basses, plutôt que par un soliste, le "et iterum venturus", semblant ainsi souligner la puissance de ce mystère qu'est la Résurrection.

Le jeune chœur réuni par Jordi Savall est une des grandes réussites de cet enregistrement. L'homogénéité des pupitres, leur enthousiasme, leur diction parfaite, qui rend avec pertinence et sensibilité toute sa force au verbe, - tandis que le DVD du concert nous restitue leur sourire, leur plénitude, - sont autant de qualités précieuses, qui participent à l'unicité et la magnificence de cet enregistrement. La ferveur des solistes y fait écho. Ici pas de célébrité, mais de jeunes interprètes qui s'engagent avec sincérité et émotion sous la direction charismatique et bienveillante de Jordi Savall avec la même ardeur que le chœur.

Le timbre lumineux et céleste de Céline Scheen s'unit parfaitement dans les ensembles et tout particulièrement avec celui plus sensuel et fruité de la soprano cubaine Yetzabel Arias Fernandez ou avec celui du jeune ténor japonais Makuto Sakurada dans le Domine Deus. Ce dernier est une des très belles découvertes de cet enregistrement. Dans le Benedictus son timbre brillant, sa diction soignée, son agilité vocale, offrent un instant d'enchantement dans son union mystique avec la flûte envoûtante de Marc Hantaï. La basse souple et solide de Stephan MacLeod est une des pierres angulaires de cette cathédrale musicale qu'est la Messe en Si, tandis que l'alto Pascal Bertin à la sensibilité à fleur de peau, nous touche par sa fragilité.

Le Concert des Nations est magnifique. Couleurs, jeux des clairs-obscurs, offrent une architecture vivante, luxuriante, rayonnante aux voix. Les solistes virtuoses nourrissent un dialogue fait de contrastes et d'esprit de la danse qui fait vibrer l'émotion quasi permanente qui émane de cet enregistrement.

De la fine musicalité de Marc Hantaï déjà cité, en passant par les palettes si chatoyantes du violoniste Manfredo Kraemer ou du Cor précis et fiable de Thomas Müller, aux trompettes virtuoses de Guy Ferber, René Maze et Emmanuel Alemany aux hautbois d'amour si délicats et caressants d'Alexandre Pique et Vincent Robin, Jordi Savall dispose des meilleurs musiciens possibles pour l'accompagner dans cette aventure où il ne faut surtout pas oublier Pedro Estevan aux timbales.

L'humanisme de Jordi Savall souligne ce qui fait de la Messe en Si un chef-d'œuvre unique. Fruit d'un long labeur, elle devient ici un don qui apaise, libère, nous invite à dépasser la peur du néant pour mieux percevoir la beauté du monde.

La prise de son du Cd, ainsi que celle du DVD qui l'accompagne, la restitution par l'image d'un concert magnifiquement filmé et le documentaire réalisé dans les jours qui ont précédé le concert à l'abbaye de Fontfroide, ainsi que le très beau et riche livret complètent magnifiquement cet enregistrement. Ils finiront de vous convaincre que vous avez ici un trésor qui vous accompagnera tout au long de votre vie.

Par Monique Parmentier

2 CD + 2 DVD Alia Vox

CD : Enregistrement du Concert réalisé le 19 juillet 2011 à l'Abbaye de Fontfrfroide, Narbonne (France) dans le cadre de la VIe édition du Festival "Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel".

CD1 : Kyrie Eleison - Christe Eleison - Kyrie Eleison ; Gloria - Durée : 50'55''

CD2 : Symbolum Nicenum (Credo) ; Sanctus - Osanna - Benedictus ; Agnus Dei - Dona Nobis Pacem : 51'20''

 

DVD réalisé par Andy Sommer ; Son stéréo 2.0, surround 5.1 ; Encodage Dolby ; Format Pal. Prise de son et montage SACD : Manuel Mohino assisté de Harry Charlier. Prduit par Xavier Dubois. Coproduction : Bel Air Média, Alia Vox et Mezzo.

DVD1 : Messe en si mineur BWV 232 (concert du 19 juillet 2011). Durée 2 h 35'

DVD2 : Jordi Savall, une messe en si à Fontfroide. Durée 51'21''

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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