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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 14:51

miroirs.jpg

Miroirs - Ensemble Matheus

violon et direction : Jean-Christophe Spinosi - Malena Ernman

1 CD Deutsche Grammophon

Depuis bientôt 6 ans, hormis le DVD d'un si prenant et flamboyant, Orlando Furioso, il n'avait plus enregistré. Ses Vivaldi chez Naïve sont des versions de références, tant sa fougue et sa passion, savent illuminer la musique du Prete Rosso. Mais cette année, c'est chez Deutsche Grammophon, dans un CD intitulé Miroirs, que Jean-Christophe Spinosi, avec son Ensemble Matheus nous revient.

Dans ce nouveau programme, il met en miroir des pièces baroques et contemporaines, sombres et mystérieuses qui dessinent un univers de mélancolie et de chagrin, à la beauté fascinante : celui du lamento.

C'est en découvrant, il y a une dizaine d'années un air de Johann Christoph Bach, cousin de Jean-Sébastien, "Ach, dass ich Wassers genug hätte" (Ah que n'ai-je assez de larmes), que Jean-Christophe Spinosi à l'idée de commander à Nicolas Bacri, une œuvre "dont l'instrumentarium, la voix, le texte, la durée et le tempo seraient inspirées de la pièce baroque mais dont le langage resterait libre". Elle a été composée au diapason 415 et est jouée sur instruments anciens avec archets modernes.

 

C'est en 2002, avec Philippe Jaroussky, qu'elle est créée. Mais, c'est avec la mezzo-soprano suédoise Malena Ernman que Jean-Christophe Spinosi a choisi d'enregistrer. Cela donne ainsi une couleur plus humaine et terrestre aussi bien au Lamento de Nicolas Bacri qu'aux Arie de Jean-Christophe Bach et à celui de Jean-Sébastien Bach qui conclut le CD. Extrait de la Cantate 170, ce dernier lamento exprime l'absolu solitude de celui qui n'a pas suivi la parole de Dieu et d'une certaine manière l'absolu solitude de l'homme sans créateur.

 

MalenaErnman.jpgMalena Ernman est ici bouleversante, vibrante d'une douleur retenue et d'émotions. Son timbre ténébreux à la sensualité troublante et son phrasé dramatique et saisissant lui permettent de passer du baroque au contemporain avec un charisme envoûtant. Résonnant à fleur de peau, sa voix devient une onde qui s'écoule comme un chagrin incommensurable.

L'ensemble Matheus la soutient, dialogue avec elle en une infinité de nuances de la tristesse, fruit d'une solitude partagée que rien ne peut apaiser. 

Certains pourraient s'étonner du choix de l'Adagio pour cordes de Samuel Barber qui ouvre ce programme, tant il est archi connu et enregistré. Mais la version que l'on entend ici, nous transporte dans un monde du silence, à l'atmosphère fugitive et instable. La tension qui en émane est si palpable, si poignante, si captivante que l'on s'en trouve enchaîné à cette détresse qui conduit nos vies. Il redevient ici ce qu'il est, non une scie trop entendue, mais une pure merveille crépusculaire. Il nous suggère cette nuit envoûtante qui accompagne le deuil, pour mieux nous ouvrir au monde des songes les plus inquiétants. Quant à la symphonie de Chambre op. 110 - transcription pour orchestre à cordes réalisée par Roudolf Barchaï du Quatuor n°8 -  de Chostakovitch, sa réalisation en est ici une fascinante réussite. Composée en hommage "aux victime des guerres et du fascisme", elle est aussi un testament musical. Ne cherchant pas à être démonstratif, Jean-Christophe Spinosi en fait sourdre une lueur fragile et qui pourtant résiste à l'appel du vide, aux plus sombres nuits, aux cordes qui fouettent, qui supplient, qui hurlent, une lueur qui résiste à la torture et au feu. 

Fonctionnant à géométrie variable suivant les pièces interprétés, de la formation chambriste à l'orchestre symphonique, l'Ensemble Matheus révèle ici un tissu orchestral au velours ténébreux. Il irradie de sensibilité, de musicalité, faisant vibrer le silence de nuances intenses et de couleurs secrètes. Précise, épurée et ardente, la direction de Jean-Christophe Spinosi unie ses pièces, que des siècles séparent. Il nous subjugue, ainsi que Malena Ernman, et les musiciens de l'ensemble Matheus par ce sentiment étrange et fascinant qui semble "faire rayonner l'éternelle beauté". La musique y est le miroir de nos âmes tourmentées.

Par Monique Parmentier

 

Samuel Barber (1910-1981), Adagio pour cordes op. 11 Molto Adagio ; Johann Christoph Bach (1642 - 1703), "Ach dass ich Wassers genug hätte" ; Dimitri Chostakovitch  (1906-1975), Symphonie de Chambre, O 110 a (Transcriptions de Roudolf Barshaï) ; Nicolas Bacri (1961), Lamento, Op 81 " Ac dass ich Wassers genug hätte) ; Johann Sebastian Bach (1685-1750), "Wie jammern mich doch die verkehcten Herzen" (extrait de la cantate 170)

1 CD Deutsche Grammophon - Durée : 53'56'' -Livret Français/Anglais - Réf 4810648 - Code barre : 28948 10648


Droits photographiques : Malena Ernman © DR

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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