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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 11:10

visuel.jpgClaudio Monteverdi : Missa in illo tempore

Odhecaton - Paolo Da Col - Ricercar

 

Je dédie à un ami ce disque de Monteverdi, lui qui l'a tant aimé.

 

Toute la splendeur de la musique de la fin de la Renaissance et du début du baroque trouve ici un double écrin (un lieu et un ensemble vocal et instrumental) où elle peut s'épanouir. Rarement, peut - être, une interprétation de motets de deux des plus grands compositeurs qui se côtoyèrent au service des Gonzague à Mantoue Giaches de Wert et Claudio Monteverdi n'avait bénéficié ainsi d'autant de convergences positives.

Rien n'était trop beau pour les Ducs de Gonzague, les maîtres de Mantoue. L'art était pour eux, comme pour tous les princes italiens des XVIe et XVIIe siècles, une manière de célébrer leur gloire.Eglise mantoue Ils érigèrent la basilique palatine Santa Barbara, où à été réalisé l'enregistrement de ce CD, à cette fin. La somptuosité de son décor intérieur, ne pouvait être conçue que pour mieux accueillir les plus grands compositeurs de cette époque. Ainsi Giaches de Wert, qui était le maître de chapelle de cette cour oh combien fastueuse depuis 1565, y croisa-t-il le jeune Claudio Monteverdi, qui y fut engagé comme violiste vers 1590, soit une petite décennie avant la disparition du compositeur flamand.

 

On ne peut rêver plus belle acoustique pour nous offrir cette "confrontation" entre les motets de deux princes de la musique. Si le maestro flamand ne composa qu'un petit nombre d'oeuvres sacrées, le moins qu'on puisse dire c'est que celles qui nous sont présentées ici possèdent une grande force dramatique et expressive. On en retiendra tout particulièrement le motet Vox in Rama, une mise en musique d'un texte tiré du livre de Jérémie, qui exprime la désolation d'une mère venant de perdre ses enfants.

Presque plus classique à une première écoute la Missa In illo tempore de Claudio Monteverdi est l'une de trois seules mises en musique connues de l'ordinaire  de ce dernier. Elle est ici articulée autour de trois pièces inédites, deux Salve Regina et un Regina caeli redécouvertes récemment par un musicologue italien prévues pour des combinaisons à trois voix avec accompagnement instrumental (normalement l'orgue). Toutes trois nous éblouissent par leurs caractères monteverdien nettement plus marqués que dans la Missa mais où l'on découvre un Monteverdi maître d'une prima prattica, riche et harmonieuse.

 

L'ensemble Odhecaton, sous la direction de Paolo Da Col, nous restitue au-delà de la ferveur propre à ces motets, une émotion faite d'humilité et de virtuosité. Exploitant au mieux les qualités acoustiques du lieu, ils nous font oublier notre salon, notre chaîne hi fi, pour nous emporter hors de notre temps et du temps, en un lieu unique. Ils nous invitent ainsi à suivre les pas de Monteverdi ou de De Wert, nous faisant percevoir leur présence unique à leurs (à nos) côtés. Le verbe limpide et lumineux fait resplendir et vibrer un latin sensuel. La sérénité de l'interprétation de la Missa est tout particulièrement exemplaire d'équilibre et d'énergie.

L'ensemble des pupitres est remarquable. Les voix d'hommes expriment avec une ferveur extatique toute aussi bien la douleur de cette mère qui ne demande qu'à sombrer dans l'abîme du désespoir dans Vox in Rama, que douloureuse d'incertitudes et de fébrilité, face au doute et à l'espérance dans les Salve Regina. Quant aux voix de femmes dans le Regina caeli, accompagnées d'une harpe céleste, elles semblent être l'essence même du divin.

Les instrumentistes accompagnent avec beaucoup de délicatesse et de raffinement les chanteurs. Ils apportent des couleurs subtiles, révélant les ombres, paraissant arrondir les formes d'une architecture polyphonique complexe par une suavité opulente. _L-_organo_Graziadio_Antegnati_1565.jpgOn signalera tout particulièrement  les interventions de l'orgue, ici tenu par Liuwe Tamminga, puisqu'il s'agit d'un orgue historique datant de 1565 et qu'ont donc connu De Wert et Monteverdi. Il offre une splendide palette sonore.

Le livret une fois de plus très soigné chez Ricercar nous offre des éclaircissements tout aussi bien sur les oeuvres et la démarche artistique de cet enregistrement que sur le contexte technique de la prise de son extrêmement passionnant dont Jérôme Lejeune, le directeur artistique du label est l'auteur.

Voilà un CD à vous procurer, il vous transportera plus qu'en un lieu ou en un temps unique, aux confins d'une conscience apaisée par tant de beautés et de magnificence.

 

 

 


 

 


 

Par Monique Parmentier

 

1 CD Ricercar RIC 322 Durée 64'35''

Code barre 5 40039 003224

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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