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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 12:56

visuel_chapelle_rhenane.jpb.jpgHeinrich Schütz (1585-1672)

Psalmen Davids : La Chapelle Rhénane, direction Benoît Haller.

Le voyage en Italie a longtemps représenté l’obligé dans la construction solide d’un artiste de l’Europe du Nord. Le fait est bien connu pour les peintres peut être moins pour les musiciens. Heinrich Schütz a fait deux voyages en Italie, à Venise, pour apprendre, découvrir, rapporter des partitions pour son prince et sa chapelle. Son premier voyage date de 1609 à 1612 où il va devenir l’élève de Giovanni Gabrieli. Peut après son retour, il quittera Kassel pour devenir directeur de la musique de la cour de Dresde. On voit donc, outre le talent progressif de Schütz, comment cette influence italienne produit un effet favorable en termes de carrière.

 

david_harpe.jpgLes Psaumes de David ont été publiés en 1619 mais ont probablement été, pour partie au moins, composé les années précédentes. Directement issus de cette période de formation, ils constituent une fusion entre la culture luthérienne solide du musicien de la Hanse et la luxuriance toute catholique Italienne. Ces pièces sont d’une grande variété, rarement sur le modèle du madrigal, plus souvent sous forme de doubles voir triples chœurs, des alternances très fluides de petits moments solides et de duo, trio quatuor de solistes opposés aux chœurs.

L’intrumentarium n’est pas précisément indiqué mais l’on sait qu’étaient utilisés toutes sortes d’instruments en fonction des possibilités du moment. Pour l’interprète avisé contemporain, ces pièces sont un véritable bonheur autorisant à une quasi recomposition ! Entendons nous, tout n’est pas permis mais beaucoup.

De l’héritage luthérien, c’est avant tout le texte allemand qui est au premier plan et dirige la musique. La langue vernaculaire toujours parfaitement compréhensible pour le croyant est magnifiée par la musique. Et si elle fait parfois disparaître le texte sous la luxuriance des lignes qui s’entremêlent il est encore plus clairement rendu à la lumière ensuite. Benoît Haller et sa Chapelle Rhénane sont des quasi-spécialistes de la musique de Schütz après de nombreux enregistrements magnifiques et des concerts explorant cette époque. L’amour pour ces psaumes de David est flagrant et cette sélection présente des pièces variées et très représentatives des beautés nombreuses de ces psaumes. Dès les premières notes du Herr, unser Herrscher après un appel compact les instruments se révèlent tandis que les lignes vocales se disjoignent et s’individualisent. Tout n’est que beauté, élégance et joie de chanter. Les voix sont toutes belles, jeunes et enthousiastes dans une projection naturelle aisée. Les instruments évitent orgue et clavecin. Tout est donc aéré dans la texture de cette musique parfois compacte. Harpe, théorbe, violone assurent un continuo solide et souple à la fois, cornet à bouquin, dulciane, violons et violes de gambe soutiennent les chanteurs ou tiennent leurs parties.

chapelle_rhenane_tutti.jpgTout vit et une intense circulation de musique semble vrombir dans une belle lumière. Les sacqueboutes et les instruments sombres  saisissent l’auditeur dès les premières mesures de ce qui n’est pas un Psaume de David mais un verset du prophète Jérémie ? Texte plus personnel, traité avec beaucoup d’originalité par Schütz dans un clair-oscur très pictural. Les traits de harpes avec les voix de soprano font des trouées de lumière dorée dans la laque noire. Il en sera ainsi de chaque pièce choisie et ordonnée par Benoît Haller afin de stimuler l’écoute par une admiration enchantée pour la variété d’inspiration du Saggitarius naissant. Cette composition si riche entre lumière solaire vénitienne et brumes du nord  est loin d’être caricaturale, bien trop réussie elle enrichit le discours musical et là même met le texte magnifiquement en valeur. La sauvagerie de certains moments contraste tant avec la délicatesse d’autres et signe bien la complexité de cette époque baroque ou la mort rôde. Il a même un traitement plein d’humour de pages de louanges assez naïves comme Jauchzet dem herren ou Alleluya ! Lobet den Herren  avec des percussions sauvages et des petites flûtes sylvestres. La direction de Benoît Haller est organique, naturelle et souple emplie de dynamisme. On sent le réel plaisir à chanter ces musiques si diverses. Chaque instrumentiste et chaque chanteur à un moment ou un autre se distingue mais c’est le travail collectif qui au final est le plus admirable tant l’énergie est démultipliée par cette complicité de tous les instants.

 

Un seul petit reproche pourquoi K617 n’a pas jugé bon d’enregistrer l’intégrale des Psalmen David ? Et une proposition : une intégrale de la musique de Schütz par des interprètes si convaincants ne serait pas pour déplaire aux discophiles.

 

Prise de son aérée et qui permet une parfaite spatialisation des voix et des instruments.

 

Par H. S. 



1CD K617 Code barre : 3 383510002373.

Enregistré en janvier 2009 dans la salle de concert de la Ferme de Vilefavard.

Durée 59’49’’. 

 

Copyright :

- gravure du Roi David par François Chauveau/RMN/Nancy Musée des Beaux Arts

photo de la Chapelle Rhénane : DR 


 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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