Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 16:19

visuel-copie-13.jpgHenry Purcell (1659-1695) - How pleasant 'tis to Love

Scherzi Musicali - Nicolas Achten

Reinoud Van Mechelen - ténor

 

Après plusieurs enregistrements consacrés au répertoire baroque italien, c'est avec un programme anglais que nous reviennent les Scherzi Musicali et leur talentueux jeune chef, Nicolas Achten.

Eux qui nous ont permis de redécouvrir tout un pan du répertoire baroque italien, tel l'Euridice de Giulio Caccini chez Ricercar ou la Catena d'Adone de Domenico Mazzocchi chez Alpha, prennent le risque de nous proposer aujourd'hui un programme ayant fait l'objet de très nombreux enregistrements, les songs d'Henry Purcell.

 

Les airs chantés sont donc pour l'essentiel tirés des deux volumes de l'Orpheus Britannicus. Ces albums posthumes furent publiées peu de temps après la mort du compositeur par sa veuve. Extraits de sa musique de théâtre (Fairy Queen, King Arthur, Indian Queen, Oedipus, Bonduca, The Tempest,...), elle se prête ici à une version intimiste, où les voix murmurent accompagnés d'instruments. La musique devient ainsi une conversation sensible, diaphane, actrice à part entière, où "la flûte amoureuse et la douce guitare" sont un cœur qui bat et une âme qui s'épanche.

Pour se démarquer de versions dont certaines font références auprès de tous les amateurs d'opéra et partager avec leur public "notre amour de la musique", Nicolas Achten, joue sur deux aspects. Les voix tout d'abord. Il renonce aux contre ténors qui depuis Alfred Deller en ont fait leur cœur de répertoire, mais également aux voix féminines que l'on peut avoir l'habitude d'entendre, en particulier, dans "Let me weet".

C'est en compagnie du Ténor Reinoud Van Mechelen, que le jeune chef/théorbiste belge, lui - même baryton, interprète ces airs du plus célèbre compositeur anglais, Henry Purcell. Parce qu'il est musicien tout autant que chanteur, il peut ainsi également se démarquer des versions précédentes des songs, par un choix soigné d'un instrumentarium d'une grande diversité. S'appuyant tout aussi bien sur certains textes chantés qui célèbrent la musique, tel "Strike the viol, touch the Lute" ou sur "In vain the am'rous Flute", que sur les notes figurant sur le recueil de l'Orpheus Britannicus et sur les écrits du musicologue Tom Mace, Nicolas Achten, nous propose ici une version très personnelle des songs. Entrelacants les couleurs vocales et instrumentales, pour mieux saisir les reflets et les ombres, il nous invite à oublier le réel, pour mieux se laisser séduire par l'onirisme de l'univers de Purcell.

 

Le résultat de cet enregistrement possède un charme indéniable. Ici tout semble couler de source et l'on se laisse envoûter par la beauté sonore d'un univers tout à la fois tendre et féerique, nimbé d'une douce mélancolie, mais où certains pourront toutefois regretter cette absence de voix aiguës. Si le timbre sombre de Nicolas Achten peut surprendre, la souplesse vocale et une diction soignée, nous permettent de découvrir dans la douce pénombre, cet art unique de transformer le chagrin en un instant de sérénité et d'apaisement. "O Solitude", qui se poursuit d'ailleurs par une Allemande au Virginal, est ainsi une grande réussite. Instant de grâce infini, où les larmes qui s'écoulent s'échappent par des notes cristallines. Quant au jeune ténor/haute-contre Reinoud Van Mechelen (que nous venons d'entendre dans les Indes Galantes au Festival de la Chabotterie), il nous enchante tant par son timbre solaire, que par sa diction soignée. Il nous donne à ressentir des sentiments à fleur de peau. Son interprétation tout en nuances élégantes fait de chaque air une pièce de théâtre, où l'amour et la vie se jouent pour le plaisir.

Les instruments parfaitement choisis, nous révèlent cette beauté unique de ces instants d'éternité aux parfums subtiles. Les couleurs des flûtes, théorbe, guitare baroque, harpe triple et virginal participent à ce sentiment de tendres échanges, dont l'amertume n'est certes pas absente, mais où en une pirouette l'acteur/chanteur/musicien retourne la douleur des passions, en un bonheur idyllique, où les "tristes sentiments" n'existent que pour mieux séduire l'objet de ses tourments.

 

Un CD que je ne peux que vous recommander, tant son charme est un plaisir. Le livret écrit par Nicolas Achten vous permettra de mieux percevoir sa démarche artistique. Quant à la prise de son naturelle et équilibrée, elle donne à chacun sa place, dans une représentation intimiste du théâtre des soupirs.


Par Monique Parmentier

1 CD Alpha - Scherzi Musicali - Nicolas Achten ; Reinoud Van Mechelen, ténor. Durée : 73'57- Enregistré du 1er au 4 août 2012 à Flagey, Bruxelles (Belgique) ; Réf : Alpha 192 ; Code barre : 3 760014 191923 - Livret en français et anglais

Partager cet article

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

Présentation

  • : Le blog de Susanna Huygens
  • Le blog de Susanna Huygens
  • : Je ne prétends pas ici faire travail de musicologie je souhaite juste tout au plus vous faire partager ma joie à l'écoute de ces musiques dont j'aime vous entretenir, mais aussi de l'art et de l'esprit baroque. J'espère tout comme Puck à la fin du Songe d'une Nuit d'été pouvoir compter sur votre indulgence et vos remarques car "Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé), que vous n'avez fait qu'un somme, ...
  • Contact

Recherche