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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 13:36

visuel-copie-12.jpgStorie di Napoli

Marco Beasley

Guido Morini - Accordone

"A napoli se nun se canta se more". Ce dicton napolitain en dit long sur la relation que les habitants de cette ville ont noué avec la chanson. Naples a donné naissance au plus célèbre ténor de l'histoire de l'opéra, Caruso. A Naples, on chante ! On chante pour célébrer la vie, le quotidien, le bonheur ou la tragédie, ... On chante à chaque coin de rue ou dans les maisons. On chante pour dire l'Amour ou sa souffrance, sans fausse honte ou pudibonderie, sans masque, avec passion et une volupté sulfureuse. On chante comme l'on respire. Ou du moins l'on chantait.

Chaque chanson est une petite pièce de théâtre. Celle ou celui qui chante doit être un bonimenteur de l'âme, un tragédien ou un comédien qui s'adresse directement au  cœur de chacun. Chaque chanson est une fresque des sentiments où se reconnaître devient la meilleure des psychothérapies.

Spirituel, enjôleur, conteur de charme, Marco Beasley nous propose ici de le suivre dans un voyage à travers le temps, nous permettant de nous immerger dans ces univers si graves ou si joyeux, de monter sur les tréteaux de la vie humaine, entre folie et bonheur, déraison et illusion. Lui qui connaît si bien le chant napolitain, qu'il se plaît à défendre depuis déjà de longues années, avec tout à la fois une érudition raffinée et un sens du verbe si dansant, nous offre ici un enregistrement d'une grande beauté, véritable invitation à la rêverie.

A Naples le soleil ardent enflamme les mots et la raison. Les chansons retenues ici forment un panoramique, du XVIe siècle à nos jours, de cet art du dire tout ce que l'instant a de précieux, d'enchanteur ou de douloureux. Elles sont tout à la fois expressives et mélancoliques, oscillant entre des Tarentelles frénétiques et des lamentions à la poésie raffinée ou paillardes, issues d'un répertoire sacré ou des rues, voir bourgeois. Naples a vu naître certaines formes musicales populaires comme la Villanella, le madrigal... et de nombreux enregistrements, nous ont déjà permis d'entendre ce monde si particulier de la chanson dont les premiers témoignages semblent remonter au Moyen-Âge. Et pourtant, les textes retenus ici et mis en musique (ou arrangés) par le claveciniste et directeur musical, Guido Morini, de l'ensemble Accordone, nous charment par leur vivacité et l'onirisme qui en émane et qui  nous parlent si bien de nous

 


 

Guido Morini et Marco Beasley, ainsi que l'ensemble des musiciens nous racontent des histoires aux multiples facettes. Passant de musiques traditionnelles baroques à des chansons plus modernes comme le célèbre Caruso, leur plaisir et leur talent nous envoûtent. Naples est un songe fait de larmes et de mystification et chaque pièce est un petit bijou, une perle fantasque qui brille de tous ses feux. Le tempérament dramatique de Marco Beasley fait merveille dans la Tarentella Tapanella ou dans la Canzona alla Montemaranese, où il joue et chante une multitude de personnages, en les caractérisant avec un art dramatique d'un abattage virevoltant. Sa verve si élégante s'accorde parfaitement à ses tarentelle aux parfums de feu comme la Cicerrenella ou à l'ironie du Cabaret napolitain, dans Mazza, Pezza e Pizzo. Sa diction si soignée qui savoure les mots, associés à sa voix naturelle si chaleureuse, nous ensorcellent dans l'aria Cara è la rosa ou dans la chanson Caruso. Il conclu à capella dans Stella Diana, entre chant et récitatif, murmurant à l'infini, une prière d'amour, une caresse d'une sensualité subjuguante. 

 


 

 

La luxuriance de l'instrumentarium, et l'art consommé des nuances et des couleurs des musiciens, offrent des décors, des paysages, une énergie, des saveurs, à ces mondes enchantés. Les larmes si douces du théorbe et des violons dans Compianto di Masaniello ou Fenesta Vascia soulagent tandis que la vivacité implacable des violons dans la Tarentella Tapanella emportent dans un mouvement infernal cette course à la mort qu'est la vie. La variété des percussions conduit à la folie les tarentelle ou soutien et entretient la colère des plus pauvres le chant de révolte In Galera li panettieri. Les phrasés charmeurs et irrévocables du violoncelle dans T'Aggio voluto bbene s'opposent à la fermeté du chant, venant apportés une seconde voix, faisant de cet air, un petit vaudeville irrésistible. Entre clavecin moqueur et piano cristallin Guido Morini est un compagnon unique pour une bien belle évocation de l'art d'aimer en musique à Naples. Alors n'hésitez pas à découvrir ce CD, la prise de son ample, le livret où vous trouverez un texte magnifiquement dit par Marco Beasley dans le très beau film réalisé à l'occasion de cet enregistrement, sont autant de réussites, qui en font un CD coup de cœur.

Par Monique Parmentier

1 CD Alpha/Outhere Durée : 70'56 - Enregistré du 5 au 12 mars 2012 à l'Eglise Santa Maria Incoronata à Martingo en Italie - Alpha 352 - Code Barre 3 760014 195327 - Livret en français, anglais et italien

 


 

 

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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