Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 12:34

visuel_venezia.jpgMax Emanuel Cencic

Venezia

Airs d'opéra de la Serenissime

 

C'est avec un tout jeune ensemble italien, né en 2012 que Max Emanuel Cencic nous revient, Il Pomo d'oro. Et disons le tout de suite cette rencontre est une réussite qui fait de ce CD une magnifique invitation à vivre des instants d'une musicalité et d'une sensibilité rare.

Depuis bientôt trois ans, le talentueux contre-ténor croate, monte des projets qui se sont dans leur grande majorité révélés bien plus que des succès, ce qu'ils ont été, de véritables révélations, redonnant un véritable feu, à une scène lyrique qui s'endormait, en produisant toujours les mêmes opéras. Prenant des risques, aidé en cela par une maison de production, Parnassus Arts Productions et un label Virgin Classics qui ont su accompagner sa créativité, il nous a redonné du plaisir et de la joie à nous rendre à l'opéra pour y découvrir de véritables raretés. Après Faramondo, Farnace et Artaserse, c'est un récital d'une grande poésie qu'il nous offre avec son nouveau CD, Venezia.

Certes nous ne manquons pas de ce type de récital au disque, mais celui - ci n'est pas seulement un exercice de haute virtuosité, il est un théâtre où s'exprime des affects d'une profonde et sublime mélancolie.

Le programme riche et varié est dédié à la musique vénitienne, à ses influences et à sa postérité. Autour d'un Vivaldi, on trouve ici des airs de compositeurs tels que ses maîtres Francesco Gasparini ou Tomaso Albinoni, mais également Antonio Caldara, le piacentais Geminiano Giacomelli, le napolitain Giuseppe Sellito et Giovanni Porta. Beaucoup de maîtres, aujourd'hui oubliés. Dans la Venise de la fin du Seicento et du Settecento, les mille et un reflets de l'Opéra, deviennent le chant du cygne d'une cité qui après avoir rayonnée, se sait condamnée. Cet art unique de la scène s'il est né à Florence, a trouvé au cœur de la Sérénissime, un public qui s'enthousiasme et vie avec intensité les drames qu'on lui propose. Lorsque Vivaldi naît en 1678, Venise compte six salles d'opéra en activité. Toutes appartiennent à des familles patriciennes qui se sont depuis le début du XVIIe siècle emparées de ce qui permet à la ville de briller encore et toujours.

Si bien évidemment Vivaldi ou Caldara semblent ne plus être des inconnus, il restera toujours quelques merveilles qui dorment dans les bibliothèques à redécouvrir, et qui sont la quintessence même de que ce l'auteur du livret, Frédéric Delaméa appelle avec beaucoup de justesse "l'illusion profane". Mais il faut aussi des interprètes de talent, pour rendre vibrante et poignante ces musiques dont certains disent qu'elles furent composées au kilomètre. Et plus que du talent, il faut également de la passion pour nous en faire percevoir, tout ce qui en fait la rareté et la beauté flamboyante et envoûtante.

Ce CD est une de ses rencontres uniques entre un répertoire et des musiciens inspirés.

Le timbre mordoré, la ductilité vocale de Max Emanuel Cencic, font merveille dans ces arias, qui dépassent ici la "simple" virtuosité.  Elle est acquise et dépassée et le contre-ténor nous fait atteindre ici une émotion si profondément bouleversante, par un legato infini, qu'elle nous emporte à la limite de l'inconscience, dans "Dolce mio ben, mia vita" extrait de Flavio Anicio Olibrio de Gasparini ou dans "Sposa... non mi consci" extrait de Merope du même compositeur. Et pas une des pièces de fureur, n'expriment réellement la colère, mais plutôt un désespoir déchirant, où sa tessiture unique et expressive, peint la noirceur du drame avec une gradation des nuances d'une subtilité à couper le souffle. On en veut pour preuve, "Io son rea dell'onor mio" extrait d'Argippo de Vivaldi ou "Mi vuoi tradir, lo so", du même, extrait de La Verità in cimento.

ricardo minasiIl est accompagné d'un ensemble qui aussi jeune qu'il soit, possède une luminosité et une palette de couleurs somptueuses, qui en fait une bien belle révélation. La direction de Ricardo Minasi est aussi chantante que son violon. Le si sublime dialogue qui s'instaure entre le chanteur, les théorbes et le violon dans "Pianta bella, pianta amata", extrait de Il nascimento de l'Aurora d'Albinoni, est à l'image d'une complicité souriante entre les musiciens et celui dont ils portent le chant au comble de l'émotion, sans jamais céder à la moindre facilité. Ici l'orchestre murmure, gronde, irradie, crée des climats évocateurs de ces univers multiples où se jouent les tragédies. Rien n'est surjoué, tout est d'une délicatesse sans maniérisme, mais à fleur de peau. Les larmes que laisse échapper la colère face à la honte d'y avoir cédé ou à la tromperie, redonnent vie à un théâtre d'une beauté fulgurante.

Le livret soigné et bien écrit, la prise de son moelleuse et d'une belle clarté sont autant d'atouts qui apportent à ce CD, un supplément d'âme, qui vous touchera à jamais.

 

 


 

 

 

 

1 CD Virgin Classics - Durée 63'26'' - Enregistré du 27 août au 3 septembre 2012 à la Villa San Fermo, Lonigo (Vicenza) Code barre 5 099946 454522

 

Riccardo Minasi © DR 

Partager cet article

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

Présentation

  • : Le blog de Susanna Huygens
  • Le blog de Susanna Huygens
  • : Je ne prétends pas ici faire travail de musicologie je souhaite juste tout au plus vous faire partager ma joie à l'écoute de ces musiques dont j'aime vous entretenir, mais aussi de l'art et de l'esprit baroque. J'espère tout comme Puck à la fin du Songe d'une Nuit d'été pouvoir compter sur votre indulgence et vos remarques car "Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé), que vous n'avez fait qu'un somme, ...
  • Contact

Recherche