Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 14:29

La nouvelle fresque musicale que nous offre au CD/DVD Jordi Savall a été créée en 2015 au Festival de Saint-Denis et a été le programme phare de la 10ème édition du Festival Musique et Histoire, pour un dialogue interculturel de Fontfroide. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’a été réalisé l’enregistrement qui fait l’objet de cette nouvelle édition d’Alia Vox.

 

Nous avions pour ODB été sur place à cette occasion et l’émotion qui émane de ce programme est restée si vive que dès les premières secondes d’écoute, on se retrouve transporté bien plus loin que dans l’abbatiale, aux confins des horizons et du temps, au cœur d’une mémoire ensanglantée, fervente et éloquente, véritable ode à la vie.

 

L’esclavage est un véritable fléau qui a ensanglanté l’histoire de l’humanité depuis plusieurs siècles, mais qui a pris au cœur même du continent, où l’humanité à ses racines, un tournant particulièrement violent qui a arraché plusieurs générations des peuples d’Afrique, les condamnant à une vie de souffrances impitoyables. Ces femmes et ces hommes n’avaient aucun autre espoir d’échapper à l’oppression que la mort… Et pourtant tout au long, de ces siècles sans avenir, ils ont pour certains, par la musique opposé un acte de foi absolu en la vie.

 

Que ce soit ces peuples d’Afrique, mais également les amérindiens, tous ont exprimé par cette voie unique, une forme de résistance, qui leur a permis de maintenir vivante la conscience de leur origine, une âme par-delà cette négation même de leur humanité.

 

Le maestro Catalan a réuni autour de lui, pour rendre vivante et vibrante, cette évocation d’une des pires tragédies humaines, des musiciens d’horizons multiples, tant d’Europe, que d’Afrique et d’Amérique du sud. Faisant appel à des répertoires d’une diversité multiculturelle, dont on ne peut que s’émerveiller de la beauté et de la spiritualité si radieuse. Villancicos dit de negros, de mestisos, … des negrillas, des gugurumbés y côtoient la parole des griots.

 

On oscille ici entre récit tragique et musique exubérante, nimbée d’un mysticisme onirique et instinctif. Le programme est avant tout un récit. Celui de la mise sous domination de l’Afrique et des Amériques, de la déportation des différents peuples soumis à l’esclavage, de leur souffrance et de leur lutte pour reconquérir leur liberté tandis que l’Europe blanche crée des textes de loi tous plus monstrueux les uns que les autres (comme nous le rappelle le texte d’Hans Sloane de 1661 ou le Code Louis XIV qui codifie les sanctions que doivent subir les esclaves qui se révoltent). Puis apparaît, progressivement comme semblant renaître de ses cendres et dont la musique seraient les braises, la lueur de la liberté.

 

Dans la tradition mandingue, la musique est avant tout un réceptacle de l’histoire et de la tradition, une messagère, un souffle qui apporte harmonie et amour, maintenant la paix.

 

Et la présence des artistes maliens au cœur de ce programme lui donne son équilibre et sa force vitale.

 

Comme un appel d’une profondeur insondable résonne d’abord une flûte amérindienne (Pierre Hamon, dont le talent tout au long du programme, fait surgir par le souffle des flûtes, le mystère, la mélancolie ou l’exaltation), puis le rythme lent d’une percussion qui semble murmurer la menace qui se profile. (Signalons au passage l’incroyable richesse des percussions dans ce programme, non seulement celles de Pedro Estevan qui accompagne Jordi Savall régulièrement, mais toutes celles de l’ensemble mexicain Tembembe Ensamble continuo, qui sont une ode à la créativité des peuples les plus démunis).

 

Le récit est confié au comédien français d’origine malienne, sociétaire de la Comédie Française, Bakary Sangaré. Il irradie de son interprétation bien plus qu’un talent de conteur, une émotion douloureuse et fervente, un cri et un chant. Sa voix mélodieuse porte à fleur de mots, la mémoire des larmes et du sang versé.

 

La voix de velours de Kassé Mady et sa gestuelle si gracieuse, accompagné par trois ensorcelantes choristes, fait renaître un monde subtil, poétique, mystique, parfois épique. Il façonne la parole, qui par son pouvoir bénéfique réconcilie et affranchit l’âme de toute douleur.

 

La luxuriance musicale, les couleurs vives des ensembles ici réunies, tant instrumentales que vocales, sont la quintessence même de cette pulsion de vie qui ne se résigne jamais, s’oppose sans arme mais avec conviction à cette Europe ténébreuse qui la nie. Dans la pièce, Bom de Briga, le chant âpre et incandescent de Maria Juliana Linhares, l’exubérance des flûtes et des percussions et du rythme évoquent avec puissance, un monde sensuel, spontané, mais dont semble sourdre une insondable mélancolie. Toutes les autres voix -que ce soit celles de la Capella Reial de Catalunya, de l’ensemble Tembembe, ou des solistes, la soprano Adriana Fernandez ou de la Basse Ivan Garcia ou celle des récitants ou du griot-, toutes viennent enrichir ce son unique, celui de la vie sous toutes ses formes, du vent aux larmes, du rire à l’amour.

 

On tombe sous le charme de 3MA. Dans Vero, le chant captivant des instruments à cordes pincées et des voix de Driss El Maloumi et de ses deux compagnons, Ballaké Sissoko et Rajery, est un instant d’apaisement, qui semble arrêter le temps. Leur virtuosité limpide et leur merveilleuse complicité donnent ses lettres de noblesse à l’improvisation.

 

La direction de Jordi Savall faite d’empathie et de rigueur, lui permet de donner à ce programme d’une extrême densité toute sa noblesse et son élégance, cette force vive qui l’anime de bout en bout.

 

La prise de son, met en valeur les différents plans sonores tandis que le DVD merveilleusement réalisé par Karl More Productions, sous la direction de Benjamin Bleton, nous permet de revivre, par sa captation agréable et équilibrée, l’émotion musicale dans toute son impétuosité et tout son lyrisme tout à la fois tragique et si joyeux.

 

Cette nouvelle fresque du maestro catalan est à mettre entre toutes les mains, afin que la mémoire de cette tragédie et cette capacité des êtres humains à surpasser sa douleur, nous portent vers de nouveaux horizons, aussi généreux que la musique qui nous est offerte ici.

 

Vous trouverez ici le teaser de l'album : https://www.youtube.com/watch?v=ujKJe6l2cvA

 

Pour prolonger cette écoute, n'hésitez pas à écouter l'interview de Jordi Savall  en compagnie du chercheur anthropologue franco-sénégalais Tidiane N'Diaye sur Public Sénat

 

Récitant : Bakary Sangaré

Chant griote : Kassé Mady Diabaté

Basse : Ivan Garcia

Voix : Maria Juliana Linhares

3MA : Driss El Maloum, oud. Ballaké Sissoko, Kora. Rahery, valiha.

Tembembe ensamble contino

La Capella Reial de Catalunya. Musiciens d’Hespérion XXI, Direction, rabec, rebab, vielle : Jordi Savall

 

2 CD et 1 DVD ALIA VOX Durée du CD1 60’17 et du CD2 : 67’08. Durée DVD : 2h08’30’’ Livret : Catalan/Français/Anglais/Castillan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à l’abbaye de Fontfroide, Narbonne, le 17 juillet 2015, en collaboration avec Karl More Productions. Producteur et réalisateur : Benjamin Bleton

 

Par Monique Parmentier

 

Crédit photographique : Hervé Pouyfourcat que je remercie de m'avoir autorisé à utiliser les superbes photos prisent lors du concert à l'abbaye de Fontfroide, dont certaines illustrent l'album d'Alia Vox. Merci pour toute reproduction de ces photos de lui demander son autorisation.

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 08:16

Vous trouverez sur ODB ma chronique du CD/DVD Llibre Vermell par Jordi Savall, également :

Llibre Vermell (ou Livre Vermeil) de Montserrat. Chants et danses en l’honneur de la Vierge noire du Monastère de Montserrat (XIVe siècle)

Sopranos : Maria Christina Kiehr, Elisabetta Tiso, Rocío de Frutos, Aina Martins
Mezzosopranos : Kadri Hunt, Viva Biancaluna Biffi
Contre-ténor : David Sagastume
Ténor : Lluis Vilamajó, Francesc Garrigosa, Marco Scavazza
Basse : Daniel Carnovich

Musiciens d’Hespérion XXI, Direction, rabec, rebab, vielle : Jordi Savall

1 CD et 1 DVD ALIA VOX Durée du CD 71’43. Durée DVD : 1h13’45’’ Livret : Catalan/Français/Anglais/Castillan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé en direct à Barcelone à Santa Maria del Pi le 25 novembre 2013 en collaboration avec Karl More Productions. Producteur et réalisateur : Benjamin Bleton


Jordi Savall nous avait déjà offert une version de référence du Livre Vermeil, à la fin des années 70. Plutôt que de la rééditer simplement, il en a enregistré une nouvelle version en concert à Barcelone en 2013, qu’il nous propose aujourd’hui chez Alia Vox, sa maison d’édition. C’est pour rendre hommage à celle qui illuminait cette version originale si précieuse, considérée par beaucoup comme une version de référence, qu’il a choisi de revenir à cet ouvrage, témoignage assez unique de la musique médiévale. Il perpétue par ces chants, dédiés à une mère, à une femme, la Vierge Marie, l’âme si radieuse de Montserrat Figueras que reflétait sa voix, son timbre de lumière. Cette nouvelle version, par ces choix interprétatifs, comme la première, mérite toute votre attention. Les émotions qui en émanent plus terrestres nous touchent, par cette humilité, cette quête d’apaisement et de partage, ce don d’amour qui transcende le chagrin, cet horizon dont la clarté invite à la contemplation et à la joie.

Le Livre Vermeil est un survivant de l’histoire et de la folie humaine. Il ne nous est parvenu qu’en partie, puisque sur 172 pages doubles in-Folio, seules 137 existent encore, soit 10 compositions, que l’on suppose avoir été au nombre de 12. Il a échappé de peu à l’incendie qui ravagea le monastère de Montserrat en 1811 durant les guerres napoléoniennes, mais aussi à l’éparpillement des feuillets dans les ventes aux enchères de manuscrits rares. Il est le témoin d’un art musical médiéval, dédié à la dévotion. Le chant grégorien issu de l’époque gothique y flamboie avec ferveur, tandis que l’Ars nova qui naît au XIVe siècle y exprime ses premiers tressaillements. Entre science des chiffres et musique populaire, la musique savante y chante et danse avec une ardeur empreinte d’une poésie naïve et sensible.

Montserrat est avec Saint Jacques de Compostelle, l’un des deux hauts lieux de pèlerinage en Espagne, au Moyen-âge. Afin de canaliser les pèlerins nombreux qui venaient y honorer une Vierge noire et qui restaient de longues heures, nuit et jour dans l’abbatiale, les moines eurent l’idée de composer des textes « chastes et pieux » pour accroître la piété de ces voyageurs de la foi. Ce qui rend si inestimable ce codex, ce sont également ces courtes « didascalies » qui nous précisent les intentions des auteurs de ces pièces : « les pèlerins veillant la nuit dans l’église… voulaient chanter et danser… ce qui n’était permis que pour des cantiques... Quelques œuvres ont été écrites à cette intention ». On bénéficie également de quelques témoignages de certains visiteurs d’époque plus tardives, ainsi désormais que des analyses récentes des musicologues sur les valeurs rythmiques et des indications chorégraphiques qui avaient échappé aux premières études, confirmant que les pèlerins dansaient dans l’église. Ainsi sur l’ensemble des pièces que contenait le livre, « cinq furent composées pour être dansées, dont quatre d’entre elles en rond en se tenant la main ». Les pièces destinées à être chantées le sont soit en latin, catalan ou occitan.

Son nom de Livre Vermeil (Llibre Vermell), qui semble en faire un bijou rappelant la calligraphie et les miniatures si délicates de l’époque gothique, ne lui a en fait été donné qu’au XIXe siècle par sa reliure. Dans le superbe livret qui accompagne ce nouvel enregistrement, le musicologue Josep Maria Gregori I Cifré, nous en dévoile toute la complexité et les « secrets ».

Si la musique du XIVe siècle peut à un auditeur du XXIe siècle paraître aride, en devenir, ce sont les musiciens qui peuvent nous y rendre sensibles par leurs choix interprétatifs, qui doivent concilier tout à la fois la rigueur musicologique et la recherche de sublimation, d’ivresse, d’abandon si propre à une écoute moderne.

Cette nouvelle version de Jordi Savall du Livre Vermeil rassemble toutes ces qualités. Elle est une fois de plus, une merveille tant par sa réalisation que par tout le travail de préparation que l’on ne peut que deviner mais qui s’efface de la réalité pour un simple auditeur. La beauté intemporelle du résultat final est tout simplement d’une générosité confondante. La palette des couleurs instrumentales, l’homogénéité vocale, non pas en quête de virtuosité pure mais d’un chemin de lumières chatoyantes, sont une magnifique offrande au public et à la mémoire de Montserrat Figueras.

L’orchestration nous offre une nouvelle écoute. Elle nous rappelle combien les voies qu’empruntaient les pèlerins, étaient multiples, venant de toute l’Europe. La proximité d’Al Andalus aurait pu favoriser ce dialogue et ces rencontres, si chères au maestro catalan. La présence de certains instruments, comme l’Oud, le Kanun ou le Duduk, contribue a apporter à ce nouvel enregistrement, une aura de mystère et une spiritualité universelle.

Des improvisations instrumentales viennent s’intercaler entre chaque pièce du livre, permettant à l’ensemble des instrumentistes de créer ce sentiment de plénitude, de gravité et de joie mêlées. Le souffle du duduk d’Haïg Sarikouyoumdjian semble surgir de la nuit comme une caresse apaisante, tandis que l’onde cristalline qui file en scintillant de milles reflets argentés du Kanun d’Hakan Güngör soulage les âmes égarées. La harpe d’Andrew Lawrence-King, l’oud de Yurdal Tokcan, le santur de Dimitri Psonis, les percussions de Pedro Estevan, l’ensemble des instruments à vents, dont la flûte de Sébastien Marcq ou la cornemuse de Christophe Tellart et cornets et autres trompettes et sacqueboutes des Sacqueboutiers toulousains (Jean-Pierre Canihac, Daniel Lassalle, Béatrice Delpierre) sont autant de couleurs qui resplendissent dans la nuit des cœurs et de l’église. La complicité entre musiciens est tellement radieuse qu’elle nous semble une évidence, faite d’empathie, de compassion, d’amitié, que vient confirmer le superbe DVD qui accompagne ce nouvel enregistrement. La direction de Jordi Savall d’un regard, d’un sourire, dans une économie de gestes, maintient l’harmonie qui règne sur le plateau.

De la distribution vocale où ne figure aucune véritable star du chant, l’on retiendra tout particulièrement Marie Cristina Kiehr, qui est pour les habitués des distributions de musique ancienne, la mieux connue. Travaillant régulièrement avec Jordi Savall, son timbre tout à la fois clair et opulent, sa diction soignée, sa noblesse de ton, apporte une note enchanteresse dans Polorum Regina ou Mariam matrem Virginen, auquel contribue l’ensemble des interprètes féminines, avec une humilité et un talent évocateur de ces nuits hors du temps qui rassemblaient des milliers d’hommes et de femmes autour d’une espérance commune.
Les pupitres masculins ténors (Lluis Vilamajó, Francesc Garrigosa, Marco Scavazza), contre-ténor (David Sagastume) et basse (Daniel Carnovich) bien connus des plateaux du maestro catalan, sont tout simplement magnifiques d’équilibre et de puissance. Ils sont les colonnes dont la force soutiennent voûtes en ogive et vitraux de cette cathédrale du chant.

L’excellente prise de son favorise la mise en espace et la profondeur du son, tandis que le DVD réalisé par Karl More Productions nous permet de mieux percevoir ces échanges et ce partage tant sur scènes que vers le public. Les images soignées, les très beaux cadrages nous permettent de vivre et ressentir toutes les sensations du concert, nous permettant de nous abandonner à l’émotion.

Monique Parmentier

 

Voir les commentaires

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 07:52

Ma chronique du CD Le Temple et le Désir de Gabriel Garrido est également en ligne sur ODB.

Le Temple et le Désir – Domenico Mazzocchi (1592-1665)
Musique sacrée et profane

Soprani : Maria Christina Kiehr, Bárbara Kusa, Claire Lefilliâtre, Isabelle Fallot, Marie Théoleyre
Mezzo-Soprano : Rosa Domínguez
Contre-ténor : Maximiliano Baños
Ténor : Jaime Caicompai
Baryton : Furio Zanasi
Basses : Guillaume Olry, Marcello Vargeto

Choeurs et musiciens de l’Ensemble Elyma, Direction : Gabriel Garrido

1 CD K617 Chemins du baroque. Durée 1h13’05. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé en l’église Notre Dame de Malpas à Montfrin (Gard) du 27 juin au 2 juillet et les 14 et 15 septembre 2015.


Quel bonheur que de retrouver au disque Gabriel Garrido auquel nous devons tant de joyaux en musique ancienne. Et l’on ne peut que se réjouir d’autant plus, que ces retrouvailles se font avec un label, K617, dont le silence depuis plusieurs mois n’était pas sans nous inquiéter, tant son histoire a, non seulement, accompagné le maestro tout au long de sa carrière, mais a permis par son audace éditoriale la redécouverte de nombreuses perles baroques.

Ce nouvel enregistrement est d’autant plus une bonne nouvelle que Domenico Mazzocchi qui en fait l’objet, et dont on a célébré le 350e anniversaire de la mort en 2015, reste peu connu. Seul un de ses opéras, La Catena d’Adone, a fait l’objet d’un CD chez Alpha.

Ce nouveau CD du maestro argentin est une riche anthologie qui unit avec beaucoup de subtilités musique sacrée et profane. On y découvre toute la luxuriance et l’audace de la musique que l’on pouvait entendre à Rome dans la première moitié du XVIIe siècle. Alors que Francesco Cavalli commençait sa carrière à Venise, l’école romaine n’hésite pas, grâce à de riches mécènes à inventer, créer, explorer de nouvelles possibilités. Si la postérité a retenu le nom et les œuvres de Giacomo Carissimi, auquel on prête la paternité de l’oratorio, il partagerait cette dernière avec Domenico Mazzocchi, selon Cédric Constantino, le musicologue auteur des notes du livret de ce CD. Et si l’on ne conserve aucun oratorio à proprement parlé de Mazzocchi, les Dialogues ici enregistrés, tendent à démontrer une influence des deux compositeurs l’un sur l’autre.

L’écoute de ce CD, nous offre une perspective nouvelle sur cette Cité Eternelle, en quête de beauté.

Le Temple et le Désir, montrent à quel point la fusion des arts, en quête de l’expression des affeti, exprimant la passion baroque, a trouvé sa place dans la cité des papes.

Et l’on ne reste pas sans penser au Bernin, l’exact contemporain de Mazzocchi, en écoutant cette musique si singulière. Entre sensualité et spiritualité, la Contre-Réforme, y développe une rhétorique de la séduction, plus ensorcelante encore, pour mieux convertir. Offrant d’ailleurs ainsi, un moyen subtil aux artistes et à leur public de déjouer les interdits, de défier les censeurs, avec une rare malice, dont les sortilèges sont parfois si troublants.

Ce CD nous offre à entendre, la musicalité des œuvres du sculpteur, unissant dans l’extase musique et corps de marbre. Entre sacré et profane, ce dernier nous invite à entrer en résonance avec des œuvres telle que l’Extase de Sainte – Thérèse ou la course éperdue d’Apollon et de Daphné.

Domenico Mazzocchi possède une parfaite maîtrise du style moderno et s’il revendique l’influence de Monteverdi, il apparaît aussi comme un disciple de Carlo Gesualdo tant il se montre fidèle au madrigal polyphonique, se plaisant à utiliser un langage harmonique tout à la fois déroutant et éclatant.

Les affinités de Gabriel Garrido avec la musique italienne du XVIIe siècle, ne sont plus à démontrer, et ce n’est pas ce dernier CD qui le démentira. La réalisation en est tout simplement d’une beauté confondante.

Son univers sonore est d’une telle splendeur que dès la fin de la première écoute, on est captivé par ce sentiment de plénitude qui en sourde. Sa sensibilité artistique le conduit à créer une œuvre vivante, vibrante, mouvante, aux nuances d’une infinie diversité.

Tout ici est d’une grande délicatesse. Les instruments à cordes pincées d’une grande variété cisèlent des univers célestes voluptueux. L’ensemble Elyma, tant musiciens que le chœur, soulignent la force dramatique du désir sacré tout comme la légèreté, parfois pourtant si douloureuse de l’amour profane. Chaque dialogue sacré, bénéficie d’un soliste unique dont le timbre et les ornementations façonnent un univers rare et singulier, étrange et envoûtant.


Maria Christina Kiehr interprète merveilleusement le Dialogo della Cantica et Christo Smarrito, deux motets où s’exprime l’amour de la Vierge, d’une mère pour son fils. Son timbre lumineux et sa sensibilité à fleur de peau sont un enchantement.

Et si la rayonnante Bárbaru Kusa se joue avec une souplesse arachnéenne et une grâce irrésistible de S’io mi parto, o mio bel sole, si splendidement accompagné à la guitare baroque, le timbre si poétique de Claire Lefilliâtre dans le Dialogo della Maddalena, offre une vision et une interprétation entre exaltation, ivresse et ravissement contemplatif de ce dialogue si sensuel et tourmenté de l’amour mystique.

Isabelle Fallot et Rosa Dominguez aux timbres clairs et à la sensibilité si tendre et élégiaque, viennent confirmer l’harmonieux équilibre des solistes féminines qui se voient ici attribuer l’interprétation de l’essentiel des pièces solistes.

Toute la musicalité et l’élégance de Furio Zanasi s’expriment dans le sonnet Misura altri il girar.

Si la prise de son très équilibrée vient compléter notre bonheur, on ne peut que regretter d’autant plus l’absence des textes dans le livret qui pénalise une parfaite compréhension des textes chantés.

Gabriel Garrido en véritable sculpteur de la musique, fait chatoyer sous sa direction, l’éloquence des ombres et lumières romaines. Il réunit autour de lui une distribution idéale, pour mieux révéler l’âme de chaque madrigal. Il ébauche, dessine, entrelace fantasmagorie et tragédie, la transparence des larmes si baroques de la Maddalena et les éclats de rire si cristallins de Colombella, faisant chanter le murmure éternel des feuilles de marbres des nymphes antiques au cœur de la chrétienté.

Monique Parmentier

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 10:49

Pour leur nouveau CD, l’ensemble Hirundo Maris (L’hirondelle des mers) si bien nommé, nous invite à un voyage d’une beauté et d’une sensibilité à fleur de peau et d’esprit, véritable joyau, qui nous transporte aux confins de la conscience. Il viaggio d’Amore est un programme merveilleusement composé de pièces musicales et ou vocales, provenant du monde entier, dont la poésie évoque la complexité des sentiments amoureux.

L’infinie délicatesse de l’interprétation, les couleurs tant instrumentales que vocales, sont un pur plaisir, un enchantement de tous les instants.

Lorsque j’ai commencé à écrire ma chronique, ainsi sont venus les premiers mots, tout naturellement. Et puis, les doigts ont cessé la quête des mots, pour suivre les musiciens dans un univers où l’on se blottit, au cœur du mot Amore, touché par une flèche invisible. Dès lors, sans jamais se lasser, nous n’avons cessé d’écouter et réécouter, emportés par un infini bonheur, doublé d’un étrange sentiment, si captivant, qu’il en est venu à effacer toute réalité.

Arianna Savall et son compagnon Petter Udland Johansen se sont entourés de musiciens, venus de tous les horizons, et d’une équipe de techniciens du label Carpe Diem, qui porte si bien son nom, pour nous ouvrir les portes enchantées du songe. Et si parfois l’amour peut y blesser, il nous permet aussi de transgresser peurs et souffrances, par sa sensualité ensorcelante. La diversité des poèmes, -et des langues dans lesquelles ils furent écrits-, et des histoires qu’ils nous content, leur offre un charme unique. De l’amour qui se vit dans l’allégresse, au drame des amours interdits, l’âme s’y abandonne, s’y donne, s’y libère, semble courir de plus en plus vite pour échapper à la douleur et revenir danser.

Leur mise en musique les a parfois inscrits à jamais au répertoire de la musique savante, tel Si dolce è il tormento de Monteverdi ou le lied Heidenröslein que l’on doit à Goethe et Schubert. D’autres mélodies sont issues de répertoires plus populaires (tel Canarios ou Cancro Cru), elles virevoltent dans nos esprits tandis que Douce Mémoire et plus encore l’Adieu de Guillaume Apollinaire, dont la musique si pure et aimante, a été composée par Arianna Savall. L’essence de verre du sentiment d’amour y semble prête à se briser sur le chagrin, mais portée par les vents et la lumière qui en émane, sa poésie indicible, en un murmure finit par apaiser l’inquiétude de la séparation.

Oui, je sais certains s’offusqueront peut être, dès lors que je ne détaille pas chaque pièce, mais je choisis de vous laisser découvrir ce si fantasmagorique, si surnaturel CD. Le plus abouti de l’ensemble Hirundo Marris. La prise de son y est si ronde, si suave, que rarement elle aura été autant au service des musiciens.

Il faut vous laisser envoûter par Si Dolce é il tormento, chanté à deux voix par Arianna et Petter, dont les timbres s’unissent en un feu ardent ou par cet Adieu si poignant d’Arianna, à celle dont la présence émane de la musique, et qui nous manque tant. L’interprétation à la mélancolie grisante de Gracias a la Vida donne un goût d’éternité à ces instants passés en compagnie des musiciens. Lorsque les deux voix d’Arianna et de Petter fusionnent avec une sensibilité vibrante, l’une en espagnol, l’autre en suédois, chantant l’amour et cette amertume des rêves perdus, lorsque les doigts d’Arianna se posent sur la harpe pour interpréter les dernières notes, la musique donne le sentiment de retenir la vie qui court et s’échappe, nous échappe.

L’ensemble des musiciens participent à la plénitude de cet enregistrement. Ils apportent de somptueuses couleurs à ce voyage. Tout ici est nuances et rêves grâce à leur talent. S’il en est un que l’on a envie de citer ici, car bien souvent ce pupitre est trop souvent oublié dans les chroniques, c’est David Mayoral. Peut-on donner plus de cœur à des percussions, « un cœur qui ne cesse de battre, qui bat, qui bat, qui bat » … en un amour éternel.

En véritables troubadours, Arianna Savall, Petter Udland Johansen et leur ensemble Hirundo Marris, nous offrent ici, bien plus qu’un simple joyau, des instants uniques qui nous accompagneront longtemps.

Par Monique Parmentier

1 cd Carpe Diem records. Durée 69’34. Livret Français/Anglais/Allemand. Enregistrement réalisé en direct à Heilig-Kreuz-Kierche-Basel-Binningen (Suisse) du 18 au 22 mars 2015

Hirundo Maris : Arianna Savall, soprano et harpe triple baroque ; Petter Udland Johansen, ténor, hardingfele, cittern; Michel Nagy, guitare ; Sveinung Lillecheier, guitare, dobro ; Miquel Angel Cordero, colascione, double base ; David Mayoral, percussions

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:22

Paru sur ODB, je remets mon article ici pour lui redonner de la visibilité.

La mélopée envoûtante du Ney ouvre ce CD, nous emportant dès les premières secondes dans un univers de routes de sables, de bergers et de seigneurs du vent. Puis la voix de Waed Bouhassoun s’élève ardente, ensorcelante, nous transportant dans son monde, celui d’une voix d’or et d’ambre.

Jamais un Cd n’aura autant mérité son titre, « La voix de la passion », que ce dernier album que sort Waed Bouhassoun chez Buda Musique en compagnie d’un ami rencontré auprès de Jordi Savall, Moslem Rahal. Ces deux artistes syriens nous donnent ici à entendre, non pas une musique orientale « à la manière de », mais une musique profondément ancrée dans une tradition qui nous surprend, nous extrait de notre confort, pour mieux non pas nous dépayser, mais nous ouvrir à la splendeur de la diversité du chant.

Alors que ces précédents albums étaient en solo, Voice for love en 2009 (prix de l’Académie Charles Cros en 2010) et la Voix du luth en 2014, son chemin de poésie l’a conduit aujourd’hui à partager l’émotion d’un répertoire qui appartient à une tradition ancienne que les deux interprètes ont en partage. De la poésie nabatéenne syrienne à la poésie arabe classique d’Al andalous, Waed et Moslem nous mènent à un point d’équilibre, d’harmonie qui nous laisse à la fin de l’écoute, un étrange sentiment de plénitude et d’absence à notre réalité contemporaine.

La poésie dite nabatéenne n’a rien à voir avec la civilisation antique à laquelle nous devons Pétra en Jordanie. Elle est le fruit d’une tradition bédouine, poésie vernaculaire connue dans toute la péninsule Arabique. Elle a été pratiquée par toutes les classes sociales, traitant de tous les sujets qui de par le monde ont inspiré tant de poètes. Elle chante toute une palette de sentiments des regrets à la nostalgie, l’amour y étant à jamais, la plus douce des souffrances. Mais elle nous parle aussi de la guerre et de ses ravages, de l’orgueil du guerrier et de la douleur des mères. Elle développe un lyrisme tout à la fois élégiaque, érotique ou patriotique. Aujourd’hui encore en Syrie, dans la montagne Druze dont est originaire Waed Bouhassoun, on en compose, créant un lien social plus que jamais nécessaire.

Waed Bouhassoun connaît tous les ravages de la guerre et plus que n’importe qu’elle interprète, elle sait combien il est important dans des circonstances aussi troublées, de retrouver dans ses racines, la quintessence de la beauté. Celle de ces civilisations qui ont parcouru ses terres de miel et de sang, de lumière et d’ombres et qui si elles n’ont pas laissé de pierres pour raconter leur histoire, nous ont transmis génération après génération des mots, des mélodies, afin de perpétuer le battement de cœur, digne et fier de ces hommes et femmes du désert.

Waed Bouhassoun nous offre ici les deux facettes de son art. S’accompagnant à l’oud pour la poésie arabe classique, elle interprète a capella ou accompagné par Moslem Rahal au ney, ces poésies bédouines si âpres, si humaines et pourtant si oniriques. Il ne s’agit en aucun cas d’un récital accompagné, mais bien d’un duo qui nous offre ici une palette de nuances et de complicité musicale unique. La musique est parfois de Waed Bouhassoun, mais aussi le fruit d’un travail commun qui donne le sentiment d’un ensemble parfaitement équilibré, noble et farouche, où chaque transition fait couler de source, poème après poème, une histoire, une mélodie, une nuit étoilée dans un camp bédouin, où du plus jeune au plus ancien, les liens s’entrelacent et se transmettent.

Si dans les poèmes nabatéens la voix de Waed se fait plus rude, plus gutturale dans les poésies arabes classiques, elle paraît plus translucide, comme une onde qui s’écoule, nous entraînant dans son courant. Elle s’y accompagne à l’Oud avec une virtuosité sensible, raffinée et subtile. D’une sensualité subjuguante, dans l’une et l’autre des poésies, elle fait vibrer ce désir d’éternité que disent les mots et la musique. Son timbre est unique, reconnaissable entre tous et trouve dans le son du ney un étrange prolongement, qui fait durer la note, le mot à l’infini.

C’est bien plus qu’un accompagnement que Moslem Rahal nous offre ici. Dans chacune de ses interventions, on perçoit une voix, celle d’un poète qui donne au vent sa voix, lui prête mot. Dans le magnifique solo qui suit le chant traditionnel A Alep, résonnent les plaintes et l’immense amour de cet héritage. Maîtrise du souffle, ductilité, connaissances si parfaite de l’instrument qu’il peut nous en faire ressentir toute l’étendue d’un registre aux subtilités inouïes et si fascinantes, Moslem Rahal est un magnifique musicien.

On ne peut que vous recommander ce CD si unique. Il vous permettra de découvrir grâce à deux talentueux interprètes, dont la complicité musicale est évidente, l’universalité d’histoires aux parfums immortels

Monique Parmentier

1 cd Buda Musique distribué par Universal. Durée 63’20. Livret Français/Anglais. Voix de la Passion. Waed Bouhassoun (voix et oud), Moslem Rahal (flûte Ney)

Waed en a mis un extrait en ligne... à suivre sur youtube

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 21:08

sterne-5.jpgJe m'étonne en revenant sur mon blog après plusieurs semaines d'absences, de voir que certains dont j'ignore tout, puisque nul ne m'a jamais laissé de messages, le visitent.

 

J'ai pris la décision, de ne plus écrire de chronique de CD et de me contenter de couvrir quelques concerts pour Classique News et Odb Opéra. Ce blog avait été créé pour être animé en compagnie de quelqu'un qui a choisi de me lâcher, malgré de multiples promesses d'amitié éternelle. Il m'a fallu faire mon deuil. Mais poursuivre seule la tâche, a fini par me sembler impossible. Je prenais du retard et j'accumulais des piles de CD et livres que j'aurais été bien en mal de traiter. Et plus la pile grossissait et plus cela me pesait, me faisant perdre d'autant plus le plaisir, qu'il n'y avait aucun partage.

 

Une seule artiste est parvenue à me faire changer d'avis : Arianna Savall. Comme sa mère, avant elle, elle a su me toûcher par sa générosité. C'est une personne chaleureuse et merveilleuse et une artiste sensible et talentueuse.

 

Cette dernière chronique de CD, que je viens d'écrire, se trouve sur Classique News où vous pourrez la lire. Si vous voulez faire un beau cadeau à quelq'un que vous aimez Vox Cosmica, sera le plus beau que vous puissiez faire à cette personne.

 

link

 

Quant à mon blog, j'ignore si je le poursuivrais et de quelle manière. Je dirais probablement, mais j'ai besoin d'y réfléchir.

 

Je souhaite à toutes celles et ceux qui passeront ici une belle et heureuse année 2015.

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 15:17

te_deum.jpgTe Deum Lully /Charpentier

Alpha/Vincent Dumestre - Le Poème Harmonique

 

J'ai à deux reprises eu l'occasion d'entendre en concert et de commenter cette nouvelle version par le Poème Harmonique, des Te Deum de Lully et de Charpentier. La première lors du Festival de Saint-Denis en juin 2011, puis lors du concert donné à la Chapelle Royale le 24 mars 2013, dont la captation fait aujourd'hui l'objet de ce CD.

S'il est vrai que le Poème Harmonique nous a jusqu'ici habitué à des répertoires plus rares, cet enregistrement jubilatoire démontre une fois de plus, que les œuvres musicales que l'on croit le mieux connaître, peuvent nous redévoiler des beautés insoupçonnées, si des interprètes de talent s'en emparent. Et un peu comme un restaurateur devant une toile de Poussin que des siècles de poussières auraient recouverts, Vincent Dumestre redonne tout son éclat à la musique du Roi Soleil.

En s'associant avec Château de Versailles Spectacles, Alpha nous permet de retrouver certains des magnifiques concerts donnés en ces lieux qui demandent bien plus d'intuition et d'écoute aux artistes que bien d'autres salles de concerts. C'est à la Chapelle Royale, dont l'acoustique réverbérante peut parfois poser problème aux moins aguerris, que Vincent Dumestre et le Poème Harmonique ont enregistré ce nouveau CD. Ces Te Deum - "Dieu, nous te louons"- étaient à l'origine conçus pour célébrer de grands événements. Et celui de Charpentier retenu ici - H 146- puisqu'il en existe un autre, ne déroge pas à la règle, puisqu'il fût composé en 1692 pour marquer une victoire des armées du Roi. En revanche, celui de Lully le fût en 1677 pour louer non une naissance royale mais celle du fils du compositeur, dont le Roi fût le parrain.

 

anges2C'est avec le plus célèbre aujourd'hui des deux Te Deum de Charpentier, celui dont les premières mesures ont été utilisées pendant plusieurs années par l'Eurovision, que s'ouvre ce CD. C'est peut - être parce que Vincent Dumestre a le courage avec ses musiciens de prendre des risques en utilisant des trompettes à l'embouchure ancienne, que dès les premières mesures, on oublie cet apport du XXe siècle à la redécouverte du plus italien des compositeurs français. Brillantes et triomphantes, elles résonnent avec ferveur et sont tout comme les timbales d'une réelle magnificence, à l'image de ce qui suit.

La fluidité et la souplesse de la direction de Vincent Dumestre, semble répondre à la demande du roi vieillissant qui ne voulait être entouré que d'images de la jeunesse. Il redonne à ces deux Te Deum leurs caractère dansants, aux contrastes et couleurs flamboyants. La lumière qui émane des musiques de ces deux grands maîtres y miroite de mille feux intenses et sensuels. A leur instrumentation fastueuse, répond une exubérance vocale, qui trouve dans les solistes du Poème Harmonique et dans le chœur - la Capella Cracoviensis- des interprètes accomplis. L'engagement plein de fraîcheur et de passion du chœur venant tout droit de Pologne est un vrai bonheur tant ils font merveille dans ce genre bien français du Grand Motet.
Les timbres des solistes sont parfaitement appariés et permettent en particulier des duos quasi extatiques comme dans le Dignare Domine que ce soit chez Charpentier ou Lully. Le jeune haute-contre Reinoud van Mechelen et la basse Benoît Arnould s'autorisent dans celui de Lully des inflexions, des nuances d'une tendre noblesse et d'une véritable sensibilité à fleur de peau. Tandis qu'avec la soprano Amel Brahim-Djeloul au timbre fruité, le duo avec la basse, est un instant de pure poésie. Mais il ne faut surtout pas oublier les deux autres solistes, Aurore Bucher et Jeffrey Thompson qui participe, tout aussi bien par leur déclamation que par leurs qualités vocales, à la réussite de ce superbe travail de troupe.

 

Cette version tout à la fois dramatique et ardente de ces deux Te Deum trouvera tout naturellement sa place dans votre cœur. Une prise de son ample et généreuse, qui met en valeur les voix et un livret où le texte clair et passionnant, d'Alexandre Maral, conservateur en chef du Château de Versailles et grand spécialiste de la Chapelle Royale, ainsi que les notes d'intentions de Vincent Dumestre, vous permettront de savourer cette musique dont la clarté illuminera les journées les plus grises.

 

Par Monique Parmentier

1 CD Alpha -  Marc - Antoine Charpentier (1643-1704) Te Deum H 146 et Jean - Baptiste Lully (1632-1687), Te Deum LWV 55. Amel Brahm-Djelloul, Aurore Bucher, Reinoud Van Mechelen, Jeffrey Thompson, Benoît Arnould.Le Poème Harmonique & Capella Cracoviensis. Direction, Vincent Dumestre - Durée : 55'34'. Enregistré à la Chapelle Royale à Versailles le 24 mars 2013 - Textes livret : Français - Anglais - Allemand - Rer : Alpha 952 - Code barre : 3 760014 199523

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 17:30

cd_ecl_1301.jpgAttaingnant, Auprès de vous, Pierre Gallon L'Encelade

Nous devons l'une des plus jolies surprises de ce début d'année, à un jeune label spécialisé dans la musique baroque, et tout particulièrement dans la musique pour clavier, l'Encelade. Leur démarche pour le moins audacieuse en ces temps de crise, leur permet d'offrir aux artistes la liberté d'aller chercher dans les bibliothèques, des petites merveilles qui ne demandent qu'à vous apporter tout à la fois du plaisir et l'harmonie d'instants volés à la modernité.

Alors que la Renaissance n'a jamais été autant fêtée dans différentes expositions parisiennes et internationales, y compris sa musique, le claviciniste et organiste Pierre Gallon, nous offre ici de découvrir non pas un compositeur, mais des œuvres éditées par l'imprimeur du Roi français le plus fastueux de cette période, François Ier. Cet imprimeur avait pour nom Pierre Attaingnant. Si l'on sait peu de choses du personnages, il tint en revanche une place essentielle dans l'origine de l'édition et de la diffusion musicale en France et en Europe. Il entretenait des rapports étroits avec les musiciens de la cour comme Sermisy et sa production imprimée tend à démontrer combien l'activité musicale devait être importante à cette époque. Clément Janequin ou Pierre Sandrin figuraient également parmi les compositeurs dont il contribua à faire connaître le travail, tout comme celui de musiciens qui n'étaient pas rattachés à la cour, mais à des églises parisiennes, comme Notre Dame ou la Sainte Chapelle. 

 

bibliothequeversailles.jpgDe la chanson française qui en France durant la Renaissance occupait une place de premier plan, aux motets et à la transcription de chansons et danses pour instruments, son atelier est d'une telle importance, que sans lui bien des œuvres de cette période cruciale dans l'histoire de la musique auraient aujourd'hui disparu. Si certains noms des compositeurs des pièces éditées nous sont parvenus, beaucoup sont anonymes.

Des CD consacrés particulièrement à la chanson existe déjà. Doulce Mémoire a contribué à leur redécouverte. Il existe également des pièces pour luth enregistrées par Hopkinson Smith. Ici, ce sont donc un certain nombre de pièces pour clavier que Pierre Gallon nous invite à découvrir. Il les replace dans le contexte de l'urgence de la Réforme qui pousse les églises catholiques à construire des orgues, afin de contrer autant que faire se peut, le développement du protestantisme.

Aux pièces d'origine religieuse, il mêle des chansons (dont il nous livre les textes dans le livret) et des danses. Seul pour l'essentiel, il est toutefois accompagné par deux autres musiciens, nous donnant ainsi parfois le sentiment de retrouver la ferveur ou la joie de ces petits comités de musiciens, souvent des particuliers, qui se réunissaient pour partager ces instants sacrés où la musique cessant d'être divine devient humaine.

Un charme incomparable opère dès le Prélude. Le choix des instruments, virginal et luth au pouvoir évocateur si féerique ou claviorganum si fascinant dans ce chant des deux mains, -droite pour le clavecin et gauche pour l'orgue-, est une invitation à s'éloigner, à se ressourcer loin de l'agitation et de la brutalité de l'actualité. Pierre Gallon nous invite dans des ailleurs aux pavanes mélancoliques et aux gaillardes énergiques. Les perles cristallines du virginal, la ductilité des instrumentistes (Pierre Gallon et Freddy Eicheberger), créent un climat serein, joyeux ou d'une douceur empreinte de nostalgie. A la lueur du feu ou des bougies, nos esprits s'échappent le temps d'une chanson. La poésie du luth de Thomas Dunford, redonne aux étoiles et au silence, ce sentiment intime d'un refuge musical. L'acoustique chaleureuse de la Bibliothèque de Versailles participe à l'étrange sentiment de bien être que nous offre ici les musiciens. Une lumineuse légèreté, semble émaner de chaque pièce réunie ici.

Le livret et le soin apporté à la pochette, rendent hommage avec clarté et intelligence à "l'imprimeur et libraire du roi en musique", de ce roi qui fût considéré en son temps comme le Restaurateur des Arts et des Lettres.

1 CD L'Encelade - Pierre Gallon, claviorganum & virginal. Freddy Eichelberger, claviorganum & virginal (pistes 13, 17,26) et Thomas Dunford, luth (pistes 7,8, 27). Enregistré les 6 et 10 mai 2013 dans la Galerie des Affaires Etrangères de la Bibliothèque de Versailles. Durée : 65'54''. Livret Français/Anglais. Réf : ECL 1301. Code barre: 3 760061 15667


Droits photographiques : Bibliothèque de Versailles © DR

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 14:51

orient_occident_2.jpgOrient-Occident II : hommage à la Syrie

Jordi Savall - Hespérion XXI

Alia Vox

C'est avec un nouvel album d'Alia Vox, le tome II d'Orient-Occident que je peux et souhaite terminer 2013.

L'année dernière à la même époque ou presque, Jordi Savall nous offrait le livre/CD Pro Pacem. Rien n'a changé depuis, malgré ce magnifique plaidoyer pour la paix et le dialogue inter-culturel. Aujourd'hui et depuis plusieurs mois, des massacres sont perpétrés en Syrie, sans que l'Occident ne puisse trouver de réponse à l'appel au-secours du peuple syrien, ni d'ailleurs à celui de tous ceux qui nous proviennent des quatre coins de la planète, partout où les droits les plus fondamentaux des êtres humains sont violés.

waedbouhassoun02.jpgCe nouveau CD est l'occasion de nourrir encore et toujours cet appel à la raison et au partage, à la compréhension et à l'ouverture qui parcourt la vie du maestro catalan. Il nous permet de découvrir, un peuple par sa musique et sa poésie, par sa culture qui est la source de celle de l'Occident. Jordi Savall, artiste pour la paix de l'Unesco reprend son bâton de "pèlerin", pour rassembler autour de lui, dans un même objectif, celui de donner la parole à un peuple qui souffre, des artistes de toutes les origines du pourtour méditerranéen. Parmi eux, une chanteuse et musicienne syrienne qui nous a profondément marqué l'été dernier à Fondfroide : Waed Bouhassoun. Sa voix mystérieuse, aux accents sombres, doloristes et mélancoliques, nous avait bouleversé par son interprétation d'un chant syrien issu du désert et de la souffrance : Qalaq (Angoisse). Cet air figure aujourd'hui dans ce CD, comme d'autres poèmes syriens mis en musique, dont les volutes expriment tout à la fois toutes les émotions humaines, communes à tous les peuples et qui devraient nous rassembler : amour, joie, chagrins. Tout ici, nous ramène au cœur de ce qui fait la civilisation.

jordi savallDans le superbe livret qui accompagne ce nouveau CD, Jordi Savall nous offre à méditer cette citation de Milan Kundera issu de son Livre du rire et de l'oubli : "L'assassinat d'Allende éclipsa rapidement le souvenir de l'invasion russe de la Bohême, la tuerie sanglante du Bangladesh fit oublier Allende, la guerre du désert du Sinaï fit taire les pleurs du Bangladesh, la tuerie du Cambodge fit négliger le Sinaï, et cetera et cetera, jusqu'à l'oubli complet de tout par tous".

Les différents textes du livret enrichissent notre rapport à la musique, en nous rappelant certains des grands enjeux géo-politiques et humains, ainsi que les informations liées à cette guerre. Cela s'avère d'autant plus indispensable, que bien souvent nous sommes passés à côté, la tête enfouie dans nos soucis quotidiens et notre terreur viscérale de voir tôt ou tard ce conflit, comme d'autres avant lui, déborder sur l'Europe en paix.

Pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes et il y a urgence à ouvrir les yeux : "Aujourd'hui plus de 100 000 personnes sont mortes dans ce conflit, d'après le Secrétaire Général des Nations Unies, plus de 6 millions d'enfants sont affectés par d'immenses souffrances, 3,1 millions de jeunes touchés par le confit, quatre millions de personnes déplacées dans le pays et deux millions de réfugiés dans les pays voisins". Aussi terrifiant que soient ces chiffres, aussi nécessaire que soit l'indignation qu'ils ne peuvent que provoquer, rien pour l'instant ne semblent engendrer de réponses adéquates. Que faire ? Seul le peuple syrien peut guider l'Occident vers la solution à son désespoir. Encore faut-il l'entendre pour le comprendre. En attirant l'attention sur la beauté de l'univers syrien, Jordi Savall tente de favoriser une écoute et un dialogue.

39_Bayad.jpgLe répertoire retenue pour composer ce programme est d'un équilibre subtil, d'une noblesse altière et d'une splendeur bouleversante. Il est fait de musiques issues des cultures si proches et pourtant si lointaines du pourtour méditerranéen. Danses, prières, chansons, nous transmettent la perception de cet univers étrange et fascinant, où une poésie élégiaque et des douleurs absolues se côtoient. Les émotions s'y expriment avec pudeur et une sensibilité à fleur de peau.

Aux côtés de Jordi Savall, on trouve non seulement Waed Bouhassoun qui s'accompagne à l'Oud, mais également Moslem Rahal un flûtiste syrien (ney) virtuose et d'autres chanteurs et musiciens dont les instruments sont tous d'origines méditerranéennes et/ou orientales. Le Maroc, l'Italie, Israël, le Liban, la Turquie se trouvent ainsi rassemblés pour partager les plus belles valeurs qui soient. Un étrange envoûtement s'empare de nous en les écoutant. Cette musique nous ramène sur le bord de l'Euphrate, dans ces villes ensorcelantes toujours vivantes ou disparues - Damas, Bagdad, Alep... Mari, Babylone - là où sont nos origines.

po_etendart_ur.jpgCar c'est sur les rives de ce fleuve qu'est né l'agriculture,- ce dont témoignent les graines fossilisés du blé que les archéologues y ont retrouvés-, mais également l'écriture, l'alphabet et les premières bibliothèques. Dans ce pays vécurent les plus grands poètes arabo-islamiques. C'est en Syrie que sont nés les Mille et une nuits. 

L'éloquence des chanteurs fait renaître des jardins aux senteurs captivantes. Tous nous subjuguent par la pudeur et la distinction raffinée de leur engagement et de leur phrasé. Jamais l'angoisse n'a semblé aussi ténébreuse ni la pluie aussi sensuelle. Le timbre troublant de Waed Bouhassoun nous emporte dans ces univers sombres et mystérieux, où les vents du désert font miroiter les illusions, tandis que celui du chanteur Israélien Lior Elmaleh nous séduit par sa beauté apaisante et secrète. Le timbre lumineux de Oumeima Khalil est quand à lui une eau bienfaisante, quant à la voix rauque d'Haman Khairy, elle fait résonner comme un appel à la prière le désir de paix, confronté à l'amertume des amours trahis. Seul, en duo ou en trio, voici donc quatres artistes remarquables, dont la noblesse du chant est à l'image des enchantements et de l'âpreté de cet Orient. Elle évoque la soie et les parfums de ses souks animés, ces voyageurs venus de tous les coins de l'horizon qui se croisent sur des chemins de sable, rêvant d'un ailleurs où se partagerait l'ivresse de l'harmonie.

Driselmaloumi.jpgLes musiciens sont bien plus que de simples accompagnants, offrant une ligne de chant créative et captivante aux chanteurs. Jordi Savall nous offre ici une palette sonore chatoyante. La magie et l'intense vibration des couleurs d'Hespérion XXI, sont la chair et le sang des émotions. Le Ney et les flûtes de Moslem Rahal et Pierre Hamon se font ductiles et ensorcelantes. A l'Oud, Driss el Maloumi fait résonner dans des improvisations virtuoses, les eaux cristallines des oasis et la caresse du soleil du soir. La suavité de cet instrument intime est un appel à la méditation et à la rêverie que le musicien marocain partage avec Yair Dalal et Waed Bouhassoun. La limpidité céleste du santur et du qanum, est comme un voile diapré aux mille et un reflets. Tandis qu'aux percussions Pedro Estevan et Erez Shmuel Mounk nous font entendre le "battement vital" des âmes en dérive.

La direction généreuse et charismatique de Jordi Savall et son interprétation fine, irradiante, dramatique de la vièle et du rebab, dont il nous fait découvrir les trésors d'expressivité, nous invite au cœur d'un ailleurs, où enfin l'Harmonie et la paix régneraient. Cet ailleurs, a bien souvent eu pour nom chez des femmes et des hommes de culture : la Syrie.
 

Photo-iphone-529.JPG"Toute personne civilisée dans le monde à deux patries : son pays d'origine et la Syrie" André Parrot (1901-1980). "J'aime ce doux pays fertile et ses gens simples qui savent rire et profiter de la vie, qui sont indolents et joyeux, qui ont de la dignité, de la courtoisie, un grand sens de l'humour et pour qui la mort n'est pas si terrible". Agatha Christie

Comment conclure, si ce n'est en vous invitant grâce à ce CD, à renouer avec vos racines et surtout à ne pas renoncer à demander, à exiger la fin de tout compromis avec ceux qui détruisent, massacres chaque jour des enfants, des femmes et des hommes. Leur seul crime est de demander une seule et essentielle chose, vivre libre et en paix. Jamais aucun CD n'aura autant exprimé le désarroi de tous ceux qui souffrent, qui ne veulent pas tuer, ni dominer, ni même s'enrichir de quelques pièces d'or et qui ne savent pas et ne veulent pas se servir des bombes et des fusils pour vivre. Jordi Savall donne avec courage voix à l'humanité souffrante. Aux pieds des oliviers, sur les rives de la Méditerranée si bleue, les bergers et les musiciens, se retrouvent ici pour nous conter l'extraordinaire beauté du monde. Merci Maestro. 

Par Monique Parmentier

1 CD Alia Vox - Orient - Occident II, Hommage à la Syrie.  Direction, vièle & rebab, Jordi Savall. Hespérion XXI -. Chant et oud, Waed Bouhassoun. Chant, Lior Elmaleh. Chant, riq & sonaja, Hamam Khairy. Chant, Oumeinma Khalil. Durée : 78'23'' - Enregistré à la Collégiale de Cardona (Catalogne) le 18 février et les 6, 8 et 9 mai 2013 par Manuel Mohino - Référence : ALIA VOX AVSA9000 - Code barre : 7 619986 39003

Droits photographiques : Waed Bouhassoun - Jordi Savall et Driss el Maloumi © DR - Musiciens - el "Histoire de Bayâd et Riyad", Espagne ou Maroc - XIIIème siècle © BA Vatican  - La Méditerranée © Monique Parmentier

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 17:05

 

renaissance.jpgL'Europe musicale de la Renaissance Ricercar - Jérôme Lejeune

 

Voici donc mon cadeau de Noël à mes lecteurs, ma chronique d'un Livre/CD sorti chez Ricercar cet automne, consacré à une période que j'affectionne tout particulièrement.

Aujourd'hui lorsqu'on évoque la Renaissance, c'est à la peinture ou à la sculpture que l'on songe. Nous donner à entendre sa musique, c'est un peu redonner vie à un univers devenu muet, presque figé dans sa beauté plastique. 

La Renaissance occupe une place essentielle dans l'histoire de la musique, malheureusement bien trop méconnue. Elle va offrir à la période moderne ses genres, sa notation et sa place au cœur de la société. 

Cet automne aura donné l'occasion de retrouver tout à la foi la peinture, la sculpture et la musique de la Renaissance.   

Plusieurs expositions ont permis à un public nombreux, d'appréhender le monde tel que le voyait les femmes et les hommes à cette époque. On a souvent du mal aujourd'hui à se replacer dans ce contexte intellectuel que les découvertes des Amériques et de l'imprimerie vont fondamentalement bouleverser. Il est difficile d'imaginer, un monde où sont encore absents les livres qui ont, depuis le XVIe siècle, contribué à façonner notre manière de le penser.

 

les-noces-de-cana-dc3a9tail-musiciens-copie-2.jpgAvec le "Printemps de la Renaisance" au Louvre, c'est le passage du Moyen-Âge à la Renaissance, avec des œuvres de tout premier ordre, qui a été évoqué. Quant à celle du Musée du Luxembourg consacrée à "la Renaissance et le rêve", loin des platitudes écrasantes de la psychanalyse, elle nous a livrée une autre manière de rêver, d'idéaliser, de craindre aussi l'inconnu. Un inconnu d'autant plus importants que les sciences modernes plus que balbutiantes, n'ont alors pas encore révélées l'existence de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. La moindre découverte, ou remise en cause des écrits bibliques, pouvait à cette époque, vous envoyer au bûcher. D'autres expositions plus discrètes, mais tout aussi passionnantes ont complété ce nouvel intérêt pour la Renaissance.

Mais il manquait un art essentiel, jamais évoqué dans toutes ces grandes expositions. Un art éphémère qui ne nous a laissé que des traces fragiles, qu'il faut bien souvent reconstituer. C'est ce à quoi, ce nouvel album édité chez Ricercar et une exposition au Musée d'Ecouen - "Un Air de Renaissance"-, tentent de palier avec rigueur et passion. Si l'exposition se termine le 6 janvier, le catalogue qui nous en reste est à lire absolument.
 

BD_affiche_AirRenaissance.jpgLe livre CD chez Ricercar vient donner des pistes d'écoute, afin de mieux faire connaître les grands compositeurs et courants de la musique Renaissance. Il est d'autant plus important d'attirer votre attention sur ce magnifique album, que l'on peut à juste titre considérer quelle est aujourd'hui un des parents pauvres de la musique ancienne. 

Qui mieux que Jérôme Lejeune pouvait se livrer à un tel exercice ? Il nous livre ici en une série de 8 CD, un aperçu très bien fait, permettant à tous ceux qui ne connaissent pas ou peu cette musique de l'entendre sans a priori. Ce livre CD ne peut qu'aiguiser votre curiosité et vous donner envie d'en savoir plus. S'appuyant tout à la fois sur son catalogue aux références loin d'être négligeables et sur un partenariat  avec d'autres labels, il  dispose ici d'une palette importante du répertoire Renaissance tout en l'accompagnant d'un livret à l'approche agréablement érudite. Quelques pièces ont été tout spécialement enregistrées pour l'occasion par Vox Luminis.

Si l'on peut regretter l'absence de jalons chronologiques qui permettraient de resituer dans l'histoire les extraits musicaux qui vous sont proposés et peut - être une part un peu trop large donnée au passage de la Renaissance au baroque dans certains genres, ce livre CD nous montre l'évolution de la musique sur l'ensemble des territoires européens.  

Dans une période d'une très grande instabilité politique et de grandes réformes religieuses, où la violence est partout, la musique accompagne la vie et la mort de tout un chacun. Si elle se développe en Italie, c'est bien en Flandres qu'elle voit le jour. Ses compositeurs venus du Nord trouvent auprès des cours italiennes un écho à leurs recherches et un public à l'écoute de la nouveauté. Partout ailleurs en Europe, ces musiciens flamands qui voyagent, de l'Allemagne à l'Angleterre en passant par l'Espagne et la France, vont susciter des vocations.  

L'artiste à l'image de Donatello affirme sa place dans la société et des compositeurs de renom vont laisser une trace primordiale dans l'histoire de la musique.  Il en est ainsi de Josquin des Prés et Roland de Lassus, auxquels cet album consacre une large part.

 

francesco.jpgTout comme les autres formes d'art et particulièrement la sculpture, la musique, redécouvre l'antique, pour mieux l'imaginer. Elle va ainsi inventer de nouvelles formes. Elle va ouvrir un dialogue avec la poésie, et créer le madrigalisme qui tout au long du XVIe siècle va s'épanouir, jusqu'à donner naissance à l'opéra. Elle voit  naître et se développer une pratique musicale au sein des familles aisées, nobles et bourgeoises. Elle le doit à l'édition musicale, qui voit le jour à Venise au début du XVIe siècle. Elle peut se déployer, voyager et  entrer dans les foyers. Les instruments évoluent également et s'enrichissent en raison même de cette pratique musicale élargie.

On remarquera, l'absence de certains compositeurs en particulier pour le luth, tel Francesco da Milano Il Divino. Lorsqu'on sait combien cet instrument est familier à la Renaissance, on aurait aimer lui voir consacré plus d'extraits musicaux. La musique d'Il Divino n'est-elle pas celle de Raphaël ?

Nous espérons que ce CD et cette exposition à Ecouen, donneront l'idée aux organisateurs des grandes expositions, de faire dialoguer les arts dans leur ensemble afin que le public puisse entendre cette musique qui a accompagné tous les artistes de la Renaissance à travers l'Europe.

Ce livre CD est une très belle invitation à découvrir les grandes notions de base de l'Europe musicale du XVIe siècle. Par l'intelligence de sa démarche, vous n'aurez plus qu'une envie parfaire vos connaissances de cet univers sonore à l'âme généreuse, curieuse, brillante et si humaine.
 

Par Monique Parmentier

8 CD Ricercar - Durée totale : 10h35 - Livret : français/anglais - Réf : RIC106 - Code barre : 5 400439 001060

 

Ensembles : Ay Luna - Cantus Cölln - Capilla Flamenca - Capella Amsterdam - Capella Mediterranea - Capella Prratensis - Choeur de chambre de Namur - Clematis - Clollegium vocale Gent - Ensemble Daedalus - Deller consort - Doulce Mémoire - Ensemble Céladon - Ensemble Clément Jannequin - Ensemble Leones - Ensemble Mare Nostrum - Ensemble vocal européen de la Chapelle Royale - Flanders recorder Quartet - Huelgas Ensemble - La Caccia - La Colombina - la Fenice - La Morra - Le Concert Spirituel - Le miroir de musique - Ludus modalis - Mezzaluna - odhecaton - Ricercar Consort- Romanesque - Syntgama amici - Che Choir of Magdalen college - Vox Luminis

Solistes : Leon Berben - Pascale Boquet - James Bowman - Paulin Bündgen - Delphine Collot, Clara Coutouly - Imke David - Alfred Deller - Hannelore Devaere - Vincent Dumestre - Thomas Dunford - Jean Ferrard - Bernard Foccroule - Susan Hamilton - Siere Henstra - Rolf Lislevand - Wim Maeseele - Philippe  Malfeyt - Frédéric Martin  - Carles Mas - Guy Penson - Christina Pluhar - Liuwe Tamminga - Jean Tubéry - Jan van Outryve - Sergio Vartolo - Joris Verdin


Droits photographiques :Les Noces de Cana de Véronèse © Le Louvre ; Portrait d'un luthiste (peut-être Francesco da Milano © DR ; Affiche de l'exposition "Un air de Renaissance" © Musée d'Ecouen

Repost 0
Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

Présentation

  • : Le blog de Susanna Huygens
  • Le blog de Susanna Huygens
  • : Je ne prétends pas ici faire travail de musicologie je souhaite juste tout au plus vous faire partager ma joie à l'écoute de ces musiques dont j'aime vous entretenir, mais aussi de l'art et de l'esprit baroque. J'espère tout comme Puck à la fin du Songe d'une Nuit d'été pouvoir compter sur votre indulgence et vos remarques car "Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé), que vous n'avez fait qu'un somme, ...
  • Contact

Recherche