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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 10:36
@ Alia vox

J’ai longtemps écouté ce nouveau CD sorti en mai 2017, de Jordi Savall. Eblouie par sa beauté et l’harmonie qui en émane, il m’a fallu du temps pour que les mots qui vous en parleraient le mieux me viennent. Et puis, comme une évidence, les tableaux de Botticelli, se sont imposés à mon esprit. Certains y verront certainement une incongruité. Henricus Isaac leur évoquant plus certainement une musique destinée aux Habsbourg pour lesquels il composa nombre de ses œuvres, mais avant cela, c’est chez Laurent de Médicis, à Florence qu’il débuta sa carrière. Et tout ici, dans les pièces retenues par le maestro Catalan, qui suit le fil de la vie du compositeur franco-flamand, nous évoque les couleurs et les lumières de la Cité qui vu naître en son sein la Renaissance et abrita les plus grands artistes, dont ce peintre si unique dont Henricus Isaac a certainement croisé et admiré les tableaux si délicats.

Jordi Savall nous revient donc au disque avec un tout nouveau programme qu’il consacre à un compositeur relativement méconnu du grand public mais qu’il a déjà rencontré tout au long de sa carrière dans des programmes thématiques comme Lucrèce Borgia, ou Carlos V (Charles Quint).

Henricus Isaac a été redécouvert par un compositeur contemporain, qui n’était alors qu’un jeune étudiant, Anton Webern. Durant les dernières décennies se sont surtout les ensembles de musique médiévale, qui nous en ont donné quelques enregistrements (Capilla Flamenca, Tallis Scholars, l’ensemble Gilles Binchois, …). L’on ne peut qu’être ravi que le maestro catalan, ai décidé de graver un programme qui sous une apparence chronologique, nous raconte et nous fait entendre plus qu’une œuvre musicale, ou une vie de compositeur des princes, un destin et son époque en quête d’harmonie. Jamais l’art n’aura en une époque rassemblé autant de talents autour des souverains qui voyaient dans l’art la plus belle des gloires. De Laurent de Médicis à Maximilien 1er qu’Henricus Isaac a servi, ou de Charles Quint à François Ier, tous ont rassemblé autour d’eux des artistes, des penseurs, des humanistes dont les noms scintillent comme autant d’étoiles au firmament. De Botticelli à Josquin des Près, de Pic de la Mirandole à Politien, de Du Bellay à Pierre de la Rue, - et que d’autres noms il faudrait citer-, musique, poésie, peinture, sculpture, parcourent l’Europe et ses cours fastueuses.

C’est donc bien la luxuriance des polyphonies et la tendresse de ces premières chansons, prémices de la rencontre des textes et de la musique, qui ici se donnent à entendre. Ce compositeur qui passe pour avoir eu un caractère paisible et aimable, connu la gloire de son vivant et au-moins un de ces lied, qui est à la convergence des styles et des époques, Innsbruck, ich muss dich lassen, a traversé les siècles, devenant alors qu’inspiré d’un répertoire populaire, un motet protestant et qui fut adapté par J.S. Bach.

@ Galerie des Offices Florence

Et c’est sur cette pièce que l’on entend dans sa version originale puis dans cette adaptation en motet, avec à chaque fois, le texte correspondant qui devient la clé, de ce charme fascinant qui agit à l’écoute de ce CD. Dans la version originale l’introduction et l’accompagnement au luth, reprise aux violes et voix de dessus, nous donne à vivre un instant de pure poésie, d’une déroutante et fascinante délicatesse. Il nous semble voir virevolter les voiles des muses du Printemps ou la chevelure de Vénus, et miroiter les couleurs si tendres et délicates de cet artiste si merveilleux. Dans la version plus tardive, en motet d’Innsbruck, ich muss dich lassen, qui désormais s’intitule O Welt, ich muss dich lassen, c’est un chant glorieux et flambloyant, qui s’élève, dans lequel les musiciens d’Hesperion XXI et les chanteurs de la Capella Reial de Catalunya resplendissent de couleurs et de nuances.

Jordi Savall, entouré d’un bel effectif tant instrumental que choral, nous livre ici une vision sonore tout à la fois poétique et magnifique de cette Renaissance partagée entre guerres permanentes et quête de la beauté de l’esprit et du corps. Le résultat est tout à la fois fastueux et généreux, grave et sensible. Les couleurs qui émanent des motets et chansons retenus par Jordi Savall donnent à l’ensemble de cet enregistrement un équilibre subtil et captivant.

La prise de son est équilibrée, d’une belle clarté, chaleureuse et limpide.

Le livret somptueusement illustré et documenté, fait partie des plaisirs que nous réserve à chaque fois, toute nouvelle édition d’Alia Vox. De Laurent le Magnifique à son petit-fils, Laurent, duc d’Urbino, dont le magnifique portrait peint par Raphaël illustre cet album, la musique d’Isaac a accompagné une époque et ses princes, en quête d’universalité. Jordi Savall, lui rend ici les couleurs d’une vie au service de la beauté plus que des rois. Redevenant à jamais intemporelle, elle est avant tout une musique des Cœur.

La Capella Reial de Catalunya
Solistes :
Soprano : Maria Ingeborg Dalheim
Mezzo-Soprano : Kristin Mulders
Contre-ténors : Pascal Bertin et David Sagastume
Ténors : Victor Sordo et David Hernández
Baryton : Marco Scavazza
Basse : Christian Imler

Ensemble :
Carmit Natan, soprano ; Maria Chiara Gallo, Mezzo-soprano ; Carlos Monteiro et Andrés Miravete, ténors ; Simón Millán, baryto
n ; Pieter Stas, basse.

Hespèrion XXI, Direction et viole de gambe soprano : Jordi Savall

1 CD Alia Vox. Durée 76’03. Livret : Français/Anglais/Castillan/Catalan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à la Collégiale de Cardona (Catalogne) du 23 décembre au 19 janvier 2017

 

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 15:07

Si depuis deux ans, je ne consacre que rarement ma plume à des CD, en partie par manque de temps, je vais ici évoquer un enregistrement, qui dès sa première écoute, m’aura transporté dans un univers onirique, où plus que la mélancolie, le plaisir et la délicate sensualité, auront su me séduire, me donnant envie de vous le recommander. Vous aurez je n’en doute pas, comme moi, du mal à le quitter.

 

Le programme proposé dans ce CD est d’autant plus passionnant que la période musicale qu’il nous propose de découvrir a rarement fait l’objet d’un enregistrement. La jeune claveciniste Caroline Huyhn van Xuan, nous offre un regard sensible et poétique sur des pièces pour clavecin toutes composées à l’issue de la longue période d’austérité du Commonwealth (république). Période durant laquelle la musique avait disparu de la vie publique anglaise, trouvant refuge dans la sphère privée.

 

Pour mieux rattraper le temps perdu, la musique se développe alors bien au-delà de la Chapelle Royale que restitue Charles II. Des théâtres aux tavernes, de salles de concert à des clubs, elle offre à un large public des répertoires variés et accueil des musiciens venant de toute l’Europe attirés par le dynamisme de cette ère nouvelle pour l’Angleterre.

 

Durant la période républicaine, elle a développé des formes plus simples, plus modestes, loin de l’écriture polyphonique de la période élisabéthaine. C’est durant la Restauration que sont publiés des œuvres pour clavecin. Leur popularité se maintiendra tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux recueils seront édités, répondant ainsi au goût d’un public cultivé et ayant reçu une excellente éducation musicale, souhaitant dans son intimité, s’offrir des moments de rêverie ou de convivialité. Certaines pièces ici proposées, dont celle qui donne son nom à cet album, Since in vain, furent plusieurs fois rééditées.

 

Caroline Huyhn van Xuan mêle ici des pièces réputées à de véritables petits joyaux que nous n’avions jamais eu l’occasion d’entendre. Et si certains des compositeurs sont largement connus du public contemporain tels Purcell ou Haendel, d’autres comme Jeremiah Clarke, John Weldon ou William Croft, se révèlent une belle découverte. Il y est d’ailleurs frappant de constater que certaines pièces marquantes de cet album, telles Since in Vain et Allmand, nous sont parvenus sans le nom de leur auteur.

 

L’interprétation de Caroline Huyhn van Xuan est d’une rare délicatesse. Dès la première pièce un Ground d’Anthony Young on est séduit. Chaque pièce entre ses doigts devient une perle baroque unique. L’articulation soignée semble donner à la musique la fluidité de l’eau. Le temps qui s’écoule en écoutant ce CD prend une densité lumineuse et chaleureuse. On est surpris par les couleurs qui émanent de l’instrument, un clavecin Zuckerman d’après Blanchet et Taskin, sous les doigts déliés de l’interprète. L’effet de Luth du Ground de William Richarson, crée un effet de surprise fascinant. Entre envoûtement et sortilèges, la jeune claveciniste maintient notre plaisir par un jeu tout en nuances et en expressivité. Aérien et clair, il donne vie à ses salons où le temps semble hésiter entre s’arrêter pour mieux se savourer et fuir toujours plus vite. L’éphémère y devient éternel. La conclusion Ground on Moon over Bourbon Street, arrangement d’une chanson de Sting, joue sur ce sentiment d’éternité.

 

L’aria Here the Deities approve d’Henry Purcell, chanté par le contre-ténor Paulïn Bungden est un enchantement vocal, un pur délice, nous rappelant combien cet artiste au timbre unique, mélancolique et sensuel est fait pour ce répertoire.

A l’instant de conclure cette chronique, les mots qui nous viennent à l’esprit, sont « charme » et « plaisir ». Alors ne bouder ni l’un ni l’autre, Caroline Huynh Van Xuan est une claveciniste au jeu tout aussi unique et rare que le timbre du contre-ténor Paulin Büngden qui a accepté de redonner vie à ses côtés à une musique dont la beauté transmet une émotion fugace et légère, sensible et raffinée, subtile et tendre. Notons l’excellente prise de son, qui crée un sentiment de proximité avec l’interprète, nous rappelant combien cette musique est celle de l’intimité.

 

Clavecin : Caroline Huynh Van Xuan

Contre-ténor : Paulin Büngden

 

1 CD Muso. Durée 67’53. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé dans la Chapelle de Sainte-Marie à Lyon les 11 et 12 juillet

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 14:29

La nouvelle fresque musicale que nous offre au CD/DVD Jordi Savall a été créée en 2015 au Festival de Saint-Denis et a été le programme phare de la 10ème édition du Festival Musique et Histoire, pour un dialogue interculturel de Fontfroide. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’a été réalisé l’enregistrement qui fait l’objet de cette nouvelle édition d’Alia Vox.

 

Nous avions pour ODB été sur place à cette occasion et l’émotion qui émane de ce programme est restée si vive que dès les premières secondes d’écoute, on se retrouve transporté bien plus loin que dans l’abbatiale, aux confins des horizons et du temps, au cœur d’une mémoire ensanglantée, fervente et éloquente, véritable ode à la vie.

 

L’esclavage est un véritable fléau qui a ensanglanté l’histoire de l’humanité depuis plusieurs siècles, mais qui a pris au cœur même du continent, où l’humanité à ses racines, un tournant particulièrement violent qui a arraché plusieurs générations des peuples d’Afrique, les condamnant à une vie de souffrances impitoyables. Ces femmes et ces hommes n’avaient aucun autre espoir d’échapper à l’oppression que la mort… Et pourtant tout au long, de ces siècles sans avenir, ils ont pour certains, par la musique opposé un acte de foi absolu en la vie.

 

Que ce soit ces peuples d’Afrique, mais également les amérindiens, tous ont exprimé par cette voie unique, une forme de résistance, qui leur a permis de maintenir vivante la conscience de leur origine, une âme par-delà cette négation même de leur humanité.

 

Le maestro Catalan a réuni autour de lui, pour rendre vivante et vibrante, cette évocation d’une des pires tragédies humaines, des musiciens d’horizons multiples, tant d’Europe, que d’Afrique et d’Amérique du sud. Faisant appel à des répertoires d’une diversité multiculturelle, dont on ne peut que s’émerveiller de la beauté et de la spiritualité si radieuse. Villancicos dit de negros, de mestisos, … des negrillas, des gugurumbés y côtoient la parole des griots.

 

On oscille ici entre récit tragique et musique exubérante, nimbée d’un mysticisme onirique et instinctif. Le programme est avant tout un récit. Celui de la mise sous domination de l’Afrique et des Amériques, de la déportation des différents peuples soumis à l’esclavage, de leur souffrance et de leur lutte pour reconquérir leur liberté tandis que l’Europe blanche crée des textes de loi tous plus monstrueux les uns que les autres (comme nous le rappelle le texte d’Hans Sloane de 1661 ou le Code Louis XIV qui codifie les sanctions que doivent subir les esclaves qui se révoltent). Puis apparaît, progressivement comme semblant renaître de ses cendres et dont la musique seraient les braises, la lueur de la liberté.

 

Dans la tradition mandingue, la musique est avant tout un réceptacle de l’histoire et de la tradition, une messagère, un souffle qui apporte harmonie et amour, maintenant la paix.

 

Et la présence des artistes maliens au cœur de ce programme lui donne son équilibre et sa force vitale.

 

Comme un appel d’une profondeur insondable résonne d’abord une flûte amérindienne (Pierre Hamon, dont le talent tout au long du programme, fait surgir par le souffle des flûtes, le mystère, la mélancolie ou l’exaltation), puis le rythme lent d’une percussion qui semble murmurer la menace qui se profile. (Signalons au passage l’incroyable richesse des percussions dans ce programme, non seulement celles de Pedro Estevan qui accompagne Jordi Savall régulièrement, mais toutes celles de l’ensemble mexicain Tembembe Ensamble continuo, qui sont une ode à la créativité des peuples les plus démunis).

 

Le récit est confié au comédien français d’origine malienne, sociétaire de la Comédie Française, Bakary Sangaré. Il irradie de son interprétation bien plus qu’un talent de conteur, une émotion douloureuse et fervente, un cri et un chant. Sa voix mélodieuse porte à fleur de mots, la mémoire des larmes et du sang versé.

 

La voix de velours de Kassé Mady et sa gestuelle si gracieuse, accompagné par trois ensorcelantes choristes, fait renaître un monde subtil, poétique, mystique, parfois épique. Il façonne la parole, qui par son pouvoir bénéfique réconcilie et affranchit l’âme de toute douleur.

 

La luxuriance musicale, les couleurs vives des ensembles ici réunies, tant instrumentales que vocales, sont la quintessence même de cette pulsion de vie qui ne se résigne jamais, s’oppose sans arme mais avec conviction à cette Europe ténébreuse qui la nie. Dans la pièce, Bom de Briga, le chant âpre et incandescent de Maria Juliana Linhares, l’exubérance des flûtes et des percussions et du rythme évoquent avec puissance, un monde sensuel, spontané, mais dont semble sourdre une insondable mélancolie. Toutes les autres voix -que ce soit celles de la Capella Reial de Catalunya, de l’ensemble Tembembe, ou des solistes, la soprano Adriana Fernandez ou de la Basse Ivan Garcia ou celle des récitants ou du griot-, toutes viennent enrichir ce son unique, celui de la vie sous toutes ses formes, du vent aux larmes, du rire à l’amour.

 

On tombe sous le charme de 3MA. Dans Vero, le chant captivant des instruments à cordes pincées et des voix de Driss El Maloumi et de ses deux compagnons, Ballaké Sissoko et Rajery, est un instant d’apaisement, qui semble arrêter le temps. Leur virtuosité limpide et leur merveilleuse complicité donnent ses lettres de noblesse à l’improvisation.

 

La direction de Jordi Savall faite d’empathie et de rigueur, lui permet de donner à ce programme d’une extrême densité toute sa noblesse et son élégance, cette force vive qui l’anime de bout en bout.

 

La prise de son, met en valeur les différents plans sonores tandis que le DVD merveilleusement réalisé par Karl More Productions, sous la direction de Benjamin Bleton, nous permet de revivre, par sa captation agréable et équilibrée, l’émotion musicale dans toute son impétuosité et tout son lyrisme tout à la fois tragique et si joyeux.

 

Cette nouvelle fresque du maestro catalan est à mettre entre toutes les mains, afin que la mémoire de cette tragédie et cette capacité des êtres humains à surpasser sa douleur, nous portent vers de nouveaux horizons, aussi généreux que la musique qui nous est offerte ici.

 

Vous trouverez ici le teaser de l'album : https://www.youtube.com/watch?v=ujKJe6l2cvA

 

Pour prolonger cette écoute, n'hésitez pas à écouter l'interview de Jordi Savall  en compagnie du chercheur anthropologue franco-sénégalais Tidiane N'Diaye sur Public Sénat

 

Récitant : Bakary Sangaré

Chant griote : Kassé Mady Diabaté

Basse : Ivan Garcia

Voix : Maria Juliana Linhares

3MA : Driss El Maloum, oud. Ballaké Sissoko, Kora. Rahery, valiha.

Tembembe ensamble contino

La Capella Reial de Catalunya. Musiciens d’Hespérion XXI, Direction, rabec, rebab, vielle : Jordi Savall

 

2 CD et 1 DVD ALIA VOX Durée du CD1 60’17 et du CD2 : 67’08. Durée DVD : 2h08’30’’ Livret : Catalan/Français/Anglais/Castillan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à l’abbaye de Fontfroide, Narbonne, le 17 juillet 2015, en collaboration avec Karl More Productions. Producteur et réalisateur : Benjamin Bleton

 

Par Monique Parmentier

 

Crédit photographique : Hervé Pouyfourcat que je remercie de m'avoir autorisé à utiliser les superbes photos prisent lors du concert à l'abbaye de Fontfroide, dont certaines illustrent l'album d'Alia Vox. Merci pour toute reproduction de ces photos de lui demander son autorisation.

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 08:16

Vous trouverez sur ODB ma chronique du CD/DVD Llibre Vermell par Jordi Savall, également :

Llibre Vermell (ou Livre Vermeil) de Montserrat. Chants et danses en l’honneur de la Vierge noire du Monastère de Montserrat (XIVe siècle)

Sopranos : Maria Christina Kiehr, Elisabetta Tiso, Rocío de Frutos, Aina Martins
Mezzosopranos : Kadri Hunt, Viva Biancaluna Biffi
Contre-ténor : David Sagastume
Ténor : Lluis Vilamajó, Francesc Garrigosa, Marco Scavazza
Basse : Daniel Carnovich

Musiciens d’Hespérion XXI, Direction, rabec, rebab, vielle : Jordi Savall

1 CD et 1 DVD ALIA VOX Durée du CD 71’43. Durée DVD : 1h13’45’’ Livret : Catalan/Français/Anglais/Castillan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé en direct à Barcelone à Santa Maria del Pi le 25 novembre 2013 en collaboration avec Karl More Productions. Producteur et réalisateur : Benjamin Bleton


Jordi Savall nous avait déjà offert une version de référence du Livre Vermeil, à la fin des années 70. Plutôt que de la rééditer simplement, il en a enregistré une nouvelle version en concert à Barcelone en 2013, qu’il nous propose aujourd’hui chez Alia Vox, sa maison d’édition. C’est pour rendre hommage à celle qui illuminait cette version originale si précieuse, considérée par beaucoup comme une version de référence, qu’il a choisi de revenir à cet ouvrage, témoignage assez unique de la musique médiévale. Il perpétue par ces chants, dédiés à une mère, à une femme, la Vierge Marie, l’âme si radieuse de Montserrat Figueras que reflétait sa voix, son timbre de lumière. Cette nouvelle version, par ces choix interprétatifs, comme la première, mérite toute votre attention. Les émotions qui en émanent plus terrestres nous touchent, par cette humilité, cette quête d’apaisement et de partage, ce don d’amour qui transcende le chagrin, cet horizon dont la clarté invite à la contemplation et à la joie.

Le Livre Vermeil est un survivant de l’histoire et de la folie humaine. Il ne nous est parvenu qu’en partie, puisque sur 172 pages doubles in-Folio, seules 137 existent encore, soit 10 compositions, que l’on suppose avoir été au nombre de 12. Il a échappé de peu à l’incendie qui ravagea le monastère de Montserrat en 1811 durant les guerres napoléoniennes, mais aussi à l’éparpillement des feuillets dans les ventes aux enchères de manuscrits rares. Il est le témoin d’un art musical médiéval, dédié à la dévotion. Le chant grégorien issu de l’époque gothique y flamboie avec ferveur, tandis que l’Ars nova qui naît au XIVe siècle y exprime ses premiers tressaillements. Entre science des chiffres et musique populaire, la musique savante y chante et danse avec une ardeur empreinte d’une poésie naïve et sensible.

Montserrat est avec Saint Jacques de Compostelle, l’un des deux hauts lieux de pèlerinage en Espagne, au Moyen-âge. Afin de canaliser les pèlerins nombreux qui venaient y honorer une Vierge noire et qui restaient de longues heures, nuit et jour dans l’abbatiale, les moines eurent l’idée de composer des textes « chastes et pieux » pour accroître la piété de ces voyageurs de la foi. Ce qui rend si inestimable ce codex, ce sont également ces courtes « didascalies » qui nous précisent les intentions des auteurs de ces pièces : « les pèlerins veillant la nuit dans l’église… voulaient chanter et danser… ce qui n’était permis que pour des cantiques... Quelques œuvres ont été écrites à cette intention ». On bénéficie également de quelques témoignages de certains visiteurs d’époque plus tardives, ainsi désormais que des analyses récentes des musicologues sur les valeurs rythmiques et des indications chorégraphiques qui avaient échappé aux premières études, confirmant que les pèlerins dansaient dans l’église. Ainsi sur l’ensemble des pièces que contenait le livre, « cinq furent composées pour être dansées, dont quatre d’entre elles en rond en se tenant la main ». Les pièces destinées à être chantées le sont soit en latin, catalan ou occitan.

Son nom de Livre Vermeil (Llibre Vermell), qui semble en faire un bijou rappelant la calligraphie et les miniatures si délicates de l’époque gothique, ne lui a en fait été donné qu’au XIXe siècle par sa reliure. Dans le superbe livret qui accompagne ce nouvel enregistrement, le musicologue Josep Maria Gregori I Cifré, nous en dévoile toute la complexité et les « secrets ».

Si la musique du XIVe siècle peut à un auditeur du XXIe siècle paraître aride, en devenir, ce sont les musiciens qui peuvent nous y rendre sensibles par leurs choix interprétatifs, qui doivent concilier tout à la fois la rigueur musicologique et la recherche de sublimation, d’ivresse, d’abandon si propre à une écoute moderne.

Cette nouvelle version de Jordi Savall du Livre Vermeil rassemble toutes ces qualités. Elle est une fois de plus, une merveille tant par sa réalisation que par tout le travail de préparation que l’on ne peut que deviner mais qui s’efface de la réalité pour un simple auditeur. La beauté intemporelle du résultat final est tout simplement d’une générosité confondante. La palette des couleurs instrumentales, l’homogénéité vocale, non pas en quête de virtuosité pure mais d’un chemin de lumières chatoyantes, sont une magnifique offrande au public et à la mémoire de Montserrat Figueras.

L’orchestration nous offre une nouvelle écoute. Elle nous rappelle combien les voies qu’empruntaient les pèlerins, étaient multiples, venant de toute l’Europe. La proximité d’Al Andalus aurait pu favoriser ce dialogue et ces rencontres, si chères au maestro catalan. La présence de certains instruments, comme l’Oud, le Kanun ou le Duduk, contribue a apporter à ce nouvel enregistrement, une aura de mystère et une spiritualité universelle.

Des improvisations instrumentales viennent s’intercaler entre chaque pièce du livre, permettant à l’ensemble des instrumentistes de créer ce sentiment de plénitude, de gravité et de joie mêlées. Le souffle du duduk d’Haïg Sarikouyoumdjian semble surgir de la nuit comme une caresse apaisante, tandis que l’onde cristalline qui file en scintillant de milles reflets argentés du Kanun d’Hakan Güngör soulage les âmes égarées. La harpe d’Andrew Lawrence-King, l’oud de Yurdal Tokcan, le santur de Dimitri Psonis, les percussions de Pedro Estevan, l’ensemble des instruments à vents, dont la flûte de Sébastien Marcq ou la cornemuse de Christophe Tellart et cornets et autres trompettes et sacqueboutes des Sacqueboutiers toulousains (Jean-Pierre Canihac, Daniel Lassalle, Béatrice Delpierre) sont autant de couleurs qui resplendissent dans la nuit des cœurs et de l’église. La complicité entre musiciens est tellement radieuse qu’elle nous semble une évidence, faite d’empathie, de compassion, d’amitié, que vient confirmer le superbe DVD qui accompagne ce nouvel enregistrement. La direction de Jordi Savall d’un regard, d’un sourire, dans une économie de gestes, maintient l’harmonie qui règne sur le plateau.

De la distribution vocale où ne figure aucune véritable star du chant, l’on retiendra tout particulièrement Marie Cristina Kiehr, qui est pour les habitués des distributions de musique ancienne, la mieux connue. Travaillant régulièrement avec Jordi Savall, son timbre tout à la fois clair et opulent, sa diction soignée, sa noblesse de ton, apporte une note enchanteresse dans Polorum Regina ou Mariam matrem Virginen, auquel contribue l’ensemble des interprètes féminines, avec une humilité et un talent évocateur de ces nuits hors du temps qui rassemblaient des milliers d’hommes et de femmes autour d’une espérance commune.
Les pupitres masculins ténors (Lluis Vilamajó, Francesc Garrigosa, Marco Scavazza), contre-ténor (David Sagastume) et basse (Daniel Carnovich) bien connus des plateaux du maestro catalan, sont tout simplement magnifiques d’équilibre et de puissance. Ils sont les colonnes dont la force soutiennent voûtes en ogive et vitraux de cette cathédrale du chant.

L’excellente prise de son favorise la mise en espace et la profondeur du son, tandis que le DVD réalisé par Karl More Productions nous permet de mieux percevoir ces échanges et ce partage tant sur scènes que vers le public. Les images soignées, les très beaux cadrages nous permettent de vivre et ressentir toutes les sensations du concert, nous permettant de nous abandonner à l’émotion.

Monique Parmentier

 

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 07:52

Ma chronique du CD Le Temple et le Désir de Gabriel Garrido est également en ligne sur ODB.

Le Temple et le Désir – Domenico Mazzocchi (1592-1665)
Musique sacrée et profane

Soprani : Maria Christina Kiehr, Bárbara Kusa, Claire Lefilliâtre, Isabelle Fallot, Marie Théoleyre
Mezzo-Soprano : Rosa Domínguez
Contre-ténor : Maximiliano Baños
Ténor : Jaime Caicompai
Baryton : Furio Zanasi
Basses : Guillaume Olry, Marcello Vargeto

Choeurs et musiciens de l’Ensemble Elyma, Direction : Gabriel Garrido

1 CD K617 Chemins du baroque. Durée 1h13’05. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé en l’église Notre Dame de Malpas à Montfrin (Gard) du 27 juin au 2 juillet et les 14 et 15 septembre 2015.


Quel bonheur que de retrouver au disque Gabriel Garrido auquel nous devons tant de joyaux en musique ancienne. Et l’on ne peut que se réjouir d’autant plus, que ces retrouvailles se font avec un label, K617, dont le silence depuis plusieurs mois n’était pas sans nous inquiéter, tant son histoire a, non seulement, accompagné le maestro tout au long de sa carrière, mais a permis par son audace éditoriale la redécouverte de nombreuses perles baroques.

Ce nouvel enregistrement est d’autant plus une bonne nouvelle que Domenico Mazzocchi qui en fait l’objet, et dont on a célébré le 350e anniversaire de la mort en 2015, reste peu connu. Seul un de ses opéras, La Catena d’Adone, a fait l’objet d’un CD chez Alpha.

Ce nouveau CD du maestro argentin est une riche anthologie qui unit avec beaucoup de subtilités musique sacrée et profane. On y découvre toute la luxuriance et l’audace de la musique que l’on pouvait entendre à Rome dans la première moitié du XVIIe siècle. Alors que Francesco Cavalli commençait sa carrière à Venise, l’école romaine n’hésite pas, grâce à de riches mécènes à inventer, créer, explorer de nouvelles possibilités. Si la postérité a retenu le nom et les œuvres de Giacomo Carissimi, auquel on prête la paternité de l’oratorio, il partagerait cette dernière avec Domenico Mazzocchi, selon Cédric Constantino, le musicologue auteur des notes du livret de ce CD. Et si l’on ne conserve aucun oratorio à proprement parlé de Mazzocchi, les Dialogues ici enregistrés, tendent à démontrer une influence des deux compositeurs l’un sur l’autre.

L’écoute de ce CD, nous offre une perspective nouvelle sur cette Cité Eternelle, en quête de beauté.

Le Temple et le Désir, montrent à quel point la fusion des arts, en quête de l’expression des affeti, exprimant la passion baroque, a trouvé sa place dans la cité des papes.

Et l’on ne reste pas sans penser au Bernin, l’exact contemporain de Mazzocchi, en écoutant cette musique si singulière. Entre sensualité et spiritualité, la Contre-Réforme, y développe une rhétorique de la séduction, plus ensorcelante encore, pour mieux convertir. Offrant d’ailleurs ainsi, un moyen subtil aux artistes et à leur public de déjouer les interdits, de défier les censeurs, avec une rare malice, dont les sortilèges sont parfois si troublants.

Ce CD nous offre à entendre, la musicalité des œuvres du sculpteur, unissant dans l’extase musique et corps de marbre. Entre sacré et profane, ce dernier nous invite à entrer en résonance avec des œuvres telle que l’Extase de Sainte – Thérèse ou la course éperdue d’Apollon et de Daphné.

Domenico Mazzocchi possède une parfaite maîtrise du style moderno et s’il revendique l’influence de Monteverdi, il apparaît aussi comme un disciple de Carlo Gesualdo tant il se montre fidèle au madrigal polyphonique, se plaisant à utiliser un langage harmonique tout à la fois déroutant et éclatant.

Les affinités de Gabriel Garrido avec la musique italienne du XVIIe siècle, ne sont plus à démontrer, et ce n’est pas ce dernier CD qui le démentira. La réalisation en est tout simplement d’une beauté confondante.

Son univers sonore est d’une telle splendeur que dès la fin de la première écoute, on est captivé par ce sentiment de plénitude qui en sourde. Sa sensibilité artistique le conduit à créer une œuvre vivante, vibrante, mouvante, aux nuances d’une infinie diversité.

Tout ici est d’une grande délicatesse. Les instruments à cordes pincées d’une grande variété cisèlent des univers célestes voluptueux. L’ensemble Elyma, tant musiciens que le chœur, soulignent la force dramatique du désir sacré tout comme la légèreté, parfois pourtant si douloureuse de l’amour profane. Chaque dialogue sacré, bénéficie d’un soliste unique dont le timbre et les ornementations façonnent un univers rare et singulier, étrange et envoûtant.


Maria Christina Kiehr interprète merveilleusement le Dialogo della Cantica et Christo Smarrito, deux motets où s’exprime l’amour de la Vierge, d’une mère pour son fils. Son timbre lumineux et sa sensibilité à fleur de peau sont un enchantement.

Et si la rayonnante Bárbaru Kusa se joue avec une souplesse arachnéenne et une grâce irrésistible de S’io mi parto, o mio bel sole, si splendidement accompagné à la guitare baroque, le timbre si poétique de Claire Lefilliâtre dans le Dialogo della Maddalena, offre une vision et une interprétation entre exaltation, ivresse et ravissement contemplatif de ce dialogue si sensuel et tourmenté de l’amour mystique.

Isabelle Fallot et Rosa Dominguez aux timbres clairs et à la sensibilité si tendre et élégiaque, viennent confirmer l’harmonieux équilibre des solistes féminines qui se voient ici attribuer l’interprétation de l’essentiel des pièces solistes.

Toute la musicalité et l’élégance de Furio Zanasi s’expriment dans le sonnet Misura altri il girar.

Si la prise de son très équilibrée vient compléter notre bonheur, on ne peut que regretter d’autant plus l’absence des textes dans le livret qui pénalise une parfaite compréhension des textes chantés.

Gabriel Garrido en véritable sculpteur de la musique, fait chatoyer sous sa direction, l’éloquence des ombres et lumières romaines. Il réunit autour de lui une distribution idéale, pour mieux révéler l’âme de chaque madrigal. Il ébauche, dessine, entrelace fantasmagorie et tragédie, la transparence des larmes si baroques de la Maddalena et les éclats de rire si cristallins de Colombella, faisant chanter le murmure éternel des feuilles de marbres des nymphes antiques au cœur de la chrétienté.

Monique Parmentier

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 10:49

Pour leur nouveau CD, l’ensemble Hirundo Maris (L’hirondelle des mers) si bien nommé, nous invite à un voyage d’une beauté et d’une sensibilité à fleur de peau et d’esprit, véritable joyau, qui nous transporte aux confins de la conscience. Il viaggio d’Amore est un programme merveilleusement composé de pièces musicales et ou vocales, provenant du monde entier, dont la poésie évoque la complexité des sentiments amoureux.

L’infinie délicatesse de l’interprétation, les couleurs tant instrumentales que vocales, sont un pur plaisir, un enchantement de tous les instants.

Lorsque j’ai commencé à écrire ma chronique, ainsi sont venus les premiers mots, tout naturellement. Et puis, les doigts ont cessé la quête des mots, pour suivre les musiciens dans un univers où l’on se blottit, au cœur du mot Amore, touché par une flèche invisible. Dès lors, sans jamais se lasser, nous n’avons cessé d’écouter et réécouter, emportés par un infini bonheur, doublé d’un étrange sentiment, si captivant, qu’il en est venu à effacer toute réalité.

Arianna Savall et son compagnon Petter Udland Johansen se sont entourés de musiciens, venus de tous les horizons, et d’une équipe de techniciens du label Carpe Diem, qui porte si bien son nom, pour nous ouvrir les portes enchantées du songe. Et si parfois l’amour peut y blesser, il nous permet aussi de transgresser peurs et souffrances, par sa sensualité ensorcelante. La diversité des poèmes, -et des langues dans lesquelles ils furent écrits-, et des histoires qu’ils nous content, leur offre un charme unique. De l’amour qui se vit dans l’allégresse, au drame des amours interdits, l’âme s’y abandonne, s’y donne, s’y libère, semble courir de plus en plus vite pour échapper à la douleur et revenir danser.

Leur mise en musique les a parfois inscrits à jamais au répertoire de la musique savante, tel Si dolce è il tormento de Monteverdi ou le lied Heidenröslein que l’on doit à Goethe et Schubert. D’autres mélodies sont issues de répertoires plus populaires (tel Canarios ou Cancro Cru), elles virevoltent dans nos esprits tandis que Douce Mémoire et plus encore l’Adieu de Guillaume Apollinaire, dont la musique si pure et aimante, a été composée par Arianna Savall. L’essence de verre du sentiment d’amour y semble prête à se briser sur le chagrin, mais portée par les vents et la lumière qui en émane, sa poésie indicible, en un murmure finit par apaiser l’inquiétude de la séparation.

Oui, je sais certains s’offusqueront peut être, dès lors que je ne détaille pas chaque pièce, mais je choisis de vous laisser découvrir ce si fantasmagorique, si surnaturel CD. Le plus abouti de l’ensemble Hirundo Marris. La prise de son y est si ronde, si suave, que rarement elle aura été autant au service des musiciens.

Il faut vous laisser envoûter par Si Dolce é il tormento, chanté à deux voix par Arianna et Petter, dont les timbres s’unissent en un feu ardent ou par cet Adieu si poignant d’Arianna, à celle dont la présence émane de la musique, et qui nous manque tant. L’interprétation à la mélancolie grisante de Gracias a la Vida donne un goût d’éternité à ces instants passés en compagnie des musiciens. Lorsque les deux voix d’Arianna et de Petter fusionnent avec une sensibilité vibrante, l’une en espagnol, l’autre en suédois, chantant l’amour et cette amertume des rêves perdus, lorsque les doigts d’Arianna se posent sur la harpe pour interpréter les dernières notes, la musique donne le sentiment de retenir la vie qui court et s’échappe, nous échappe.

L’ensemble des musiciens participent à la plénitude de cet enregistrement. Ils apportent de somptueuses couleurs à ce voyage. Tout ici est nuances et rêves grâce à leur talent. S’il en est un que l’on a envie de citer ici, car bien souvent ce pupitre est trop souvent oublié dans les chroniques, c’est David Mayoral. Peut-on donner plus de cœur à des percussions, « un cœur qui ne cesse de battre, qui bat, qui bat, qui bat » … en un amour éternel.

En véritables troubadours, Arianna Savall, Petter Udland Johansen et leur ensemble Hirundo Marris, nous offrent ici, bien plus qu’un simple joyau, des instants uniques qui nous accompagneront longtemps.

Par Monique Parmentier

1 cd Carpe Diem records. Durée 69’34. Livret Français/Anglais/Allemand. Enregistrement réalisé en direct à Heilig-Kreuz-Kierche-Basel-Binningen (Suisse) du 18 au 22 mars 2015

Hirundo Maris : Arianna Savall, soprano et harpe triple baroque ; Petter Udland Johansen, ténor, hardingfele, cittern; Michel Nagy, guitare ; Sveinung Lillecheier, guitare, dobro ; Miquel Angel Cordero, colascione, double base ; David Mayoral, percussions

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:22

Paru sur ODB, je remets mon article ici pour lui redonner de la visibilité.

La mélopée envoûtante du Ney ouvre ce CD, nous emportant dès les premières secondes dans un univers de routes de sables, de bergers et de seigneurs du vent. Puis la voix de Waed Bouhassoun s’élève ardente, ensorcelante, nous transportant dans son monde, celui d’une voix d’or et d’ambre.

Jamais un Cd n’aura autant mérité son titre, « La voix de la passion », que ce dernier album que sort Waed Bouhassoun chez Buda Musique en compagnie d’un ami rencontré auprès de Jordi Savall, Moslem Rahal. Ces deux artistes syriens nous donnent ici à entendre, non pas une musique orientale « à la manière de », mais une musique profondément ancrée dans une tradition qui nous surprend, nous extrait de notre confort, pour mieux non pas nous dépayser, mais nous ouvrir à la splendeur de la diversité du chant.

Alors que ces précédents albums étaient en solo, Voice for love en 2009 (prix de l’Académie Charles Cros en 2010) et la Voix du luth en 2014, son chemin de poésie l’a conduit aujourd’hui à partager l’émotion d’un répertoire qui appartient à une tradition ancienne que les deux interprètes ont en partage. De la poésie nabatéenne syrienne à la poésie arabe classique d’Al andalous, Waed et Moslem nous mènent à un point d’équilibre, d’harmonie qui nous laisse à la fin de l’écoute, un étrange sentiment de plénitude et d’absence à notre réalité contemporaine.

La poésie dite nabatéenne n’a rien à voir avec la civilisation antique à laquelle nous devons Pétra en Jordanie. Elle est le fruit d’une tradition bédouine, poésie vernaculaire connue dans toute la péninsule Arabique. Elle a été pratiquée par toutes les classes sociales, traitant de tous les sujets qui de par le monde ont inspiré tant de poètes. Elle chante toute une palette de sentiments des regrets à la nostalgie, l’amour y étant à jamais, la plus douce des souffrances. Mais elle nous parle aussi de la guerre et de ses ravages, de l’orgueil du guerrier et de la douleur des mères. Elle développe un lyrisme tout à la fois élégiaque, érotique ou patriotique. Aujourd’hui encore en Syrie, dans la montagne Druze dont est originaire Waed Bouhassoun, on en compose, créant un lien social plus que jamais nécessaire.

Waed Bouhassoun connaît tous les ravages de la guerre et plus que n’importe qu’elle interprète, elle sait combien il est important dans des circonstances aussi troublées, de retrouver dans ses racines, la quintessence de la beauté. Celle de ces civilisations qui ont parcouru ses terres de miel et de sang, de lumière et d’ombres et qui si elles n’ont pas laissé de pierres pour raconter leur histoire, nous ont transmis génération après génération des mots, des mélodies, afin de perpétuer le battement de cœur, digne et fier de ces hommes et femmes du désert.

Waed Bouhassoun nous offre ici les deux facettes de son art. S’accompagnant à l’oud pour la poésie arabe classique, elle interprète a capella ou accompagné par Moslem Rahal au ney, ces poésies bédouines si âpres, si humaines et pourtant si oniriques. Il ne s’agit en aucun cas d’un récital accompagné, mais bien d’un duo qui nous offre ici une palette de nuances et de complicité musicale unique. La musique est parfois de Waed Bouhassoun, mais aussi le fruit d’un travail commun qui donne le sentiment d’un ensemble parfaitement équilibré, noble et farouche, où chaque transition fait couler de source, poème après poème, une histoire, une mélodie, une nuit étoilée dans un camp bédouin, où du plus jeune au plus ancien, les liens s’entrelacent et se transmettent.

Si dans les poèmes nabatéens la voix de Waed se fait plus rude, plus gutturale dans les poésies arabes classiques, elle paraît plus translucide, comme une onde qui s’écoule, nous entraînant dans son courant. Elle s’y accompagne à l’Oud avec une virtuosité sensible, raffinée et subtile. D’une sensualité subjuguante, dans l’une et l’autre des poésies, elle fait vibrer ce désir d’éternité que disent les mots et la musique. Son timbre est unique, reconnaissable entre tous et trouve dans le son du ney un étrange prolongement, qui fait durer la note, le mot à l’infini.

C’est bien plus qu’un accompagnement que Moslem Rahal nous offre ici. Dans chacune de ses interventions, on perçoit une voix, celle d’un poète qui donne au vent sa voix, lui prête mot. Dans le magnifique solo qui suit le chant traditionnel A Alep, résonnent les plaintes et l’immense amour de cet héritage. Maîtrise du souffle, ductilité, connaissances si parfaite de l’instrument qu’il peut nous en faire ressentir toute l’étendue d’un registre aux subtilités inouïes et si fascinantes, Moslem Rahal est un magnifique musicien.

On ne peut que vous recommander ce CD si unique. Il vous permettra de découvrir grâce à deux talentueux interprètes, dont la complicité musicale est évidente, l’universalité d’histoires aux parfums immortels

Monique Parmentier

1 cd Buda Musique distribué par Universal. Durée 63’20. Livret Français/Anglais. Voix de la Passion. Waed Bouhassoun (voix et oud), Moslem Rahal (flûte Ney)

Waed en a mis un extrait en ligne... à suivre sur youtube

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD
22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 21:08

sterne-5.jpgJe m'étonne en revenant sur mon blog après plusieurs semaines d'absences, de voir que certains dont j'ignore tout, puisque nul ne m'a jamais laissé de messages, le visitent.

 

J'ai pris la décision, de ne plus écrire de chronique de CD et de me contenter de couvrir quelques concerts pour Classique News et Odb Opéra. Ce blog avait été créé pour être animé en compagnie de quelqu'un qui a choisi de me lâcher, malgré de multiples promesses d'amitié éternelle. Il m'a fallu faire mon deuil. Mais poursuivre seule la tâche, a fini par me sembler impossible. Je prenais du retard et j'accumulais des piles de CD et livres que j'aurais été bien en mal de traiter. Et plus la pile grossissait et plus cela me pesait, me faisant perdre d'autant plus le plaisir, qu'il n'y avait aucun partage.

 

Une seule artiste est parvenue à me faire changer d'avis : Arianna Savall. Comme sa mère, avant elle, elle a su me toûcher par sa générosité. C'est une personne chaleureuse et merveilleuse et une artiste sensible et talentueuse.

 

Cette dernière chronique de CD, que je viens d'écrire, se trouve sur Classique News où vous pourrez la lire. Si vous voulez faire un beau cadeau à quelq'un que vous aimez Vox Cosmica, sera le plus beau que vous puissiez faire à cette personne.

 

link

 

Quant à mon blog, j'ignore si je le poursuivrais et de quelle manière. Je dirais probablement, mais j'ai besoin d'y réfléchir.

 

Je souhaite à toutes celles et ceux qui passeront ici une belle et heureuse année 2015.

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 15:17

te_deum.jpgTe Deum Lully /Charpentier

Alpha/Vincent Dumestre - Le Poème Harmonique

 

J'ai à deux reprises eu l'occasion d'entendre en concert et de commenter cette nouvelle version par le Poème Harmonique, des Te Deum de Lully et de Charpentier. La première lors du Festival de Saint-Denis en juin 2011, puis lors du concert donné à la Chapelle Royale le 24 mars 2013, dont la captation fait aujourd'hui l'objet de ce CD.

S'il est vrai que le Poème Harmonique nous a jusqu'ici habitué à des répertoires plus rares, cet enregistrement jubilatoire démontre une fois de plus, que les œuvres musicales que l'on croit le mieux connaître, peuvent nous redévoiler des beautés insoupçonnées, si des interprètes de talent s'en emparent. Et un peu comme un restaurateur devant une toile de Poussin que des siècles de poussières auraient recouverts, Vincent Dumestre redonne tout son éclat à la musique du Roi Soleil.

En s'associant avec Château de Versailles Spectacles, Alpha nous permet de retrouver certains des magnifiques concerts donnés en ces lieux qui demandent bien plus d'intuition et d'écoute aux artistes que bien d'autres salles de concerts. C'est à la Chapelle Royale, dont l'acoustique réverbérante peut parfois poser problème aux moins aguerris, que Vincent Dumestre et le Poème Harmonique ont enregistré ce nouveau CD. Ces Te Deum - "Dieu, nous te louons"- étaient à l'origine conçus pour célébrer de grands événements. Et celui de Charpentier retenu ici - H 146- puisqu'il en existe un autre, ne déroge pas à la règle, puisqu'il fût composé en 1692 pour marquer une victoire des armées du Roi. En revanche, celui de Lully le fût en 1677 pour louer non une naissance royale mais celle du fils du compositeur, dont le Roi fût le parrain.

 

anges2C'est avec le plus célèbre aujourd'hui des deux Te Deum de Charpentier, celui dont les premières mesures ont été utilisées pendant plusieurs années par l'Eurovision, que s'ouvre ce CD. C'est peut - être parce que Vincent Dumestre a le courage avec ses musiciens de prendre des risques en utilisant des trompettes à l'embouchure ancienne, que dès les premières mesures, on oublie cet apport du XXe siècle à la redécouverte du plus italien des compositeurs français. Brillantes et triomphantes, elles résonnent avec ferveur et sont tout comme les timbales d'une réelle magnificence, à l'image de ce qui suit.

La fluidité et la souplesse de la direction de Vincent Dumestre, semble répondre à la demande du roi vieillissant qui ne voulait être entouré que d'images de la jeunesse. Il redonne à ces deux Te Deum leurs caractère dansants, aux contrastes et couleurs flamboyants. La lumière qui émane des musiques de ces deux grands maîtres y miroite de mille feux intenses et sensuels. A leur instrumentation fastueuse, répond une exubérance vocale, qui trouve dans les solistes du Poème Harmonique et dans le chœur - la Capella Cracoviensis- des interprètes accomplis. L'engagement plein de fraîcheur et de passion du chœur venant tout droit de Pologne est un vrai bonheur tant ils font merveille dans ce genre bien français du Grand Motet.
Les timbres des solistes sont parfaitement appariés et permettent en particulier des duos quasi extatiques comme dans le Dignare Domine que ce soit chez Charpentier ou Lully. Le jeune haute-contre Reinoud van Mechelen et la basse Benoît Arnould s'autorisent dans celui de Lully des inflexions, des nuances d'une tendre noblesse et d'une véritable sensibilité à fleur de peau. Tandis qu'avec la soprano Amel Brahim-Djeloul au timbre fruité, le duo avec la basse, est un instant de pure poésie. Mais il ne faut surtout pas oublier les deux autres solistes, Aurore Bucher et Jeffrey Thompson qui participe, tout aussi bien par leur déclamation que par leurs qualités vocales, à la réussite de ce superbe travail de troupe.

 

Cette version tout à la fois dramatique et ardente de ces deux Te Deum trouvera tout naturellement sa place dans votre cœur. Une prise de son ample et généreuse, qui met en valeur les voix et un livret où le texte clair et passionnant, d'Alexandre Maral, conservateur en chef du Château de Versailles et grand spécialiste de la Chapelle Royale, ainsi que les notes d'intentions de Vincent Dumestre, vous permettront de savourer cette musique dont la clarté illuminera les journées les plus grises.

 

Par Monique Parmentier

1 CD Alpha -  Marc - Antoine Charpentier (1643-1704) Te Deum H 146 et Jean - Baptiste Lully (1632-1687), Te Deum LWV 55. Amel Brahm-Djelloul, Aurore Bucher, Reinoud Van Mechelen, Jeffrey Thompson, Benoît Arnould.Le Poème Harmonique & Capella Cracoviensis. Direction, Vincent Dumestre - Durée : 55'34'. Enregistré à la Chapelle Royale à Versailles le 24 mars 2013 - Textes livret : Français - Anglais - Allemand - Rer : Alpha 952 - Code barre : 3 760014 199523

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 17:30

cd_ecl_1301.jpgAttaingnant, Auprès de vous, Pierre Gallon L'Encelade

Nous devons l'une des plus jolies surprises de ce début d'année, à un jeune label spécialisé dans la musique baroque, et tout particulièrement dans la musique pour clavier, l'Encelade. Leur démarche pour le moins audacieuse en ces temps de crise, leur permet d'offrir aux artistes la liberté d'aller chercher dans les bibliothèques, des petites merveilles qui ne demandent qu'à vous apporter tout à la fois du plaisir et l'harmonie d'instants volés à la modernité.

Alors que la Renaissance n'a jamais été autant fêtée dans différentes expositions parisiennes et internationales, y compris sa musique, le claviciniste et organiste Pierre Gallon, nous offre ici de découvrir non pas un compositeur, mais des œuvres éditées par l'imprimeur du Roi français le plus fastueux de cette période, François Ier. Cet imprimeur avait pour nom Pierre Attaingnant. Si l'on sait peu de choses du personnages, il tint en revanche une place essentielle dans l'origine de l'édition et de la diffusion musicale en France et en Europe. Il entretenait des rapports étroits avec les musiciens de la cour comme Sermisy et sa production imprimée tend à démontrer combien l'activité musicale devait être importante à cette époque. Clément Janequin ou Pierre Sandrin figuraient également parmi les compositeurs dont il contribua à faire connaître le travail, tout comme celui de musiciens qui n'étaient pas rattachés à la cour, mais à des églises parisiennes, comme Notre Dame ou la Sainte Chapelle. 

 

bibliothequeversailles.jpgDe la chanson française qui en France durant la Renaissance occupait une place de premier plan, aux motets et à la transcription de chansons et danses pour instruments, son atelier est d'une telle importance, que sans lui bien des œuvres de cette période cruciale dans l'histoire de la musique auraient aujourd'hui disparu. Si certains noms des compositeurs des pièces éditées nous sont parvenus, beaucoup sont anonymes.

Des CD consacrés particulièrement à la chanson existe déjà. Doulce Mémoire a contribué à leur redécouverte. Il existe également des pièces pour luth enregistrées par Hopkinson Smith. Ici, ce sont donc un certain nombre de pièces pour clavier que Pierre Gallon nous invite à découvrir. Il les replace dans le contexte de l'urgence de la Réforme qui pousse les églises catholiques à construire des orgues, afin de contrer autant que faire se peut, le développement du protestantisme.

Aux pièces d'origine religieuse, il mêle des chansons (dont il nous livre les textes dans le livret) et des danses. Seul pour l'essentiel, il est toutefois accompagné par deux autres musiciens, nous donnant ainsi parfois le sentiment de retrouver la ferveur ou la joie de ces petits comités de musiciens, souvent des particuliers, qui se réunissaient pour partager ces instants sacrés où la musique cessant d'être divine devient humaine.

Un charme incomparable opère dès le Prélude. Le choix des instruments, virginal et luth au pouvoir évocateur si féerique ou claviorganum si fascinant dans ce chant des deux mains, -droite pour le clavecin et gauche pour l'orgue-, est une invitation à s'éloigner, à se ressourcer loin de l'agitation et de la brutalité de l'actualité. Pierre Gallon nous invite dans des ailleurs aux pavanes mélancoliques et aux gaillardes énergiques. Les perles cristallines du virginal, la ductilité des instrumentistes (Pierre Gallon et Freddy Eicheberger), créent un climat serein, joyeux ou d'une douceur empreinte de nostalgie. A la lueur du feu ou des bougies, nos esprits s'échappent le temps d'une chanson. La poésie du luth de Thomas Dunford, redonne aux étoiles et au silence, ce sentiment intime d'un refuge musical. L'acoustique chaleureuse de la Bibliothèque de Versailles participe à l'étrange sentiment de bien être que nous offre ici les musiciens. Une lumineuse légèreté, semble émaner de chaque pièce réunie ici.

Le livret et le soin apporté à la pochette, rendent hommage avec clarté et intelligence à "l'imprimeur et libraire du roi en musique", de ce roi qui fût considéré en son temps comme le Restaurateur des Arts et des Lettres.

1 CD L'Encelade - Pierre Gallon, claviorganum & virginal. Freddy Eichelberger, claviorganum & virginal (pistes 13, 17,26) et Thomas Dunford, luth (pistes 7,8, 27). Enregistré les 6 et 10 mai 2013 dans la Galerie des Affaires Etrangères de la Bibliothèque de Versailles. Durée : 65'54''. Livret Français/Anglais. Réf : ECL 1301. Code barre: 3 760061 15667


Droits photographiques : Bibliothèque de Versailles © DR

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  • : Je ne prétends pas ici faire travail de musicologie je souhaite juste tout au plus vous faire partager ma joie à l'écoute de ces musiques dont j'aime vous entretenir, mais aussi de l'art et de l'esprit baroque. J'espère tout comme Puck à la fin du Songe d'une Nuit d'été pouvoir compter sur votre indulgence et vos remarques car "Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé), que vous n'avez fait qu'un somme, ...
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