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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 10:23

Visuel CDBertrand de Bacilly ou l'art d'orner le "beau chant"

Ensemble à Deux Violes Esgales - Monique Zanetti, soprano ; Paul Willenbrock, basse

Saphir procuctions

 

Cet enregistrement est le fruit d'une redécouverte. Celle d'un manuscrit qui failli bien finir... à la poubelle et qui grâce au hasard et à la vigilance d'une musicienne documentaliste est arrivé jusqu'à Jonathan Dunford et Sylvia Abramowicz, les co-fondateurs de l'ensemble à Deux Violes Esgales.  

 

Il s'agit d'un manuscrit, qui comporte essentiellement des oeuvres d'un compositeur dont on connaît depuis peu le vrai prénom Bertrand (et non Bénigne) de Bacilly.

 

Il fut l'un des grands théoriciens avec Marin Mersenne de l'art de l'ornementation du chant au XVIIe. Bertrand de Bacilly était également compositeurs. Si un certain nombre de ses airs de cour et à boire nous sont parvenus grâce à leur édition dès le XVIIe siècle, ce manuscrit permet de disposer d'au-moins 80 inédits pouvant lui être attribués.

 

Thomas Leconte du Centre de Musique Baroque de Versailles a pu longuement l'étudier et établir les correspondances entre ce que l'on connaissait et les indices que livre ce recueil à la graphie "soignée et homogène", datant de la dernière partie du XVIIe siècle avec sa reliure d'origine. Il dormait, en compagnie d'autres documents de la même valeur, dans la bibliothèque privée d'un petit château des environs de Blois.

 

Ce qui fait tout l'intérêt de ce recueil, ce sont ces airs accompagnés de seconds couplets en diminution ou doubles. "Cet art consistait à agrémenter la mélodie simple d'un air d'ornements, passages, broderies ou autre cadences... Pour chanter le second couplet "en diminution". 

 

Si la plupart des textes chantés semblent avoir été écrit par le compositeur lui-même, d'autres ont été écrit par des personnes qu'ils devaient côtoyer dans ces salons parisiens. Fins lettrés qui n'ont pas forcément laissé un nom dans la "grande histoire", mais qui n'en sont pas moins les témoins d'une poésie conçue pour cette musique et si proche de cet "art de la conversation" que l'on pratiquait dans les "ruelles".

        Concert_dijon.jpg

Ce Cd est accompagné de pièces musicales destinées au luth ou aux violes de contemporains de Bacilly, (Nicolas Hatman, Louis Couperin, François Dufaut et le Sieur de Sainte Colombe) qui permettent à l'ensemble des musiciens d'entretenir et de développer toute la richesse de ces conversations musicales nous donnant le sentiment durant l'écoute d'être quelque part, dans un ailleurs et un autre temps, où justement l'on savait nourrir ce temps qui court de petits riens qui enrichissent le quotidien.  

 

L'ensemble à Deux violes Esgales, nous offre ainsi un de ces purs joyaux que l'on peut écouter pendant des heures aussi bien pour la beauté - en apparence si simple et pourtant si complexe - de la musique que pour celle de l'interprétation extrêmement raffinée qu'il nous en donne.  

 

Les timbres des deux chanteurs se jouent des clairs-obscurs, où la basse sombre et souple de Paul Willenbrock apporte un piédestal d'airain au soprano aussi fluide que l'onde et délicat qu'une dentelle de Monique Zanetti. Leur déclamation, en français classique et leurs ornementations soignées, disent l'amour du beau chant. Ils se délectent des mots, exprimant à "mi-voix" toutes les passions, des larmes au plaisir, avec une diversité qui fait de chaque air un instant unique. Tout ici exprime avec pudeur, espérance et peur d'aimer. Ils nous enchantent par leur complicité ainsi que celles qu'ils partagent avec les musiciens.

 

Le luth de Claire Antonini, le théorbe (et l'archiluth) de Thomas Dunford et les violes de Sylvia Abramowicz et Jonathan Dunford, s'unissent aux voix avec une sensualité lumineuse et mystérieuse, dans cette musique du silence, du secret amoureux que l'on murmure aux frontières de l'indicible. Tous semblent former des arabesques, permettant à la voix humaine de devenir le mouvement de l'onde, le chant du vent et des oiseaux.

 

Le livret très bien écrit par Thomas Leconte vous donnera forcément envie d'en savoir plus. Quant à la prise de son parfaitement équilibrée, d'une belle rondeur, elle trouve le juste équilibre entre voix et instruments, donnant le sentiment d'être dans un salon aux boiseries chaleureuses.

 * Crédit photographique : RMN : Le Concert par Janssens Hiéronymus au Musée de Dijon

 

Par Monique Parmentier

1 CD Saphir productions LVC1126. Durée : 64'30'' - Code barre : 3 76028 91266

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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