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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 20:37

Visuel-copie-1.jpgLeçons de Ténèbres

Samedi saint dans l'Italie du Seicento

Il est des CD que l'on reçoit parfois des artistes, sans avoir rien demandé. Malheureusement il arrive qu'ils nous parviennent à un moment où l'on n'est pas forcément prêt à les entendre, au risque de passer à côté. C'est un peu l'histoire de cet enregistrement, le premier de l'ensemble in Musica Veritas qui m'est arrivé à la fin du printemps à un moment où la musique qu'il nous propose ne pouvait en aucun cas me convenir.

Une chronique ne me vient jamais comme cela. Être touché par un disque, puisque je fonctionne au coup de cœur, ce n'est pas quelque chose d'aussi évident qu'une critique froide et objective. Mais l'intérêt d'un blog, c'est qu'on a le temps pour nous et que contrairement à la presse papier ou à certains grands sites internet, aucun soucis éditorial ne vient m'obliger à faire dans l'urgence et en la bâclant cette fameuse chronique, que certes les artistes attendent, mais dont il vaut mieux qu'elle soit faite au moment où le désir est éveillé, où l'on est prêt à recevoir un don aussi merveilleux que celui qui est fait par quatre musiciens. Il crèe ici un véritable bijou baroque comme je les aime.

Les clairs obscurs de l'Italie du Caravage se retrouvent ici, dans toute leur poésie, leur violence et leurs subtilités. Ici est développée une palette riche en nuances, proche du silence et de la méditation, exprimant la souffrance avec une sensibilité à fleur de peau, un humanisme sans fausse délicatesse, où le doute et l'espérance tourmentent et libèrent l'âme

Bien que ce soit en France au XVIIe siècle qu'est né le genre proprement dit des "Leçons1312236-Le Caravage le Couronnement dépines de Ténèbres", elles s'inscrivent dans la liturgie de la Semaine Sainte depuis le Ve siècle. Si la discographie est abondante pour ce genre, les "leçons" proposées par l'ensemble In Musica Veritas, se révèlent particulièrement originales et passionnantes. Il nous offre de découvrir la liturgie du Samedi Saint telle qu'on aurait pu l'entendre dans la première partie du XVIIe siècle en Italie. Afin de reconstruire un corpus idéal, les musiciens de ce jeune ensemble, ont fait appel à différents compositeurs italiens, assez méconnus si ce n'est peut - être Merula et Sances. Mis bout à bout, ces différentes pièces instrumentales et vocales nous conduisent sur des chemins de croix, où la nuit semble devoir tuer toute espoir. L'esprit n'a plus d'autres voies tandis que la nuit se fait et que les cierges s'éteignent durant l'office, que de suivre la musique qui devient lumière, cette voix qui chante, qui prie, qui exprime l'absolue souffrance et dont émerge pourtant l'espérance. Quoi de plus terrible que ces sons discordants du jeu de régale, si criards et éraillés, hurlant la douleur, comme celle que provoque ce fouet qui claque et qui cingle et l'amertume âpre du vinaigre qui vient remplacer l'eau que le crucifié supplie de recevoir, qui ouvrent le CD. Nous rappelant que nous partons sur des chemins d'ombres et de douleurs, le jeu de Pierre Gallon à l'orgue est d'une grande intelligence, riche et expressif. La sacqueboute de Franck Poitrineau et le cornet à bouquin de Judith Pacquier, viennent enrichir le continuo avec suavité. La somptuosité de leur interprétation enrichit le dialogue avec le timbre si troublant et envoûtant de la Mezzo-soprano Alice Habellion. La voix appelle au recueillement. Elle est charnelle et pourtant si lumineuse, puissante et si bouleversante. Elle semble comme habitée par cette passion mystique. Ainsi des Lamentations pour le Samedi Saint de Francisco Soler, au psaume "Super Flumina Babylonis", au Stabat Mater Dolorosa de Giovanni Felica Sances, elle nous donne une interprétation unique, poignante et intime. Ses aigus déchirants, ses graves profonds et pourtant si sensuels, nous hypnotisent, nous captivent et nous permettent de traverser cette nuit qui lorsqu'elle se referme, ouvre à la lumière éternelle promise.

Ce premier Cd est une très belle réussite. Ces interprètes y expriment avec une sensibilité rare, tout ce qui dans la musique de la Contre-Réforme, peut expliquer par sa beauté, ainsi rendue, ce qui a permis a beaucoup d'hommes et de femmes au XVIIe siècle de trouver du réconfort  en se laissant séduire par la beauté du diable ou de l'ange. Elle leur permettait ainsi d'affronter une vie pleine de doutes et d'angoisses et une mort si froide et solitaire. Par ailleurs le répertoire que l'ensemble In Musica Veritas vous propose est d'une telle rareté qu'il ne peut que vous séduire. Enfin la prise de son est une réussite. Parfaitement équilibrée, elle offre aux musiciens, un moelleux, où la lumière et l'encens, semblent porter l'esprit de la musique au-delà de la conscience. 

 

Par Monique Parmentier 

In Musica Veritas - Direction et orgue : Pierre Gallon, Alice Habellion, mezzo-soprano

1 CD Ad Vitam records -

Durée : 60'56" - Enregistré au Temple de l'Eglise réformée de Limoges du 1er au 4 mars 2011

 

Copyright : Kunsthistorisches Museum, Vienne pour le Couronnement d'Epines du Caravage

 

Pour vous procurer ce CD n'hésitez pas à vous rendre sur le site du label Advitam Records

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Published by Parmentier Monique - dans Chroniques CD

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